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lundi, 26 juillet 2010

Féminisation du vocabulaire: l'éternel dilemme

La féminisation des noms de fonction continue à interpeller tout locuteur. L’indécidabilité de sa normalisation s’inscrit plus généralement dans la manière dont se construisent les néologismes. Mais peut-on parler dans pareil cas de construction arbitraire ou motivée ? Rappelons la mise en garde et de l’injonction de Maître Vaugelas, le grammairien de la cour royale mandaté pour codifier la langue française au 17e : «Il n’est permis à qui que ce soit de faire de nouveaux mots, non pas même au souverain, écrit Vaugelas. (...)  Ce n’est pas qu’il ne soit vrai que si quelqu’un en peut faire [un] qui ait cours, il faut que ce soit un souverain ou un favori ou un principal ministre (...), mais cela se fait par accident, à cause que, ces sortes de personnes ayant inventé un mot, les courtisans le recueillent aussitôt et le disent si souvent que les autres le disent aussi à leur imitation, tellement qu’enfin il s’établit dans l’usage et est entendu de tout le monde. (...) On ne parle que pour être entendu et un mot nouveau, quoique fait par un souverain, n’en est pas d’abord mieux entendu pour cela, (...) il est aussi peu de mise et de service en son commencement que si le dernier homme de ses Etats l’avait fait.»

La validation d’une formulation au détriment d’une autre ne s’opère pas toujours de manière aisée, d’autant qu’entre néologismes et barbarismes, la frontière reste floue. Mais force est de constater que chaque année, de nouveaux mots entrent tout de même dans le dictionnaire. Cela dit, les partisan (e) s de la féminisation des vocables à tout crin ont encore du pain sur la planche. Par exemple, personne ne s’offusque du barbarisme «la cheffe du département » alors qu’en bon français on devrait s’attendre à « cheftaine ». Aussi, il ne suffit pas comme dans certains dialecte québecois d'ajouter un e à docteur ou professeur pour obtenir un substantif féminin. Voici un florilège d’expressions exemplaires ou problématiques :    


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  • Un homme à femmes : c'est un séducteur
  • Une femme à hommes : c'est une pute
  • Un entraîneur : c'est un homme qui entraîne une équipe sportive
  • Une entraîneuse : c'est une pute
  • Un professionnel : c'est un sportif de haut niveau
  • Une professionnelle : c'est une pute
  • Un coureur : c'est un homme qui est bon joggeur
  • Une coureuse : c'est une pute
  • Un rouleur : c'est un grand cycliste
  • Une roulure : c'est une pute
  • Un turfer : c'est un homme qui prend les paris
  • Une turfeuse : c'est une pute
  • Un gagnant : c'est un homme qui réussit
  • Une gagnante : c'est une pute qui rapporte
  • Un masseur : c'est un kiné
  • Une masseuse : c'est une pute
  • Un abatteur : c'est un homme qui fait un dur métier
  • Une abatteuse : c'est une pute qui turbine
  • Un homme qui fait le trottoir : c'est un paveur
  • Une femme qui fait le trottoir : c'est une pute
  • Un courtisan : c'est un homme qui est proche du Roi
  • Une courtisane : c'est une pute
  • Un gars : c'est un jeune homme
  • Une garce : c'est une pute
  • Un péripatéticien : c'est un homme partisan de la doctrine d'Aristote
  • Une péripatéticienne : c'est une pute
  • Un homme public : c'est un homme connu
  • Une femme publique : c'est une pute
  • Un homme de petite vertu : cela ne se dit pas, sauf pour les avocats
  • Une femme de petite vertu : c'est une pute
  • Un homme facile : c'est un homme agréable à vivre
  • Une femme facile : c'est une pute
  • Un homme sans moralité : c'est un politicien
  • Une femme sans moralité : c'est une pute...

 

Quant au genre des pronoms à la première et à la deuxième personne du singulier autant que du pluriel JE, TU, NOUS, VOUS, ce serait des hermaphrodites de la grammaire ?!?

Commentaires

Une putain n'est-elle pas une femme qui est prête à n'importe quelle concession? Son corps est ainsi son fonds de commerce et son âme ne peut qu'ourdir des complots sordides pour faire marcher le business. Une putain ne s'écrit pas au masculin et je ne connais aucun homme qui va alarmer le gros Robert pour y changer quoi que ce soit :-)

Écrit par : lappal | lundi, 26 juillet 2010

"Par exemple, personne ne s’offusque du barbarisme «la cheffe du département » alors qu’en bon français on devrait s’attendre à « cheftaine ». "

Bah si quand même un peu. Si l'on tient compte du fait qu'à l'origine, le chef veut dire la tête (cf couvre-chef), puis par extension la personne qui est à la tête, on peut se demander s'il est judicieux de créer en quelque sorte une extension de l'extension en la féminisant. Il existe assez d'équivalents comme directrice, responsable, supérieure hiérarchique, et j'en passe, pour pouvoir s'abstenir d'enlaidir la langue à un tel point.

Quant au mot cheftaine, il vient du manuel des louveteaux et désigne une jeune femme responsable d'une troupe de jeunes scouts....

Écrit par : dano | lundi, 26 juillet 2010

Il convient en effet de comprendre qu'il est clair que l'interpellation du lecteur se fait entre le niveau de la préoccupation qui le concerne et le plan du sujet qui retient son attention. La féminisation des noms appellatif des métiers professionnels procède de ce qui se passe quand le processus de leur création nominative se déroule. On ne souligne pas assez qu'il faut remarquer aussi que l'insistance avec laquelle on devrait rappeler ce dont il faudrait se souvenir n'est pas toujours du côté de celui qui parle le plus fort. Par exemple, on fustige souvent le recours au style ampoulé pour développer le salmigondis des argumentations amphigouriques, mais on ne révèle pas assez combien la répétition des clichés phraséologiques consiste également en la redite superflue des éléments inutiles qui reviennent toujours comme un supplément de redondance. En guise de conclusion finale, ajoutons pour terminer qu'il est certain que les discours les plus brefs ne sont pas forcément plus courts que ceux qui servent à dire le contraire. Mais c'est un autre débat, qu'il est urgent de remettre sous le boisseau.

Écrit par : carlos | lundi, 26 juillet 2010

On dit bien "une recrue", "une sentinelle", "une estafette", termes qui, dans les armées, ont longtemps désigné exclusivement des hommes. Personne ne s'est jamais plaint. En latin, les termes "poeta" (le poète), "agricola" (l'agriculteur), "pirata" (le pirate) sont masculins mais se déclinent comme des noms féminins. Personne ne s'est jamais plaint.

Les féministes veulent donner un sexe aux mots, alors que souvent ils n'en ont tout simplement pas. Les féministes ne féminisent pas le langage. Elles le sexualisent. Quand une féministe lit le mot "chef", elle imagine un mâle.

"Le chef" veut dire "la tête", sans aucune connotation de sexe. "Le membre" désigne une partie d'un corps, sans connotation de sexe. "La cheffe" ne veut rien dire, pas plus que "membresse" d'ailleurs (un néo-féminin de "membre" qui n'a heureusement pas encore été inventé - pourquoi, tiens? parce que c'est nul d'être membre, ce n'est pas un prétendu "bastion masculin"?).

De même que, comme par hasard, les féministes se battent très peu pour que le code pénal cesse de dire "Celui qui aura intentionnellement tué une personne sera puni de la réclusion" mais dise "Celui ou celle qui aura intentionnellement tué une personne". Et si les hommes étaient aussi mal conseillés que les féministes, ils diraient: "il est inadmissible que le code pénal ne protège que les personnes, il y a un biais contre les hommes, car nous sommes des persons" (eh, oui, une personne, c'est une femme, pour un homme, on doit dire "un person")...

Écrit par : Till Eulenspiegel | mardi, 27 juillet 2010

Gastonne y'a le téléphon qui son
Et y'a jamais person qui y réponnne

Nino Ferrer
LE TÉLÉPHONE
Paroles et musique: Nino Ferrer

http://www.frmusique.ru/texts/f/ferrer_nino/telephone.htm

Écrit par : Les Dix Gagas | mardi, 27 juillet 2010

Force est de constater le ridicule de genre d'entreprise, d'autant plus qu'elle découle quelque peu d'une volonté de déguiser une réalité presqu'oxymorique. C'est bien souvent sous l'impulsion du pouvoir administratif qu'est née cette tendance à vouloir féminiser toutes les fonctions professionnelles, sous couvert et sous prétexte d'un pseudo-principe d'égalité ... alors qu'initialement, la langue française était destinée tout d'abord à remplacer l'usage écrit du latin, ce dans une volonté (rassembleuse)de se comprendre entre toutes les régions. En effet, si le Serment de Strasbourg en 842 est considéré comme le texte fondateur du français, c'est l'Edit de Villiers-Cotterêts en 1539, sous François 1er, qui fonde l'acte qui fait que le français comme langue administrative et juridique.

Et puis, les contre-sens provoqués par certaines locutions laissent à désirer quant au but premier d'une telle initiative ... À ce stade, il vaudrait mieux respecter la langue que de créer des néologismes tout aussi absurdes les uns que les autres, de crainte aussi de ne plus se comprendre.

Merci aux excellentes remarques exprimées à ce sujet - non dénuées d'humour - lesquelles alimentent la réflexion de manière très constructive.

p.s. : Dommage pour les pseudo ... pour une fois qu'ils ne cachent pas des injures, ç'aurait été sympa de connaître le visage des auteurs de commentaires si intéressants!

Écrit par : Micheline | jeudi, 29 juillet 2010

"Si quelque courtisan ...", ça donne quoi ???"
Si quelque courtisane ..." Vaugelas a-t-il pensé à cette configuration pour parler des néologismes ???

Écrit par : François T. | samedi, 31 juillet 2010

Excellent Micheline, j'ai bien ri !

"Un homme de petite vertu : cela ne se dit pas, sauf pour les avocats"

Oh ! :-D

Écrit par : Kad | samedi, 31 juillet 2010

Dans quelques heures, on entendra encore "chers concitoyens, chères concitoyennes", "les Suisses et les Suissesses"...

quand est-ce que le poliquement correct cèdera la place à un véritable respect des femmes et des hommes qui composent la force vive du pays plutôt que cette cosmétique de pacotille?

Écrit par : Angie | samedi, 31 juillet 2010

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