lundi, 15 décembre 2008

Politique pédagogiste et communication tronquée

La pédagogie, c'est l’art d’enseigner. Etymologiquement, le terme pédagogie dérive du grec παιδαγωγία, de παιδός (/'paɪdɔs/) « l'enfant » et γω (/'a.gɔ/) « conduire, mener, accompagner, élever » Aussi, par définition, tout enseignant ou formateur est-il un pédagogue. La pédagogie désigne l’ensemble des méthodes et des pratiques, objet ou non de théorisation, cherchant à assurer la transmission des savoirs.

pédago5.jpgIl faut donc distinguer pédagogie et pédagogisme. Cette dénomination, connotée péjorativement, dénote les réflexions théoriques qui font abstraction de la spécificité de l’enseignement de chaque discipline. Les démarches générales y sont encouragées au lieu de parler des contenus de l’enseignement. Foncièrement artificiels, les procédés pédagogistes se caractérisent par une méfiance absolue à l’égard d’enseigner et tient à mettre au centre de la relation au savoir « l’apprenant ». Le projet de Frankenstein qui veut imposer son pouvoir par son savoir est érigé comme référence à combattre. Les méthodes dites actives, de préférence ludiques, l’autodidaxie ou le socio-constructivisme, sont ainsi opposées au cours magistral ou enseignement dit frontal.

Mais force est de constater que ces méthodes pédagogistes s’avèrent être des techniques de manipulation mentale qui laissent croire que l’enfant peut par sa propre activité reconstruire seul les savoirs accumulés durant des millénaires. Complètement livrés à eux-mêmes, les élèves se voient bien plus abandonnés par le système scolaire que soutenus. Les profs, mal à l’aise dans des pratiques aussi idiotes, ne jouissant d'aucune marge de manœuvre, acculés souvent au rôle de « bécasse », se retrouvent à exercer un métier pour une maigre pitance qui n’a rien à voir avec un vrai travail d’intelligence.

C’est ce qui explique le très mauvais classement de l’école genevoise. Rappelons que Genève se réclame du niveau socio-éducatif le plus élevé et annonce les résultats les moins bons. L'étude PISA révèle les inepties d'une institution qui maintient les élèves dans des problèmes créés par la structure même; les mensonges au plus haut sommet de la hiérarchie étatique en vue d'influencer un vote important pour l'avenir ont été arrêtés à temps par la justice. C'est dire à quel point le laboratoire à formater les jeunes cerveaux est malade!  

 Pour le gag de Roumanoff sur La classe sensible www.youhumour.com

14:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : enseignement | |  Facebook

Commentaires

Je me souviens que lorsque j'étais petit, on appelait un enseignant : un professeur ! Les personnes qui exerçaient ce métier le faisait par passion et par vocation, avec des qualités et des diplômes.
Or, lorsque je suis entré au Cycle d'Orientation, je me souviens très bien que plusieurs enseignants nous avaient expliqué qu'ils faisaient ça par métier, car ils n'avaient pas pu suivre la voie qu'ils voulaient suivre (droit, lettres, etc... à l'université) !
Je crois (personnellement) que LA est le vrai problème. Comment voulez-vous que ces profs déçus et démotivés par une carrière qu'ils n'ont pas pu accomplir, puissent enseigner avec détermination et passion !?
Un élève ressent très bien si son professeur est motivé ou non et celà se rapporte immanquablement sur son comportement. La qualité des enseignants est vraiment déterminante. Mauvais enseignants = mauvais élèves, il n'y a pas de miracles..... L'institution doit être beaucoup plus sévère quant à l'engagement de celles et ceux qui veulent instruirent les autres !!! C'est comme la construction : mauvais contremaître = mauvaise construction.
C'est mon point de vue (et du vécu dans les années 68 - 70 dans ce foutu cycle d'orientation dont je garde un très amer souvenir où nous étions des cobayes dans les mains d'incapables soixante-huitards)
Bien amicalement
Coucou

Écrit par : coucou | dimanche, 14 décembre 2008

Cher Coucou,

Votre témoignage en dit long sur la dégradation de ce métier et surtout la dévalorisation qu'il a subi dans l'opinion. A mon époque, les profs se fichaient des élèves, n'avaient même pas une demi-licence et avaient le droit d'exercer, étaient souvent cherchés, ne s'emmerdaient pas avec des consignes débiles et bénéficiaient de salaires attactifs, dignes des Trente Glorieuses.

Aujourd'hui, il faut les diplômes (licence universitaire) et tutti quanti mais les salaires ne suivent pas (surtout ceux engagés après 2002); un nouveau même pas accueilli comme il se doit au sein de son établissement, profesionnellement parlant. Souvent mobbé par les cheffaillons de service (qui ont connu les meilleures conditions de travail), qui ne sont rien d'autre que des collègues qui n'étant pas de bons profs ont réussi à gravir les échelons (sources sures), l'enseignant actuel porte le poids de l'institution sans qu'il ne puisse jouir d'aucune "liberté" pédagogique. La créativité, le génie sont sacrifiés à l'autel de l'insignifiance et de l'arrogance. Inutile d'ajouter qu'aux yeux de la population, l'image du prof est totalement dévalorisée et que ce métier n'inspire souvent plus que dégoût ou mépris, sans parler de revenus qui ne vous permettent même pas de vivre!

Le pédagogisme soixante-huitard auquel vous faites référence a sévi malheureusement pendant 30 ans et les dégâts n'ont pas fini de déployer leurs effets. Ces gens ont fait leur carrière grâce à de telles conneries; dotés d'une bonne retraite, ils n'en ont que faire de telles fautes non sanctionnées!

A ce taux-là, on peut se passer d'école.

Bien à vous!

Écrit par : Micheline Pace | dimanche, 14 décembre 2008

Partant du principe que la critique doit être accompagnée d'idée, je pense alors que la direction d'une telle institution, pour qu'elle reste saine et plus créative, devrait être dirigée par des académiciens APOLITIQUES et NEUTRES.
Un genre de comité universitaire de "sages et expérimentés", choisis par leurs qualités et leur savoir, qui ne serait pas sous la pression de tel ou tel parti politique. J'imagine très bien des docteurs en droit, en lettre, en mathématique, pour pouvoir former une collège-directeur de l'institution.
C'est le seul moyen d'aller de l'avant et de fournir des prestations de qualité.
C'est mon idée !

Écrit par : coucou | lundi, 15 décembre 2008

Chère Micheline, vous rajoutez à l'étymologie "vers le savoir". Conduire un enfant peut aussi vouloir dire : vers une éthique pratique, non forcément comme objet de connaissance, mais comme pratique réelle du futur adulte. Or, la question des théories pédagogiques est aussi celle-ci : comment, quelle que soit le savoir enseigné, faire en sorte qu'il soit moralement utile, puisque, dans les faits, nombre de connaissances enseignées ne donneront jamais lieu à une application pratique particulière : un ingénieur n'aura pas forcément besoin de poésie pour exercer son métier, sur le pur plan technique. Or, tout le monde sait parfaitement qu'il est pourtant moralement utile à un futur ingénieur de connaître de la poésie. Oui, mais voilà : la pédagogie a ici un but moral, et non de simple transmission de connaissance objective. Le pédagogisme peut aussi bien être positivement connoté : il peut aussi bien être une vraie réflexion pédagogique, comme celles de Rousseau et Pestalozzi, lesquelles n'ont pas eu une influence sur la seule Genève, mais sur la Suisse tout entière. Il vaudrait peut-être mieux dire que les modèles pédagogiques choisis par les penseurs genevois en la matière ne sont pas les bons, si cela ne marche pas, et changer son fusil d'épaule, plutôt que de rejeter toute réflexion pédagogique en profondeur. En tout cas, c'est mon avis. Le problème est peut-être simplement que Genègve tend à épouser le modèle français, et que les pédagogues français ne sont pas très valables non plus. Mais rejeter d'emblée la partie de la philosophie qui s'occupe de pédagogie, c'est même rejeter ceux qui ont inventé le terme de pédagogie, en fait.

Écrit par : R.Mogenet | lundi, 15 décembre 2008

Coucou, vous n'êtes pas seule.
J'avais évoqué lors d'un "Infrarouge", ayant comme invité Monsieur Haury et Anne-Catherine Lyon, mon histoire vécue en Roumanie, ou le ministère (à l'époque communiste) de l'éducation nationale était conduit par un collège comme celui que vous évoquez, sans que les politiciens y mettent leur nez.
Plusieurs générations de roumains ont appris la même chose dans un tronc commun de 10 années d'études.
Je fais partie, de la dernière génération de ce courant pédagogique.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | lundi, 15 décembre 2008

Bonjour Rémi,

Merci pour votre contribution. Loin de moi l'idée d'évacuer les théories (ou même les pratiques) pédagogiques, qu'elles nous viennent des philosophes grecs ou de vrais éducateurs tels que Pestalozzi ou de Claparède. J'insiste bien sur le terme "pédagogique" et non pas "pédagogiste".

Aujourd'hui, le problème n'est pas tant de savoir quelle pédagogie (vous avez raison de le souligner : un des grands chapitre de la philosophie) doit être mise en avant. En gros, l'éducation des jeunes générations vise autant la connaissance rationnelle, les vérités scientifiques, le bien au sens large, le polissage des manières, le développement psycho-affectif du mineur dans le groupe, la valeur esthétique ou l'utilité de tel savoir, etc.

Mais croyez-moi qu'il subsiste une énorme fossé entre les dires d'un Pestalozzi, dont on a le bonheur d'admirer la place à Yverdon, et un Philippe Meirieu (c'est vous qui faites référence aux pédagogo français, qui "ne sont pas très valables non plus").

Mais l'école, comme machine à produire des crétins (sans aucune marge de manoeuvre de pouvoir faire autrement, ni de donner le meilleur de soi-même, ni de faire sortir chez l'autre ce qu'il y a de meilleur), n'a rien à voir avec la tradition des pédagogues.

Pour ce qui est de Rousseau, il faut malheureusement admettre que le volet pédagogique est le plus raté de son oeuvre: "L'Emile" reste une calamité, surtout le chapitre sur "Sohie", l'éducation des filles; retenons du grand penseur genevois sa philosopie politique, ses réflexions sur la nature des inégalités entre les hommes, soit sa théorie du contrat social, le rôle du gouvernant dans la cité.

Écrit par : Micheline | lundi, 15 décembre 2008

@ Victor : Un grand merci pour ce témoignage. Le 1er Ministre de Roumanie vient de démissionner "pour laisser la place à des plus jeunes". Ici, un Ministre peut être un fieffé voyou sans être acculé à déguerpir malgré la honte sociale qui l'affligerait. Cherchez l'erreur ...

A +

Écrit par : Micheline | lundi, 15 décembre 2008

Si vous voulez, Micheline, mais Pestalozzi était un disciple déclaré de Rousseau, me semble-t-il.

Écrit par : Rémi Mogenet | lundi, 15 décembre 2008

Théodor Stolojan est un grand homme, qui a occupé des fonctions internationales, mais aussi fut premier ministre de Roumanie.
De sa bouche ne sort pas de couleuvres ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | lundi, 15 décembre 2008

Pestalozzi fut un grand homme. Lui, il s’occupa véritablement de l’éducation de l’enfant (des siens, d’abord !) Souvent ruiné, il finit sa vie dans la dèche mais sans jamais abandonner son projet initial, à savoir octroyer une éducation pour tous, sans oublier les zones rurales. Ses principes pédagogiques étaient dictés par la pratique. Par exemple, associer le travail manuel à l’acquisition des connaissances élémentaires en faisait partie.

Lorsque son œuvre Léonard et Gertrude parut en 1781 (sans nom d’auteur, précisons-le), ce fut un très grand succès. Il avait déjà derrière lui une expérience significative dans l’éducation.

Je ne puis m’empêcher d’en retranscrire ici un passage, à remettre naturellement dans le contexte socio-historique de l’époque : « … rien d'étranger, rien du tumulte de l'école: le fils, tout en coupant ses raves, calcule avec son père ; la fille, à son rouet, apprend en filant toutes les chansons que sa mère chante à côté d'elle ; là, nulle main ne reste oisive tandis que l'esprit s'instruit ; et, pour le peuple des campagnes, s'instruire sans perdre le temps consacré au travail, s'instruire sans que les mains restent oisives, est l'affaire essentielle. Si j'étais maître d'école dans mon village, j'installerais dans la classe des rouets et des métiers à tisser, et il faudrait que les enfants des paysans apprissent à faire travailler leur langue et leurs doigts tout à la fois. Je leur dirais moi-même, à haute voix, ce qu'ils doivent apprendre, en le leur faisant répéter ; après moi ; j'écrirais à la craie, sur la muraille noire, en grosses lettres blanches, la ligne ou l'exercice de calcul, et je les ferais lire et calculer tout en filant et en tissant, sans interrompre leur travail … »

Une vision philosophique de l’homme se dégage de l’œuvre (littéraire et biographique) du très grand éducateur.

On voit ainsi qu’on est très loin d’un pédagogisme psy à la mords-moi-le nœuds du genre : « dans un autre registre plus politique et moins agressif contre la transmission du savoir, l'accusation a été clairement portée contre le système d'instruction de reproduire les classes sociales à l'aide notamment de violences symboliques » ou « d'être une entreprise d'inculcation de valeurs et de savoirs assimilables dans certains cas à une véritable colonisation. » Ces termes de Pierre Bourdieu et de François Dubet se retrouvent texto dans la loi d’orientation de 1989 de Lionel Jospin.

Écrit par : Micheline Pace | lundi, 15 décembre 2008

Pour ça, vous avez raison, Micheline : Pestalozzi, que je connais bien, ayant lu plus d'un ouvrage sur lui, était un homme bien supérieur aux pédagogues universitaires de l'école française contemporaine, qui brassent surtout des théories. Je pense que Genève est trop sensible à l'influence française. En Savoie, nous avons eu aussi une pédagogue du genre de Pestalozzi, et qui était calviniste et de Saint-Julien, appelée Noémi Regard. J'espère mieux la faire connaître, à l'avenir.

Écrit par : R.Mogenet | lundi, 15 décembre 2008

(Qui brassent des théories, et qui politisent trop la pédagogie, de surcroît.)

Écrit par : R.Mogenet | lundi, 15 décembre 2008

Dans toutes ses apparitions, CB dit et tout son contraire. Son désespoir face à l'aveu général, indépendamment du résultat de la votation du 17 mai prochain, n'a pas d'égal.D'un côté, il ose hypocritement affirmer (TdG 2-3 mai)qu'on "a confondu démocratisation des études et nivellement par le bas" - alors que c'est un slogan du camp d'en-face - et d el'autre la baisse du niveau du français est imputable aux 45% de non-natifs. Imaginez un UDC dire pareil ineptie : c'est la plainte en diffamation! D'autant que la réalité montre que beaucoup de premiers de classe sont d'origine étrangère, ce depuis trois générations successives... Le problème des étrangers se pose différemment: il s'agit uniquement des criminels, de leur renvoi rendu possible par une loi qu'on espère prochaine grâce à l'initiative déposée!

Le pouvoir que lui procure son statut seul pose problème. Plus d'une fois, il aurait dû être appelé à démissionner! Quelle honte pour nos deniers publics, l'avenir des générations futures, la dette, etc, etc !

Écrit par : bofitude | jeudi, 14 mai 2009

J'ai rarement pu lire d'aussi bons posts.
Je vais continuer à parcourir ton site.
N'hésite pas une seconde à m'envoyer un mail si tu veux discuter du sujet de l'article plus en profondeur.
;D

Écrit par : Beaux poele a bois au monde | mercredi, 01 février 2012

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