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mercredi, 04 février 2009

Poursuivre la réforme de la langue?

Il y a une semaine, la question du bien-fondé d’une éventuelle réforme de la langue était posée. Beaucoup de réactions très intéressantes  se sont manifestées. Pour ou contre, les raisons sont très différentes. Mais chacune montre un réel attachement à un même organe de compréhension, à ses règles, à ses exceptions tout aussi nombreuses, à l’histoire de la sémantique des mots, à sa consonance, à son esprit.

Généralement, autant la lecture que les mathématiques souffrent d'une baisse de niveau. Un sondage vient de paraître dans le Figaro. Ainsi, sur 5493 participants, 20.43% sont pour et 79.57% sont contre une simplification de l'orthographe. On en déduira que ces résultats correspondent aux avis partagés sur le sujet par les commentateurs sur ce blog.Tignous5.jpg

L' étude montre qu’en 20 ans, sur une même dictée (ici : dictée.doc), le pourcentage d’élèves à la fin de l’école primaire qui commettaient plus de 15 erreurs est passé de plus de 26% à 46%. On observe notamment une nette augmentation des erreurs grammaticales (conjugaison des verbes, par ex.)

On se souvient qu’en 1990, l’Académie française a approuvé une série de rectifications orthographiques, proposées par le Conseil supérieur de la langue mais elles ne furent jamais imposées ; portant essentiellement sur les accents et le singulier ou le pluriel de certains mots composés liés par un trait d’union, elles furent seulement encouragées, sans force contraignante ! Il n’est pas absurde de relever que ce fait a rajouté à la cacophonie ambiante, surtout en ce qui concerne au matériel scolaire livré. En guise d'anecdote, à Genève (DIP), je me souviens qu'un ouvrage de français, imprimé, ne fut jamais utilisé, même distribué à tous les élèves, ce pour des motifs obscurs.

Plus sérieusement, la question reste de savoir s’il faut poursuivre dans la voie d’une refonte pour faciliter l’apprentissage de l’orthographe, comme le soutiennent certains décideurs de ministères de l’éducation, de docteurs en grammaire comme André Chervel, etc. (Il faut préciser à ce stade qu’aucune interrogation concernant les méthodes d’apprentissage auxquelles ont dû se soumettre les enseignants sous peine de sanctions administratives ou disciplinaires et de licenciements, pendant ces deux dernières décennies, n’a été faite. Ceux qui ont réussi leur carrière sur des théories fumeuses, aussi coûteuses qu’inefficaces peuvent couler des jours heureux, dans une paisible retraite.)

Néanmoins, une refonte de la langue doit pouvoir se justifier en fonction de faits qu'on souhaite "corriger" telles que certaines règles inapplicables par exemple. Réformer la langue ne devrait en aucun cas reposer sur la motivation de vouloir en simplifier les règles dans le but d’en faciliter l’apprentissage ! Les partisans brandissent l’argument facile de la fracture sociale ou la baisse de niveau. En effet, si 87% des gens savaient en 1987 conjuguer le verbe tomber contre 63% aujourd’hui, la faute en est-elle imputable à l’extrême difficulté à l’apprendre, à la paresse engendrée par des exercices ennuyeux que débilisants ? Une chose est certaine : l’idéologique « bobo » aux commandes depuis tout ce temps renforcerait l’échec constaté.

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Commentaires

On comprend mieux maintenant pourquoi on ne se comprend plus !!! Si on peut écrire "hermite" ou "ermite", "savoirs-faire" ou "savoir-faire" au pl., "croche pied" ou "croche-pied" ... , où vaton?

Écrit par : Philippe B. | mardi, 03 février 2009

La conjugaison du verbe voir compte un taux de réussite de 61 % à 44 %, en 20 ans! C'est tout de même hallucinant pour un vocable aussi usuel!

Écrit par : Taratata | mardi, 03 février 2009

Pourqoi s'enpétré dan-z une convension ortografiq médiéval. Imajinon un monde où lè-z enfan pourè aprendre à lire é à écrire sa lang avan d'aprendre à la détèsté. La révolusion de l'ortograf è començé é èl se propaje rapidemen! -> www.ortograf.net

Écrit par : pepe | mardi, 03 février 2009

C'est vrai, avoir est facile à konjuguer nom d'une pipe:

j'a, tu a il a.

Et au subjonctif machin, ça donne:

j'u, tu u, il u. Fastoche. Y manke de jus les ptis djeunes. Même les supermarchés U y zont compris ça.

Mais je vais vous dire, Micheline: pour bien apprendre une langue, rien ne vaut le French Kiss!

(Ca faisait un moment que j'hésitais à la mettre, finalement je me lance au j'eûs).

Écrit par : hommelibre | mardi, 03 février 2009

YEEEEEESS !!! Hommelibre, Vous me troublez avec cette ... métaphore de la "langue", intraductible en anglais ou en allemand. Wahoo!!

Écrit par : Micheline Pace | mardi, 03 février 2009

@ PEPE : j'aime bien votre nom. Il me fait penser (entre autres) à Giuseppe, le faux père de Jésus Christ. J'ai vu le site que vous conseillez, ce dont je vous remercie beaucoup. Etrange, ça nous remémore la grande épopée de l'"Esperanto". A + +

Écrit par : Micheline Pace | mardi, 03 février 2009

Regarder la différence entre un numéro de scienc et vie junior de dix ans et celui d'aujourd'hui. L'image a remplacé le texte.

Écrit par : Riro | mardi, 03 février 2009

En effet Riro. Il faut constater que c'est une tendance qui s'affirme. L'image communique plus directement que le texte et suppose une perception plus rapide et plus globale. Ce que nous perdons en construction, nous le gagnons peut-être en intuition et en globalité. Qui peut dire si c'est un bien ou non? Même les sms en adoptant un langage phonétique se rapprochent de l'image (le son étant imagé par les lettres et non pas élaboré). Peut-être est-ce une évolution normale, utile, profonde?

Amusant de constater ce passage à l'image, alors que la Chine est passée de l'image (globale, l'idéogramme) à notre écriture.

Peut-être évoluons nous vers un nouveau langage, mixant l'image, le son et quelques représentations graphiques. Pour l'écrit par contre ça ne le fera pas, car si on peut illustrer un dialogue en BD, il y a toujours texte et image distincts. De même comment illustrer dans l'écrit ce que l'intuition du moment rajoute aux mots et aux images?

Le langage oral évolue visiblement. L'écrit peut-'il le suivre? Saurons-nous un jour quitter la forme classique d'écriture qui prévaut encore, la littérature classique, et accéder à un langage écrit qui prend forme en nous en éveillant intérieurement en direct: son, images, intuition, davantage que la logique pure ou que les deux seules dimensions de la plupart des récits?

C'est la poésie et le langage symbolique. La structure ne sera plus entièrement dans le langage écrit, elle sera partagée et co-construite en nous, ce sera un langage d'éveil et non de récit. Le surréalisme, le nouveau roman (paix à son âme) et bien d'autres expériences montrent qu'il y a une quête d'une forme d'expression éveillante, mais cette quête est en mouvement, elle n'est pas aboutie.

En regard de cette quête, l'orthographe vient pour moi en second plan. Toutefois à défaut de mieux j'aime écrire à peu près bien selon les formes classiques.

Écrit par : hommelibre | mardi, 03 février 2009

Qi décidra dé nouvel norm de notre lang, Pepe?

Notre lang s'è afranchi du latin mè pa notre min qi en porte encore lè stigmate.

& vou? Qan votre min çessera-t èlle de trahir votre lang?

Blague à part, le site mentionné est sidérant de par le sérieux avec lequel il traite de toutes les questions y relatives. Merci, Pepe, pour votre mot!

Écrit par : Micheline | mercredi, 04 février 2009

Bonjour a tutti !
Statu quo ou simplification, il faut des règles communes.
Si les Suisses, les Belges, les Canadiens et autres francophones - d'Afrique notamment - se mettent à édicter leurs propres règles, ce sera la fin de la langue française.
Laissons l'Académie, le Larousse et le Robert faire leur lent boulot, et tenons-nous aux règles du Grevisse en attendant mieux (?)...

:o)

Écrit par : Blondesen | mercredi, 04 février 2009

C'est toute la question. En deçà d'un niveau de respect de la langue française, il n'y a plus de compréhension possible !

Encore faut-il que l'organe responsable de l'état de la langue ait le courage d'imposer au politique les règles arrêtées après mûres réflexions et exercices de style. Mais c'est là que le bât blesse: les décideurs actuels ont d'autres priorités, plus valorisantes du point de vue de l'égo, plus immédiates et spectaculaires.

Le hic dans tout ça, c'est que des technocrates dans les ministères prennent le dessus en avançant des motifs politiciennes, tels que Jean-Louis Nembrini, directeur général de l'enseignement scolaire :«C'est précisément parce que nous avions conscience de cette baisse de niveau que nous avons lancé la réforme du primaire. D'autant que les plus touchés sont les enfants des catégories sociales les plus défavorisées.» Wahoo, ça fait bien, non?!

L'argument de la fracture sociale ne tient pas plus car on compte parmi des premiers de classe des enfants issus de milieux sociaux défavorisés ainsi que des cancres dans les milieux plus huppés. Ce type d'argument ressemble furieusement à ceux des pseudo-intellos des années '70-'80 ... pour faire avancer leur carrière perso, laissant le savoir dans une deliquescence par crainte de la violence symbolique engendrée par le sens ... Pffffffffffff

Bonne journée à tous!

Écrit par : Micheline | mercredi, 04 février 2009

Ma min réflèt ma lang: J'ékri "mesieu" é non "monsieur" (Mon Sieur)

Écrit par : pepe | mercredi, 04 février 2009

Mais que devient la finesse de la langue française avec une ortograf comme celle qui se trouve sur le site indiqué par Pepe ??? c'est tout simplement la mort annoncée des jeux de mots (et des quiproquos parfois savoureux) qui en font tout le charme ! certains mots ne se reconnaissent que par leur orthographe, c'est ce qui permet de comprendre le sens lorsque l'on s'ingénie à jouer avec. Si tout devient phonétique, c'est un appauvrissement de l'imaginaire, de l'imagination qui c'était créée de par la complexité de la langue justement. On devient toujours plus inventif, plus ingénieux dans la difficulté et non dans la facilité.
Pour moi il ne faut pas se leurrer, simplifier certaines règles, certains mots, soit, mais pas au détriment de la richesse infini que nous avons là et que la plupart d'entre nous ne savent plus ou pas utiliser faute d'apprentissage correct et non à cause des difficultés en elles-mêmes. Tout s'apprend dans la vie, encore faut-il le vouloir vraiment et trouver les bonnes personnes ou les bons outils pour accompagner dans cet apprentissage, mais surtout, par-dessus tout en avoir la volonté et non attendre que tout nous tombe tout cuit dans le bec.
Le tout, tout de suite frappe donc aussi la langue française, ce mal contemporain. C'est pour moi la diminution programmée de notre vocabulaire, vocabulaire qui fait pourtant toute la grandeur d'une langue. Que deviennent les homophones ? comment écrit-on an (l'année), et le mot en ? que deviennent les verbes conjugués : est, es, ai, aies, ait, hait,... ? et peu, peut ? Et abîme (le vide), abîme (esquinter) ? ces deux là s'écrivant déjà de la même façon pour un sens différent, ce qui je pense doit compliquer bien plus la vie d'une personne étrangère qui désire apprendre le français.
Ce n'est pas tant l'écriture qui me semble remise en cause là, mais la compréhension des subtilités françaises, la richesse du sens des mots, la richesse des mots en eux-mêmes. Un livre anglais traduit en français fait le double de volume, ce n'est pas pour rien.
Si l'écriture est la même partout pour simplifier, le sens de beaucoup de mots va disparaître avec le temps. Et j'ai bien peur que l'écrit finisse par devenir un tel charabia qu'il n'aura bientôt plus de raison d'être si l'on va dans ce sens là.
Dans le langage parlé on s'y retrouve suivant le contexte, mais sur de l'écrit, il est parfois nécessaire d'avoir des distinctions. Si tout est phonétique, c'est la disparition des repères.
Et ce n'est pas une experte de la langue française qui parle, je fais, je le sais, bien trop de fautes d'orthographe pour cela.
En fait j'ai l'impression qu'à vouloir trop simplifier on complique encore plus la langue. C'est contradictoire. Est-ce une bonne chose pour nous contraindre à imaginer plus encore ? mais peut-être y a-t-il des limites à trouver tout de même, limites qui existent déjà en l'état actuel...
J'ai ouïe dire que l'enfer était toujours pavé de bonnes intentions.

Écrit par : Claire Ogie | jeudi, 05 février 2009

La finès de la LANG ne chanj pa. Ç'è la MIN qi chanj. Otre norme, otre jeu de mo. L'italien, prèske fonétic (fonetico) è-t-il une lang apovri, san jeu de mo, san-z Istoir?

Selui qi ne sé pa fèr la diférençe, à l'écri, entre le so d'o é le so à la corde è probablemen un so! `Mè, q'a çela ne tiène, la norme Ortograf prévoi l'usaj d'acçen pou distingé lè-z omonime couran. Ex. non(non) nòn(nom).

Je veux bien maintenant vous accomoder en poursuivant en orthographe conservatrice. Les homophones actuels ne semblent pas vous gêner. Ex. je suis (être), je suis (suivre), vol de banque ou vol d'oiseau, etc..


"Un livre anglais traduit en français fait le double de volume, ce n'est pas pour rien. "

L'inverse peut être vrai aussi. La langue de l'original est souvent plus concise que celle de la traduction.

L'apprentissage de l'orthographe de chacun des mots usuels (20 000) et des règles plus exceptions prend 15 ans. Notre norme qui tient sur une page s'apprend en moins d'une heure et permet de prévoir l'écriture de tous les mots... et vous trouvez ça plus compliqué.

N'oubliez-pas que votre orthographe serait un charabia pour Rabelais (que la plupart lisent en "traduction")

Écrit par : pepe | jeudi, 05 février 2009

Casse-tête de la bonne langue française:

Un sot, monté sur un âne, porte un seau muni d'un sceau...
Mais voilà que, comble de malheur, l'âne trébuche....
Les trois "so" tombent....
Comment écrit-on "so" pour respecter le bon usage de la langue?

:=))
Ark

Écrit par : arkencielle | vendredi, 06 février 2009

Ark: ça c'est pas sympa...(:o)

Écrit par : hommelibre | vendredi, 06 février 2009

Il faut dire que le site indiqué par Pepe est fort troublant. D'accord avec Blondesen, toute simplification éventuelle des règles de langue doit s'arrêter sur un statu quo: sinon, c'est la gabegie totale!

Ark que je remerci au passage nous offre ici un super joli exemple d'homophones... avec ses quiproquos possibles. Dans tous les cas, "le sot tombé de l'âne avec son seau muni d'un sceau devrait porter le bonnet d'âne"!

Écrit par : Micheline Pace | vendredi, 06 février 2009

"ma mèr ira à la mèr çèt été" Il faut être de mauvaise foi pour prétendre ne pas pouvoir distinguer la première 'mèr' de la deuxième.

Il faut être de mauvaise foi également pour prétendre que l'orthographe conservatrice résout systématiquement l'homophonie.
Ex. j'ai 'été' à la mer cet 'été'

Je ne parle même pas des cas où l'othographe conservatrice introduit l'homographie alors que la distinction est clair à l'oral:

Les poule du couvent couvent... (Lè poule du couven couve)
Les 'fils' de la couturière... (Lè fil ou lè fis)
etc.

L'ortograf altèrnative permet même de résoudre des homophones homographes de l'orthographe conservatrice:

Un vol de bank, un vòl d'oizo.

Écrit par : pepe | vendredi, 06 février 2009

En parlant de mauvaise foi... Elle est belle notre orthographe! Le 'e' est supposé être la marque du féminin? IL faudrait dire alors 'LA mauvaise foiE' et 'Le foi de veau'

Écrit par : Gugenheim | samedi, 07 février 2009

La pépée de pepe est chez son Pépé où des fois elle mange du foie en toute bonne foi...

:o)

Écrit par : Blondesen | samedi, 07 février 2009

(foi, foie, fois) J'oubliais, le très singulier 'Il était UNE foiS' prend un 's'.

Écrit par : Gugenheim | dimanche, 08 février 2009

Il ne suffit pas que tu boudes, il faut aussi que tu penses !
Il ne suffit pas que tu bandes, il faut aussi que tu pousses !

Heureusement que la simplification de la graphie n'ôtera pas le charme des contrepèteries ... même si les homophonies tendront à "disparaître" malgré une non-confusion formelle entre l'oral et l'écrit.

Écrit par : Bofitude | dimanche, 08 février 2009

Il faudrait commencer par reformer l'enseignement et les cours dispensés à l'école élémentaire! On tire la France vers le bas!!!!!!

Écrit par : john | mercredi, 10 juin 2009

Bonjour John, je retiens de votre idée qu'il faut d'abord connaître les réformes institutionnelles apportées à notre langue pour pouvoir ensuite adapter les méthodes didactiques et pédagogiques ainsi que le contenu du matériel scolaire. Mais vous avez raison de relever l'existence d'un vrai problème dans l'enseignement de la langue, difficulté qui n'incombe aux professeurs puisque ceux-ci doivent se plier aux diktats de l'institution politique et administrative. Aucune marge de manoeuvre ne leur est accordée.
Je vous laisse juger ... et merci pour votre réaction!

Écrit par : Micheline | mercredi, 10 juin 2009

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