mercredi, 17 septembre 2008

Socialisme & Libéralisme : notions schtroumpfées

Schtroumpfs07.jpg  Si la vie sociale est le théâtre d’une confrontation incessante entre imaginaire et réel, nous pouvons nous questionner sur le couple politique inséparable libéralisme et socialisme, en vigueur à l’époque de notre future ex-Constitution. Grâce aux différentes descriptions de la société des Schtroumpfs, nous avons déjà pu observer qu’une société totalitaire ainsi qu’une force d’inertie au plus haut sommet se dégageaient nécessairement si l’on poursuivait la vie politique sous les clivages « gauche-droite ». Nous en sommes arrivés là malheureusement. Peut-être existe-t-il une troisième voie qui nous permettra de dépasser ces deux fractionnements… puisque nos démocraties modernes sont arrivées aujourd’hui à un cul-de-sac.

Les rapports qui se sont noués entre socialisme et libéralisme montrent indéniablement qu’il ne réside aucune incompatibilité de principe entre ces deux subdivisions. Pour les comprendre, définissons d’abord les termes de ce débat. Les fondateurs du libéralisme, John Locke, Monstesquieu, Stuart Mill, ont démontré avant tout que le destin de l’individu n’est pas réductible à sa naissance, soit à sa position sociale initiale (à l’opposé de tout système féodal) et qu’une société avait tout avantage pour sa prospérité à faire avec tous les talents disponibles des individus qui la composent. L’Etat (que ce soit le roi ou ses sbires hauts fonctionnaires) ne devait interférer dans ces évolutions « naturelles » sous peine de disparaître. Par conséquent, défendre les libertés individuelles s’avère-t-il vital. Quant au socialisme, il n’était à son origine en rupture avec le libéralisme d’antan que dans la mesure où il cherchait à l’accomplir. Pierre Leroux – fondateur du journal Le Globe en 1824 – est le premier à avoir utilisé ce mot. Pour lui, le libéralisme, s’il ne se traduit pas en socialisme, trahit les libertés (on reconnaît là le futur Jean Jaurès) car la défense des libertés, si elle n’est pas accompagnée d’une exigence d’égalité et de démocratie, demeure impuissante ! Le socialisme n’est rien non plus s’il ne s’accompagne pas d’une promotion des ces valeurs libérales. Et c’est au service public qu’et dévolu le rôle de régulateur. Empiriquement, il est prouvé que les sociétés qui ont les mécanismes sociaux et redistributeurs les plus solides sont aussi ceux qui ont les meilleures performances économiques.

On le voit, le socialisme des origines est un libéralisme : on veut des libertés (réelles et non pas seulement formelles) pour tous. Historiquement, les socialistes en chair et en os ne deviendront antilibéraux que lorsque la doxa marxiste l’emportera sur le socialisme des origines, républicain et démocratique. Dès lors qu’on a voulu une collectivisation des moyens de production, le mot « socialisme » a pris un autre sens, et en opposition, s’est créée la fameuse droite libérale de veine exclusivement économique où les salaires ne correspondent pas forcément aux risques, ni à la valeur du travail ni aux résultats.

Espérons donc que le socialisme étatiste ainsi que son contraire disparaîtront pour déboucher un nouveau principe de subsidiarité. Car la gauche et la droite sont devenues depuis longtemps surannées. En effet, fort est de constater que l’une et l’autre sont des mouvements conservateurs (oh, l’oxymore !) dont les résultats sont étonnamment assez semblables dans la pratique. L’action est brutalement médicalisée, traitée comme un accès maniaque dans les limites de la définition du « désordre bipolaire », et, en tant que telle, soumise d’autorité à des traitements, ressemblant furieusement aux ancienne tentatives soviétiques de diagnostiquer un désordre mental caché par une pensée dissidente. Passés de l’injonction de principe « Tu peux, parce que tu dois ! » à son renversement « Tu ne peux pas, parce que tu ne devrais pas ! », nous nous retrouvons aujourd’hui à devoir inventer un nouveau modus vivendi, une nouvelle manière de faire de la politique.

09:00 | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

Commentaires

Très intéressante, cette analyse, Micheline. Très utile aussi de remettre les définitions en perspective. Ce qui est puissant, c'est ce clivage qui reste, comme quoi il faut être ou d'un bord ou d'un autre, alors qu'en effet la liberté ne devrait pas aller sans l'égalité et le partage. Il nous faut continuer à théoriser cette vision, à la mettre en pratique, à chercher le langage et le mode de pensée qui la traduira le mieux avec le plus d'intégration de la complexité et des multiples paramètres d'une société.

Écrit par : hommelibre | mardi, 16 septembre 2008

Cette fable profonde, on peut la lire à différents niveaux. Mais il reste vrai que l'auteur a sublimement décrit les mécanismes de nos sociétés modernes. On a exactement tout ce qui est pourri tant à droite qu'à gauche, facilement reconnaissable dans notre gouvernement dans maintes décisions!!

- A gauche, on a évidemment la collectivisation des moyens de production avec l'instrumentalisation des individus au point de le confondre avec leur fonction, un grand chef dont la parole est loi alors que toute autre voix possible est tue ou tuée dans l'oeuf!

- A droite, on craint le changement et on préfère toujours restaurer l'ordre ancien au point où même l'entreprise individuelle est constamment menacée et découragée.

En conclusion, dans le deux cas, on reconnaît le conservatisme fascisant, l'inertie décisionnelle ... bref, des projets de mort.

Merci Hommelibre pour votre réaction à cette belle métaphore de notre monde moderne!

Écrit par : Micheline Pace | mardi, 16 septembre 2008

Excellent rappel historique ! "le socialisme des origines est un libéralisme".
Mais pourquoi l'ont-ils oublié, ce socialisme là ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | mercredi, 17 septembre 2008

Bravo pour votre analyse.
En un texte court vous avez réussi à résumer ce que de nombreux penseurs politiques n'arrivent pas à exprimer en plusieurs livres, de plus vous êtes compréhensible et, ce qui ne gâche rien, vous faites preuve d'un réel humour voire d'impertinence.
Dans la médiocrité politique genevoise, et le conformisme le plus absolu qui y règne, il est rare de trouver de telles perles.
Il serait temps que les descendants des idéologies mortes - socialisme, libéralisme - se réveillent et cessent d'utiliser un fonds de commerce depuis longtemps devenu absurde.
Mille fois bravo.

Écrit par : Jacques | mercredi, 17 septembre 2008

La gauche est toujours dans l'opinion publique liée à la justice (sociale) alors que la droite reste favorable à l'efficacité. A part l'idiotie profone de ces deux clivages clivages ressemblants à deux blocs s'affrontant sans raison valide, on oublie que les grands penseurs libéraux des deux derniers siècles n'ont jamais évacué la notion d'égalité.

- Merci Victor d'avoir relevé l'essentile omis dans la plus grande indifférence quand de telles vérités devraient présider à toute prise de décision.

@ Jacques : Merci mille fois de votre réaction! Dommage que vous ne signiez complètement... Au plaisir de converser encore avec vous!

Écrit par : Micheline Pace | mercredi, 17 septembre 2008

Mais non, mais non, madame Pace, cela m'a fais plaisir...!
Et dire que le bon docteur Jean-Charles Rielle est un socialiste ... on se demande où est la liberté ... dans son esprit ... si toutefois, il en a 1 ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | mercredi, 17 septembre 2008

Si seul le mariage entre l'égalité et la liberté est nécessaire pour produire de la légitimité, force est de constater que cette épine dorsale manque cruellement à notre société par la faute de quelques opportunistes de service qui n'appliquent aucun des deux principes constitutifs dans leurs processus de décisions!!!! Vous voulez des noms, des exemples?

Écrit par : Micheline Pace | vendredi, 19 septembre 2008

Concernant "les socialos et les libéraux - même combat pour limmobilisme et le cynisme", ils ont réussi à signer ensemble le tract pourri contre Cerutti, retrouvé dans les boîtes alors qu'il sont "concurrents"...! A Vernier, on voit bien l'objet de leur campagne "tout sauf Cerutti" (pour ne pas dire MCG).

Ronget et Charbonnier, seront-ils desservis par leurs pratiques dégueulasses?
Espérons que les Verniolans qui n'avaient jusqu'à présent pas d'avis votent pour le seul candidat propre dans cette campagne : Cerutti !!

Merci Messieurs Ronget et Charbonnier, vous nous avez donné là une belle leçon de ce qu'il ne faut ABSOLUMENT PAS FAIRE lors d'une campagne électorale..

Écrit par : Henri de W. | dimanche, 21 septembre 2008

En parlant de "notions dépassées" ... avez vous lu cet article ?

www.rebelles.info/article-23000709.html

Écrit par : Victor DUMITRESCU | lundi, 22 septembre 2008

Un grand merci pour ce lien! Tout comme moi, vous dénoncez la mélasse conceptuelle dans laquelle certains politiques aiment à s'exprimer surtout pour ne rien changer!

Cordialement vôtre! Amitiés à votre Blonde.

Écrit par : Micheline Pace | lundi, 22 septembre 2008

Voyons ... entre nous ... pas de merci ... on appelle cela ... collaboration.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | lundi, 22 septembre 2008

Que voici un excellent texte qui devrait en déranger plus d'un dans le landernau politique ! Et permettre de sortir d'un système binaire qui a fait son temps. Les hommes sont-ils d'ailleurs réductibles à leur seule étiquette partisane ?

Beaucoup d'intérêt et de plaisir à lire CIVITAS.

Micheline est donc une très bonne candidate à la Constituante. Soutenons un esprit aussi indépendant. Et elle ose "l'ouvrir" en plus et faire courir sa plume alerte sur le papier... Merci.

Nous Dissident(e)s de Genève, la faisons aussi courir ici, notre plume virtuelle:

http://www.lesdissidentsdegeneve.ch

A vous de voir...

Écrit par : jaw | jeudi, 25 septembre 2008

Les commentaires sont fermés.