mardi, 10 février 2009

Contrefaire le français? 5 rectifications de 1990

Lorsqu’on effleure le thème d’une réforme possible des règles grammaticales et orthographiques de notre langue, un grand auteur classique nous vient presque naturellement à l’esprit : Alcofrybas Nasier, anagramme de François Rabelais. L’humaniste se moque joyeusement des jargons prétentieux des « Sorbonnards », notamment lorsque l’usage abusif du latin conduit à latiniser sa propre langue … au point de parler sans être compris. Les galimatias -  procédés comiques particulièrement chéris par ce gourmand de la langue - dévoilent le ridicule de certains plaideurs tels que Baisecul et Humevesne. En outre, l'encyclopédiste avant la lettre nous apprend que malmener les conventions de la langue est chose aussi que violer n'importe quelle convention sociale.

 

Rappelons-nous ainsi  comment Pantagruel rencontra ung Lymousin qui contrefaisoit le Françoys :

 

«  A quoy Pantagruel dist : Pantagruel1.jpg

-  Quel diable de langaige est cecy ? Par Dieu, tu es quelque hérétique.      

- Seignor non, dist l'eschollier.

- Et bren, bren ! dist Pantagruel, qu'est ce que veult dire ce fol ? Je croy qu'il nous forge icy quelque langaige diabolique, et qu'il nous cherme comme enchanteur.

- Par Dieu, dist Pantagruel : je vous apprendray à parler. Mais devant, responds moy : dont es tu ? 

 

A quoy dist l'escholier :

- L'origine primeves de mes aves et ataves fut indigene des regions Lemovicques, où requiesce le corpore de l'agiotate sainct Martial. ­ 

- J'entens bien, dist Pantagruel ; tu es Lymosin, pour tout potaige. Et tu veulx icy contrefaire le Parisian. Or vien çza, que je te donne un tour de pigne ! 

 

Lors le print à la gorge, luy disant :

-Tu escorche le latin ; par sainct Jean, je te feray escorcher le renard, car je te escorcheray tout vif. »

 

 

 

Dans le débat qui fait rage aujourd’hui pour renouveller (ou dépoussiérer) les normes langagières, ce qu’il faudrait, c’est que la réforme soit de grande ampleur, sans qu’un retour soit possible. Avec Internet, ce serait enfin possible, contrairement à l'ère des copistes, s'avant et après la codification du 17e siècle.

 

Pour l’heure, livrons-nous ici à un bref récapitulatif de quelques rectifications orthographiques apportées au français en 1990. Jamais imposées, ces rectifications ont été officiellement adoptées dans toute la francophonie!

 

 

1-       Le trait d'union : un certain nombre de mots remplaceront le trait d'union par la soudure. Exemple : « porte-monnaie » devient « portemonnaie » (comme « portefeuille  ») ;

2-       Le pluriel des noms composés : les mots composés du type « pèse-lettre » suivront au pluriel la règle des mots simples (des « pèse-lettres  », le verbe n’étant jamais accordé comme un nom) ;

3-       L'accent circonflexe : il ne sera plus obligatoire sur les lettres « i » et « u  », sauf dans les terminaisons verbales et dans quelques mots. Exemples : « qu'il fût  », « mûr  ») ;

4-       Le participe passé des verbes pronominaux : il sera invariable dans le cas de « laisser » suivi d'un infinitif. Exemple : « elle s'est laissé mourir de faim»;

5-       Les anomalies :

a)       mots empruntés : pour l'accentuation et le pluriel, les mots empruntés suivront les règles des mots français (dans pas mal de cas, il s'agit non de nouvelles formes mais de trancher des cohabitations existantes). Exemple : un « imprésario », des « imprésarios », un « référendum », des « référendums » plutôt que « referenda »; un ou des « spaghetti » ;

b)       séries désaccordées : des graphies seront rendues conformes aux règles de l'écriture du français, comme par exemple, « douçâtre » remplace « douceâtre  », ou à la cohérence d'une série précise, « boursoufler » devient « boursouffler » comme « souffler  », « chariot » devient « charriot » comme « charrette »).

 

 

A vos Jeux !!!

 

14:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : langue, français, réforme, règles | |  Facebook

Commentaires

Or, donc, ma Micheline, on dirait désormais : cinq-cents, quarante-et-unième, un compte-goutte & des compte-gouttes, paraitre & il parait, des matchs, des scénarios, des miss, un contretemps, weekend, agroalimentaire !!!

Ah, tout le fout le camps ... A +

Écrit par : Kathy | mardi, 10 février 2009

1- Si un certain nombre de mots remplaceront le trait d'union par la soudure, ce n'est pourtant pas aussi simple au point de croire que ces chers traits d'union disparaissent pour autant!

Ainsi, pour les numéraux composés, uniquement, on écrit désormais :

AVANT MAINTENANT
trente et un trente-et-un
quatre cents quatre-cents
cinquante et unième cinquante-et-unième

Écrit par : Micheline | mardi, 10 février 2009

Ah, j'oubliais de préciser que la métaphore du trait d'union, de la soudure ou de la séparation définitive n'en finit pas là : si le trait d'union s'impose pour les numéraux composés, la soudure s’impose dans un certain nombre de mots, tels que :

- dans les mots composés de contr(e)- et entr(e)- ;
- dans les mots composés de extra-, infra-, intra-, ultra- ;
- dans les mots composés avec des éléments « savants » (hydro-, socio-) ;
- dans les onomatopées et dans les mots d’origine étrangère.

AVANT
entre-temps
teuf-teuf
week-end
hydro-carburants
socio-politique

MAINTENANT
entretemps
teufteuf
weekend
hydrocarburants
sociopolitique

La soudure s'étend donc unilatéralement ... À privilégier la graphie soudée sans modération!

Écrit par : Micheline | mardi, 10 février 2009

Bonsoir Micheline ! Après le premier point, je vois que 2) dans les noms composés - avec trait d’union - du type "pèse-lettre" (verbe + nom) ou "sans-abri" (préposition + nom), le second élément prend la marque du pluriel seulement et toujours lorsque le mot est au pluriel :

AVANT
un après-midi, ,
des après-midi

MAINTENANT
un après-midi
des après-midis

Mais les mots comme "prie-Dieu" (à cause de la majuscule) ou "trompe-la-mort" (à cause de l’article) restent invariables.

L'incohérence est encore une fois fustigée! Vive la simplicité à l'aune de quelque transparence ... (un "cure-dent" & un "cure-ongles" sont désormais sur le même plan d'égalité : devinez !) ...

Écrit par : Philippe B. | mardi, 10 février 2009

On remarquera que 3) les mots empruntés (aus autres langues, notamment les anglicismes du 20e s.) forment leur pluriel de la même manière que les mots français et sont accentués conformément aux règles qui s’appliquent aux mots français! Tous ces mots s 'acordent selons les règles usuelles :

AVANT
des matches
des misses
revolver

MAINTENANT
des matchs
des miss
révolver

Pour une nouvelle règle, c'en est Une! Pfff ... je préfèrais les latinismes. Enfin, on sait tout de même à quoi s'en tenîr!

Écrit par : Kathy | mardi, 10 février 2009

Il faut rappeler que la réforme de 1990 n'en est pas vraiment une, puisqu'elle n'a pas changé l'orthographe.

Comme l'a dit l'Académie française : L’orthographe actuelle reste d’usage, et les « recommandations » du Conseil supérieur de la langue française ne portent que sur des mots qui pourront être écrits de manière différente sans constituer des incorrections ni être considérés comme des fautes. »

L'orthographe n'a donc pas changé. D'autres graphies sont simplement tolérées, comme la suppression du trait d'union en certaines occasions. La réforme de 1990 a introduit des tolérances, mais n'a pas réformé l'orthographe, qui reste comme elle l'était auparavant.

Écrit par : Soli Pardo | mardi, 10 février 2009

Exact, cette réforme n'en est pas vraiment une. Maintenant, certains mots peuvent parfois s'écrire de deux manières différentes. C'est le seul changement.

Écrit par : Kissa | mardi, 10 février 2009

L’emploi de la nouvelle orthographe n’est pas imposé, mais seulement est recommandé. C'est dire que comme le déduisent fort à propos Soli Pardo et Kissa
qu'en fait, on a le CHOIX d'écrire des 2 manières!

L'orthographe n'a donc pas changé et cette réforme n'en est pas une.
Ces rectifications touchent environ deux-mille mots; si certaines ont pour but d’"unifier" la graphie de certains mots, de supprimer certaines "incohérences" (pour en créer d'autres?), de clarifier des situations confuses, dont les règles sont presqu'inapplicables tant elles se chevauchent, d'autres rectifications ne contribuent en rien à l’illustration et au rayonnement de la langue française à travers le monde.

Soli souligne justement que le trait d'union a le droit de disparaître en certaines circonstances. En effet, on peut écrire "extra-terrestre" ou "extraterrestre" et il serait presqu'absurde, par extension, de vouloir en rajouter un à "deux cents".

Pour info, dans le monde de la production des textes (correction, édition, enseignement, publication, etc.), aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive!

Merci pour toutes ces précisions!
Micheline, qui est très contente de ces conclusions ...

Écrit par : Micheline Pace | mercredi, 11 février 2009

Ben, moi, j'ai pris mon parti : puisque le trait d'union n'est plus fiable, j'opte définitivement pour la soudure, chaque fois qu'il est possible !

Tralalala

Écrit par : Kathy | mercredi, 11 février 2009

À part les histoires de traits d'union et de franche soudure, il est joli de consater que les accents ne restent pas en reste! 4)On emploie l’accent grave (plutôt que l’accent aigu) dans un certain nombre de mots dans le but de régulariser leur orthographe, notamment au futur et au conditionnel des verbes qui se conjuguent sur le modèle de céder, et dans les formes du type "puissè-je" ...

AVANT
événement
réglementaire
je céderai
ils régleraient

MAINTENANT
évènement
règlementaire
je cèderai
ils règleraient

Plus particulièrement, la règle de base est généralisée : évènement ressemble désormais à avènement ; règlementaire s’écrit comme règlement.

Mais la question existentielle qui reste à résoudre est de savoir si cette simplification en est vraimement et si elle en vaut vraiment le coup!!!

Écrit par : Kathy | mercredi, 11 février 2009

Pour les anglicismes, il est vrai qu'ils ne servent à rien de venir polluer notre langue, très bien dotée conceptuellement, surtout quand on possède le mot en français :

Checker (vérifier)
Ploguer (BRANCHER)
Tripper (aimer beaucoup)
Blindeness donne "mal-voyant" alors qu' "aveugle" existe depuis belle lurette.

pourraient ne pas être assimilés à la langue français sans que celle-ci n'en soit handicapée.

Écrit par : Philippe B. | jeudi, 12 février 2009

La détrônisation symbolique et irrevérencieuse est liée à l'esprit carnavalesque. La représentation du petit Pantagruel joufflu qui découvre le monde avec gourmandise nous prouve ce génie de la langue ...

Écrit par : Kathy | jeudi, 12 février 2009

Qu'en est-il des accents, Micheline?

Écrit par : Philippe B. | vendredi, 13 février 2009

- Pour ce qui est de l'accent grave, au futur et au conditionnel des verbes comme céder, il y a simpification.

qui se conjuguent sur le modèle de céder, et dans les formes du type puissè-je.

AVANT
je céderai
ils régleraient

MAINTENANT
je cèderai
ilsrègleraient

- L’accent circonflexe disparait sur i et u.
On le maintient néanmoins dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif.

AVANT
coût
entraîner, nous entraînons
paraître, il paraît

MAINTENANT
cout
entrainer, nous entrainons
paraitre, il parait

Le tréma est déplacé sur la lettre u prononcée dans les suites -güe- et -güi-, et est ajouté dans quelques mots.

ancienne orthographe nouvelle orthographe
aiguë, ambiguë aigüe, ambigüe
ambiguïté ambigüité
arguer argüer

- Observation : Les mots dans lesquels est ajouté un tréma sont : argüer (j’argüe, nous argüons, etc.), gageüre, mangeüre, rongeüre, vergeüre. m Le déplacement du tréma évite des difficultés de lecture ; son ajout empêche des prononciations jugées fautives.

N. B. Les 2 orthographes restent néanmoins valides !

Écrit par : Micheline Pace | vendredi, 13 février 2009

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