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dimanche, 26 février 2012

La Tunisie, 1 an après ... et la Suisse

"On dirait que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit.

Mais qu'y gagneraient-ils si cette tranquillité même est une de leurs misères?

On vit aussi tranquille dans les cachots"

(Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat social)

 

tunisiebateau.jpgUn sommet diplomatique s’est tenu à Tunis où il a été question du sort de la Syrie, à la veille de la 19e session du Conseil des Droits de l’homme. Mais pas seulement. Des dignitaires de haut rang ont profité de l’occasion pour réitérer leur soutien aux différentes étapes de la transition du pays hôte.

La Suisse n’est pas en rade dans ce domaine. Bien au contraire. On a tous en en tête des images de fin du monde illustrant des Tunisiens débarquant sur l’île de Lampedusa suite à la révolution mettant fin au régime de Ben Ali - à l’origine d’autres printemps arabes - avec le souhait de s’installer dans un état européen.

Leur pays a pourtant besoin d’eux pour sa reconstruction et son développement. Sur la base des statistiques de l’Office fédéral des migrations (ODM-DFJP) récemment publiées, on dénombre un taux de croissance parmi les plus élevés des demandeurs d’asile chez les ressortissants de la Tunisie, lequel s’élève, par ordre de grandeur, à 48 % des 17' 450 répertoriés.

Cependant, de retour de la patrie du jasmin, j’ai pu constater un nouveau souffle, des changements institutionnels probants et un terreau inédit pour la réalisation des projets sur la base de collaborations win-win. Reçue par l'excellente directrice du Programme suisse rattaché à l'Ambassade pour l'association SAMOci, je peux attester que les investisseurs suisses bénécieront des conditions nécessaires pour tisser à nouveau des relations de confiance avec cette partie du Maghreb, l'essor économique étant le pilier la viabilité de toute société, et par extension, la possibilité de la satisfaction des autres droits humains élémentaires.   


Si l’art est long et la vie, courte, la Suisse n’a pas chômé en matière de mise en place d'infrastructures cadres. En poursuivant ses efforts pour soutenir la transition démocratique de la Tunisie, les autorités helvétiques ont réalisé des performances, telles que :

-     Un Programme suisse mis sur pied en début d’année qui regroupe les forces de trois départements fédéraux, à savoir l’ODM, la DDC et le SECO ;

-     Un accord tuniso-suisse en vue d’une migration concertée et le développement solidaire élaborant de nouveaux mécanismes et de nouvelles approches de la migration tunisienne, en particulier en renforçant les canaux de communication entre les différentes parties concernées et la lutte contre la migration clandestine;

-     Une chambre tuniso-suisse créée à la fin de 2011.

En filigrane, on observe donc que la coopération internationale est incluse de plus en plus dans la politique migratoire en vigueur. Les accords de réadmission permettent d’activer l’aide au retour des requérants d’asile déboutés, laquelle, si elle est refusée, conduit automatiquement à une procédure de renvoi, passablement longue et coûteuse. Nécessité est de relever que ces deux champs d’action ont longtemps joué l’un contre l’autre ; marier l’aide au développement au sort des migrants en situation illégale constitue la pierre d’achoppement pour venir à bout, du mieux possible, en aval comme en amont, au fléau de la clandestinité.

Micheline PACE 

15:13 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : samoci, coopération internationale, partenariat migratoire, tunisie | |  Facebook

Commentaires

Merci beaucoup, Micheline, pour cet excellent compte-rendu.
Nous voyons que la Suisse est innovatrice et efficace lorsqu'elle a en face d'elle des interlocuteurs capables.

Écrit par : Marie-France de Meuron | dimanche, 26 février 2012

Les accords de réadmission initiés par Ruth Metzler devraient être la priorité à Berne pour que les Cantons puissent appliquer les expulsions, les aides au retour, la régularisation de migrants séjournant légalement, etc. Cette semaine, on apprend que près de 400 Maghrébins sans papiers vivent illégalement à Genève.

Pourquoi ces clandestins en masse ne peuvent pas être renvoyés?
C'est bien simple : les procédures sont longues alors ques renvois devraient se faire plus aisément sans craindre les comité de salut public que sont les associations des droits de l'homme, véritables gouffres financiers publics et mélangeant tout et n'importe quoi ... Si je résidais clandestinement au Nigéria ou en Tunisie, et pire, si je commettais d'autres crimes réprimés chez moi, je serais traité certainement avec moins d'égard, de permissivité; je serais jeté hors frontière à grands coups de pied dans le cul.

Ces gens agglutinés dans notre région pourrissent littéralement la vie des citoyens. Cette pauvre femme de 79 ans agressée à Chêne-Bourg est la dernière victime en date.

Genève est devenu la plaque tournante du crime organisé ou pas car on rel^che aussitôt les criminels une fois arrêtés. La majorité des vols à la tire,, de cambriolages, de vols à l'arraché, de trafic de hasch et d'agressions en tous genres sont commis par des clandestins. On recense ainsi une cinquantaine de Tuinisiens délinquants. Ne faudrait-il pas les faire retourner dans leur pays avec la force mais en contre-partie avec un projet professionnel financé par l'argent de la coopération international, souvent à perte et dont la traçabilité laisse à désirer.

Les accords de réadmission ne font pas tout; il faut le courage politique dont fait preuve la Cheffe du DFJP. Son premier acte sur la scène internationale ne fut-il d'avoir signé ce traité avec la Guinée-Conakry, qui vient de connaître ses premières élections démocratiques, libres et transparentes après une guerre civile des plus sanglantes sur une durée de presque quatre ans?

Le quartier des Pâquis me fait peur, je l'avoue.
Je n'ai rien contre personne mais la clandestinité reste un terreau propice pour la délinquence.

Le concept de SAMOci dont j'ai visité le site est vraiment intéressant, Micheline! Je vous avais entendue sur la chaîne Léman Bleu dans l'émission "Genève actu". Puisse-t-il accoucher d'actions concrètes; sa force de conviction ne fait pas de doute. Avant de finir en tôle - et être relâché - il faut appliquer des aides au retour sans hésiter.

Écrit par : salut | dimanche, 26 février 2012

@ Marie-France de Meuron : merci pour cette lecture d'un compte-rendu très factuel. Effectivement, nous n'avons pas à rougir de la diplomatie helvétique dont les vertus cardinales sont l'efficacité et la finesse. Aussi, pour dansser le tango, il faut être deux. L'interlocuteur est important.

Le régime Ben Ali a mis à sac le pays. Depuis un an, latransition démocratique en Tunisie poursuit discrètement mais sûrement son chemin. Une assemblée constituante a été le 23 octobre dernier, qui s'attelle à formaliser les règles et les procédures constitutionnelles du nouvel Etat tunisien encore inexistant.

L'actualité démontre une fois de plus une vérité historique, à l'image des processus observés dans les pays de l'Est après la Chute du Mur : après une dictature, il se met en place un mécanisme favorisant la prolifération de partis. La situation n'est pas toujours aisée.

Les 112 partis qui composent le nouveau paysage politique donnent malgré la cacophonie apparente libèrent de nouvelles énergies.

"Nous voulons que la Tunisie devienne la Suisse du continent africain", clament les Tunisiens. Ils découvrent l’intérêt des compromis, une fois le chapitre de l’après Ben Ali pour construire les conditions de la stabilité politique et renouer rapidement avec la croissance économique. Echaudés ou refroidis, les entreprises étrangères ne craindront bientôt plus de ré-investir dans ce pays du Maghreb et c'est tant mieux pour les Suisses aussi bien que pour les Tunisiens car le développement économique demeure la conditio sine qua non pour la réalisation de valeurs supérieures qui fondent le sens d'une vie. Il contribue à endiguer le phénomène migratoire en aval avec des projets d'aide au retour grâce aux conditions de ré-installation offertes par des entreprises et en amont en *empêchant" l'émigration forcée par des contingences matérielles.


@ salut : vous démontrez très bien les relations entre clandestinité et violence ainsi que les solutions y apportées. Notre pays renferme tous les dispositifs nécessaires pour venir à bout de ce dramatique phénomène. Il faut simplement de la volonté politique, dont certaine (s) autorité (s) témoigne (nt) contre vents et marées. Tant que la Suisse reste le paradis des frappes petites et grandes, le citoyen ressentira qu'il est abandonné à son triste sort. On peut se rassurer un peu en nous référant au carcan de lois sophistiqueées qui composent notre état de droit qu'il suffit d'appliquer.

Écrit par : Micheline P. | dimanche, 26 février 2012

C'est avec plaisir que j'ai vu, lu vos lignes sur la TdG version papier en p.29.
L'idée que la misère est le produit par la corruption interne des Etats qui touchent des aides au développement est très pertinente. La transition met fin à des régimes autochrates.

Écrit par : salut | lundi, 27 février 2012

Un article intéressant dans la TdG de ce jour. On peut dire en tous les cas, que la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga assure bien sa comm' :

http://www.swissinfo.ch/fre/politique_suisse/Les_couacs_de_l_accord_de_Dublin.html?cid=32201946

Écrit par : Philippe B. | lundi, 05 mars 2012

La Tunisie est la destination prisée par les Suisses romande, apprend-on ci et là. Toutes les actions qui donnent un coup de pub à ce pays contribuent à son essor, tous secteurs confondus.

Outre le littoral pour le tourisme balnéaire, l'arrière-pays mérite d'être découvert, visité, développé, investi.

Les programmes officiels, le bouche-à-oreille, les annonces sur facebook, les initiatives individuelles, les rencontres business to business ou one to one (selon la taxinomie choisie) sont les bienvenus.

Écrit par : M.K. | jeudi, 28 juin 2012

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