UA-105021232-1

mardi, 17 février 2009

La NOVLANGUE aura-t-elle raison du "politiquement correct"?

Comment économistes, publicistes, politiques jouent avec les mots pour nous faire avaler des couleuvres ? Décrypter la novlangue des médias et de la sphère politicienne pourrait être une piste intéressante pour comprendre un nouveau phénomène pas encore décrit.

La novlangue est-elle en train de gagner du terrain? Si dénoncer le politiquement correct n’est plus vraiment tendance, fustiger la novlangue devient gentiment une mode. S’opposant à l’ancilangue (langue ancienne), la novlangue (nouvelle langue) n’est pas à proprement une simplification du vocabulaire, mais le remplacement de mots par d’autres jusqu’à ce que des concepts considérés comme subversifs par le pouvoir disparaissent véritablement. Si le terme « justice » n’existe plus, qui pourrait avoir l’idée de la revendiquer ? Voyons de plus près comment ce discours totalitaire fonctionne. 


Créé par Georges Orwell dans son roman 1984, ce néologisme désigne la langue qui désapprend à penser. Par exemple, « Ce que l’on a appelé l’abolition de la propriété privée signifiait en fait la concentration de la propriété privée entre beaucoup moins de mains qu’auparavant, mais avec cette différence que les nouveaux propriétaires formaient un groupe au lieu d’une masse. » Il renchérit: « Le langage politique est destiné à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que du vent. » 

 

L’idée fondamentale de la novlangue est de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence du pouvoir, ce qui a pour conséquence d'empêcher la réflexion. Afin d’éviter toute contradiction, la novlangue n’en est pas moins l’incarnation de la double pensée : Une « contre-réforme » visant à faire voler en éclats des acquis sociaux devient une « réforme » contre les privilèges.

La double signification des mots possède tend ainsi à dispenser de toute pensée spéculative.

 Aussi, dire tout et son contraire permet-il de jouer sur plusieurs tableaux. C'est ce qui constitue en l'occurrence l'art oratoire moderne du politique.

La « novlangue du néo-libéralisme » a connu ainsi un travail sur le vocabulaire effectué par la droite autant que par les sociaux-démocrates qui se diffuse dans les rangs de ladite gauche, au point d’emprisonner sa réflexion. Comme quoi, les clichés en tous genres empêcheront toujours de penser et d'inventer (ou trouver) de nouvelles pratiques!  0;)

Gargantua%20and%20Pantagruel.jpg

 

 

 Illustration de Gustave Doré, Gargantua enfant découvrant la langue, le monde ...

17:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : langue de bois, novlangue, ancilangue, médias, politique | |  Facebook

Commentaires

En effet, la langue ne sert pas uniquement à s’exprimer, à communiquer, à désigner clairement ce dont elle traite. Elle sert aussi à faire : faire croire, faire ressentir, faire obéir, faire taire, etc. Quand dire, c'est faire ...

Cette étrange faculté de changer le réel autant que de le décrire dans un jeu de spectateur autant que d'acteur, elle la tient de sa dimension pragmatique.

Plus précisément : sa faculté d’agir sur le cerveau d’autrui, de par la fonction illocutoire ou perlocutoire des mots. Toute stratégie de l'information prend en compte cette perspective, notamment dans les sphères du pouvoir (économique, médiatique, politique, administratif)!

Écrit par : François Thévenet | lundi, 16 février 2009

Oui, oui, la novlangue fait tous les jours des ravages à notre insu.

Prenez le terme "eurosceptique". Avez-vous remarqué que les termes "eurohostile" et "euromaniaque" n'existent pas (encore) ? Tentons de les lancer dès aujourd'hui.

Au cours de la campagne qui a précédé l'échec du scrutin pour "l'Espace Economique européen" en 1992, le matraquage médiatique était si puissant que le moindre questionnement, la moindre interrogation sur l'opportunité pour la Suisse d'adhérer à ce Machin Provisoire de l'EEE était taxé d'hérésie.

Sans l'EEE dont nul n'avait entendu parler jusque là, la Suisse courait à la catastrophe. Il était urgentissime que la Suisse, sans réfléchir, se diluât dans le brouet européen sans discuter. Il en fut autrement.

Et ces "pluies acides" qui ont rejoint les neiges d'antan, remplacées par ce bon vieux bostryche...?

Et l'ignoble "Suisse repliée sur elle-même" alors que c'est le pays le plus ouvert sur le monde: quatre cultures dans un mouchoir de poche, ouverture à l'autre, pratique des langues étrangères, harmonie entre les étrangers et les indigènes (pas de ghettos à la française), quelque 600'000 Suisses de l'étranger pour contribuer à sa prospérité, gouvernements locaux et fédéral pratiquant la collégialité entre une dizaine de partis et mouvements politiques, parlement dont les décisions sont respectées, respect (assez répandu) des minorités, concertation permanente entre les partenaires sociaux, services publics qui fonctionnent bien, accueil et intégration de générations d'hôtes étrangers, de réfugiés (vrais et réfugiés économiques, en majorité). Générosité des citoyens lors de grandes catastrophes internationales. Etat de droit où prime vraiment le droit...et non le fait du prince. Existence et exercice de véritables droits populaires. Aucune dette coloniale à payer à retardement. Eh bien non: Duraton helveticus persiste à s'auto-flageller en dénigrant son pays puisque, comme l'ont dit les novlanguistes: "La Suisse vit repliée sur elle-même !" Malgré ses relations diplomatiques universelles, ses bons offices et son réseau commercial relié au monde entier. Rien n'y fait: les novlanguistes persistent à nous faire accroire que nous sommes des crétins des Alpes "repliés sur eux-mêmes".

L'"ouverture" ? (encore un terme de novlangue helvétique): la Suisse n'a pas attendu l'Europe-telle-qu'elle-est-imposée-aux-peuples-qui-n'en-demandaient-pas-tant pour pratiquer l'ouverture au monde, respecter tous les jours un vrai fédéralisme et commercer avec le monde entier.Pourtant, nos novlanguistes persistent à regretter le "manque d'ouverture" de la Suisse sur le monde !

Pour se convaincre des ravages de la novlangue, il faut vraiment lire l'ouvrage de Victor Klemperer, "Lti, la langue du IIIème Reich". Un des mots-clefs de la novlangue du IIIe Reich était: "organiser". On sait à quelles barbaries ce verbe a mené...

Un délice qui nous rappelle que la "Passivrauch" fut un des termes favoris de ladite novlangue des nazis alors qu'aujourd'hui le langage prend une tournure sacrée: l'Environnement, le Réchauffement climatique, le Trou d'Ozone, la Nature (avec capitale), la Terre et..."la fumée passive mortelle".

Les piles à combustible sont hissées au statut de demi-déesses, le vélo électrique est sanctifié et les pèlerins Verts, en rangs serrés, se prosterneront sans doute bientôt devant les vénérables éoliennes, filles d'Eole alors que le culte à Vulcain aura repris du poil de la bête quand on maîtrisera et exploitera enfin les puissances chtoniennes géo-thermiques...

Quant au loup, au dauphin et à la baleine à bosse, il n'est probablement pas loin le temps où l'on vouera un culte à ces créatures en voie de disparition.

Ce qui mériterait pourtant des mesures de protection urgentes, c'est ...le bon sens.

Présentation de l'éditeur sur:

http://www.amazon.fr/Lti-langue-du-III%C3%A8me-Reich/dp/2266135465/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1234823277&sr=8-1

"Le philosophe allemand Victor Klemperer s'attacha dès 1933 à l'étude de la langue et des mots employés par les nazis. En puisant à une multitude de sources (discours radiodiffusés d'Adolf Hitler ou de Joseph Paul Goebbels, faire-part de naissance et de décès, journaux, livres et brochures, conversations, etc.), il a pu examiner la destruction de l'esprit et de la culture allemands par la novlangue nazie. En tenant ainsi son journal il accomplissait aussi un acte de résistance et de survie. En 1947, il tirera de son travail ce livre : "LTI, Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich", devenu la référence de toute réflexion sur le langage totalitaire. Sa lecture, à cinquante ans de distance, montre combien le monde contemporain a du mal à se guérir de cette langue contaminée ; et qu'aucune langue n'est à l'abri de nouvelles manipulations.

Écrit par : jaw | mardi, 17 février 2009

Teufel, et ça fait un moment que ça dure... et que ça a de loooooooooong et boooooooooooo jours devant elle, mais chut! "On" ne sait déjà plus de quoi on parle!
-Redbaron, suffit, la-ferme!...
... la ferme? celle de heu, mon chateau?

Écrit par : redbaron | mardi, 17 février 2009

Bonjour JAW,

Bonjour Redbaron (=Baron de cuir ???),

La remarque de JAW que je remercie infiniment pour son apport circonstancié et fort détaillé tombe pile poil par les temps qui courent, comme par un passé récent... On a eu dit que la langue du 3e Reich ne comportait pas plus que 200 mots. Les néologismes renfermaienr des connotations fort douteuses.

L'acculturalation et le règne de l'incultisme constituent un réel danger aujourd'hui tant les systèmes binaires occultent une véritable réflexion, notamment dans les instances décisionnelles, à tous les échelons d'ailleurs.

Tous les jours, on observe la connerie à l'oeuvre, que ce soit dans des conseils d'administration, des comités semi-publics , des commisions parlementaires. Triste spectacle en ces tropiques soi-disant si civilisées!

Cher Redbaron, auriez l'extrême obligeance, voire amabilité, de traduire votre pensée exprimées ci-dessus? Moa, jé riê côpri ... hi, hi, hi ...

Bien à vous.

Écrit par : Micheline Pace | mardi, 17 février 2009

Superbe article! Merci à JAW pour sa référence. À la lecture de tout discours (pré-électoral), on devrait se souvenir des 2 intentions de la novlangue :

1)tout d'abord, elle empêche de dire ou de penser certaines choses;
2)ensuite, elle formate les esprits des locuteurs, crée des associations, des amalgames entre catégories pré-établies, bref des postures mentales attendues.

- Pour atteindre le premier but, elle agit brutalement : certains mots sont supprimés, ou leur sens réduit à un usage strictement pragmatique. Par exemple, en affirmant que la voie est libre, on ne peut plus exprimer le concept de liberté, étant donné qu’il n’y a plus de mots pour traduire ces ringardises.

La novlangue vise donc de rendre impensable et impossible toute contestation, puisqu’il n’est plus possible de se référer à un autre monde, d’autres valeurs que le monde décrit par la propagande officielle... au point que son vocabulaire tend à s’imposer dans tous les textes (alors que les anciens textes deviennent par le même coup incompréhensibles). C'est dire qu'avec le temps, la succession des générations, les éventuels opposants sont privés de mémoire et ne peuvent plus s’appuyer sur des textes, philosophiques par exemple, pour critiquer le système ou le comparer à un ordre ancien plus juste ou plus libre, bref autre.

- La novlangue oblige à décrire le monde de manière très simpliste, standardisée, rigides, en abandonnant du coup les synonymes, les nuances, les spécialités. Des néologismes naissent ainsi pour ne donner plus que des expressions toutes faites. Dans sa volonté de traiter en hérésie tout ce qui n'est pas elle, la novlangue finit par simplifier même l'orthographe!

L'aliénation (le mot est lancé) est parfaite; en censurant et martelant sans cesse les mêmes expressions standardisées, elle empêche d’énoncer des idées, obligeant à répéter des slogans comme des mantras... Et ça commence malheureusement déjà à l'école!

Écrit par : Oracle-de-Delphes | mardi, 17 février 2009

Merci de cette réflexion limpide et subtilement argumentée! On ne peut être que d'accord avec vous. Bonne soirée!

Écrit par : jmo | mercredi, 18 février 2009

"Cher Redbaron, auriez l'extrême obligeance, voire amabilité, de traduire votre pensée exprimées ci-dessus? Moa, jé riê côpri ... hi, hi, hi ..."
Ce qui fut fait et avec une courtoisie toute aristocrate, Teufel! Mais cette réponse à du se perdre dans l'ether net! Telle fut mon désapointement, lors de mon retour sur cette page, afin de possiblement éclaircir les ténèbres qui eussent pu encore regner... tant pis!
Bien à vous...

Écrit par : redbaron | jeudi, 19 février 2009

Un cas de langage courant est celui où les mots de X qui parle (ou écrit) produisent un certain effet sur Y qui l’écoute (ou le lit) parce que X jouit d’un statut ou d’une autorité qui lui permet d’ordonner ou encore parce qu’il est en situation de s’engager par une formule de sacrement, un contrat, un ordre …

En un sens, il s'agit de l’adéquation des paroles, généralement pérvisibles, donc convenues, qui fait qu’elles changent quelque chose à la réalité : un général ordonne une charge de soldats, un prêtre conclut un mariage ou baptise un enfant, un commissaire-priseur termine une enchère, un juge ordonne une explusion ...

Écrit par : Philippe B. | mardi, 24 février 2009

Un second cas de langue de pouvoir se rencontre quand les mots sont efficaces parce que bien combinés! Ils produisent ainsi un effet de persuasion tout en exerçant une certaine captatio benevolentiae : c’est typiquement le mécanisme de la rhétorique de la séduction!

Donc, le rhétoricien idéal convainc (il vous fait tenir une affirmation pour vraie) et charme (il vous fait tenir une chose ou une valeur pour désirable). Il fait tout cela en employant mieux qu’un autre les « mots de la tribu » ; a priori, il agit donc en mettant dans un certain ordre les termes que connaît le destinataire, mieux le second les comprend et plus il a de chance d’être mené là où le désire le premier, l’orateur (ou l’auteur)... Les politiciens excellent généralement en cet art!

Aisni, la propagande, au sens classique, la publicité ne font-elles qu’amplifier le pouvoir de la rhétorique : grâce au pouvoir de l’image et de la musique à celui du verbe, en choisissant les bons vecteurs, en sachant toucher le destinataire de façon répétitive et efficace pour mieux s'attacher sa sympathie, en le mettant dans de bonnes dispositions pour recevoir le message, bref en abaissant ses défenses et en le gagnant à "sa cause".

Écrit par : Kathy | mardi, 24 février 2009

Le propagandiste multipliera les expressions caractéristiques de l’idéologie qu’il défend, le publiciste aura des tics de langage « branchés ». Certes de tels messages ne recourent pas exactement aux mots de tout le monde ...

On peut agir sur le cerveau d’autrui en propageant certaines habitudes langagières, un certain vocabulaire, en favorisant une fréquence et une interprétation de certains mots préférentiels.

L’action du langage répété sur le cerveau est ici une action en amont : elle repose grossièrement sur le principe que les termes que l’on emploie déterminent les pensées que l’on exprime. C’est ce que l’on pourrait appeler formater. Là, je vous rejoins complètement!

Écrit par : François T. | jeudi, 26 février 2009

J'oubliais depuis l'autre soir : une langue de pouvoir est destinée à être reprise ou propagée. Le phénomène n’est pas rare : il date de l'Antiquité. Une multitude de groupes utilisent des jargons ou des argots qui répondent partiellement à cette définition....

- Les premiers forment plutôt la langue particulière d’une profession ou des spécialistes d’un domaine technique bien particulier (on les appelle des sociolectes ou des technolectes).

- Les seconds ont au moins initialement pour raison d’être de fournir un code quasi secret à un groupe minoritaire qui veut se distinguer et garder la confidentialité de ses échanges.

Dans les deux cas, le vocabulaire empêche la langue d’être comprise par tout le monde et cela permet aux initiés de se retrouver entre eux ...

Écrit par : Philippe Billard | jeudi, 26 février 2009

Les vraies langues de pouvoir existent dans la mesure où elles cherchent à s’imposer à tous pour unifier les cerveaux.

Ce critère de la « lutte pour s’imposer » reste fondamental...

Écrit par : Micheline Pace | vendredi, 27 février 2009

La NOVLANGUE (langue de pouvoir par excellence) existe surtout "effectivement"
dans la mesure où son objet est limité, à l'instar de leur édition.
L'essentiel reste dans le fait que les mots ou expressions ssoient repris et pas forcément compris, contrairement au langage métaphorique du poète ou au jargon quel qu'il soit.

Le but étant d'être répétée, le propre de la novlangue est qu'elle ne désigne rien... Superbe, Micheline, pour cette réflexion tellement actuelle! Effectivement

Écrit par : François T. | mardi, 17 mars 2009

La folie a gagné le monde ... où va nous mener ce délire ???

Écrit par : Fodé D. | samedi, 14 février 2015

Les commentaires sont fermés.