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mardi, 03 avril 2012

Académie Romande - Discours pour la promotion du romand

 

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« Quelle est la langue parlée en Suisse ? » Cette question est bien connue. Quel Suisse ne l’a pas entendue, à l’étranger ? Il est dans la coutume de définir notre pays comme un conglomérat d’états souverains, par définition autonomes, dont le nombre de langues pratiquées sur un territoire donné dépassent largement ce qui est observé dans la très grande majorité des nations du monde. Certains observateurs se plaisent à en déduire que notre pays constitue un modèle  de démocratie, où le vivre ensemble entre individus ne partageant même pas une langue commune est possible. À chacun ses images d’Epinal ! Le hic est qu’il n’est pas si aisé de se comprendre, pas plus entre Helvètes qu’entre francophones du globe. Une image ludique illustre cet état de fait : un Romand, un Suisse allemand et un Tessinois se rencontrent dans le train ; quelle langue vont-ils parler ? Et bien, l’anglais ! Les exemples ne manquent pas. En période de soldes, on voit partout dans notre région des annonces « sale », la loi du nombre dans certaines instances officielles impose qu’on sacrifie les langues minoritaires.


La défense de la langue française et de la culture romande intervient dans ce contexte global. Selon les chiffres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), le français est partagé par plus de 220 millions d’interlocuteurs et constitue une langue officielle de 32 Etats. Il a été considéré durant des siècles comme langue de la diplomatie, après avoir supplanté le latin. Il fait partie des six langues officielles de l’ONU et constitue la deuxième langue de travail dans les milieux internationaux comme d’ailleurs au Palais fédéral.

En ce tricentenaire de Jean-Jacques Rousseau, on se souviendra que l’auteur des Origines des langues dont la première édition eut lieu à Genève en 1781, près d’un siècle après la codification du français, décrit le phénomène par la mélodie et l’imitation musicale, motivées originellement par les passions. Avant d’être écrites, les langues sont chantées. La conceptualisation interviendrait en second lieu. La preuve en est que sur les sept millions de langues utilisées dans le monde, seules deux cents sont transcrites.

L’étude et la promotion de la langue française telle qu’elle est pratiquée en Suisse romande prend tout son sens devant le danger réel de voir disparaître notre patrimoine parlé, chanté, écrit, au profit d’un jargon issu de l’hégémonie anglo-saxonne ou d’autres charabias incluant des éléments hétéroclites difficilement compréhensibles. Faire appel systématiquement à de nouveaux néologismes ou anglicismes en tout genre n’arrange rien à l’affaire.

Bon nombre de vocables issus de la Suisse romande appartiennent désormais au dictionnaire. Des expressions font leur chemin bon an mal an au-delà de nos frontières, empruntant parfois des canaux inattendus.

On se remémorera avec stupéfaction l’expérience de l’humoriste valaisan Frédéric Recrosio sur les scènes parisiennes loin de se douter que « Pleurer dans le gilet » ou « C’est égal » ne signifiaient rien pour le public français. « Il n’y a pas le feu au lac » est employé par l’excellent animateur Laurent Ruquier. Demander à l’employée d’un hôtel de « poutzer la chambre de peur de s’encoubler sur le chenit accumulé et de remettre un linge propre » commence à ne plus choquer nos voisins français. Payer une facture de septante ou nonante francs ne pose pratiquement plus de problème. Commander dans un bistrot cinq décis et un renversé, non plus. Un Français se demande toujours ce que veut dire un Suisse romand lorsqu’il menace de commencer à monter les tours dont le sens n’a rien à voir avec une quelconque référence littérale aux moteurs mais l’expression entre petit à petit désormais dans les mœurs. 

Toutes ces locutions helvétiques appellent quelques remarques. Parce qu’elles ne procèdent pas d’un renversement symbolique supposé comme certains détracteurs le prétendent jusqu’à les taxer de glossolalie dont Rabelais et Molière ont le secret dans leurs critiques des langages imaginaires souvent liés à des fonctions de pouvoir, elles obéissent à une norme, nourrie d’étymologies, de relations motivées entre le signifiant et le signifié. Aussi, si parler une langue commune n’est pas un gage de compréhension mutuelle, valoriser des idiomes d’un même corpus contribue indéniablement à l’enrichissement d’une langue et par conséquent à sa défense ainsi qu’à sa promotion. Il en va du respect des objectifs de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO adoptée en 2005.

 

Micheline PACE

(Discours prononcé à l’Académie Romande - Mars 2012

www.academie-romande.ch)

Commentaires

Si "les gosses" désignent les enfants chez nous et "les couilles" au Canada, il y a aussi des différences de prononciation à relever.

Ainsi, on entend en Suisse romande "le coûte" pour "le coût" et "le toute" pour "le tout".

On parle d'une télé en disant "tèlè", du vélo en ouvrant grand le "o".

Sur ce, je vous souhaite "une bonne journéïe" !

Écrit par : Belge | mardi, 03 avril 2012

Le plus étonnant est "le pire" qui nous provient de l'argot "djeun's" signifie son contraire : super", "trop".

Ainsi, ne soyez pas choqués si vous entendez "la pire chance qui puisse t'arriver, c'est de gagner au lot!"

Écrit par : blague-à-part | mardi, 03 avril 2012

Commençons par ouvrir le glossaire du parler romand.

Par exemple le nom que j'utilise au début de mon adresse courriel signifie allumette car souvent j'aime allumer les pète-secs, les pisse-drus, les bobos urbains et suburbains.

Écrit par : Hypolithe | mercredi, 04 avril 2012

Madame, en tant que linguiste je me dois de vous dire que c'est une grosse erreur que de vouloir parler du "romand" comme d'une langue ou d'un parler en soi car d'une part c'est totalement faux et d'autre part ça ne fait que renforcer l'opinion des gens qui s'imaginent qu'en Suisse on ne parle pas français mais une sorte de dialecte inintelligible pour les français qui eux auraient le monopole du "bien parler," ce qui d'ailleurs est loin d'être le cas. Certes nous utilisons quelques expressions locales mais chaque région de l'hexagone a aussi les siennes et ce n'est pas pour ça qu'on aurait l'idée de dire que, par exemple, les Bourguignons, les Savoyards, ou les Toulousains ne parle pas français!
De plus en Suisse l'on prononce encore correctement nombre de mots mal prononcés par les français eux-mêmes. Quelques exemples: en France l'on a tendance à prononcer le mot "lait" comme l'article défini "les" ce qui est parfaitement faux comme vous pourrez le constater dans n'importe quel dictionnaire digne de ce nom. De même, les français prononcent souvent -izme les mots se terminant en -isme, ce qui est également faux! Et je pourrais citer bien d'autre exemples. Encore une chose: Trouvez-vous vraiment que Laurent Ruquier est un excellent animateur! Par délicatesse, je vous laisserai une chance de changer d'opinion! Bien à vous! AM

Écrit par : Arthur Machen | jeudi, 05 avril 2012

Madame, en tant que linguiste je me dois de vous dire que c'est une grosse erreur que de vouloir parler du "romand" comme d'une langue ou d'un parler en soi car d'une part c'est totalement faux et d'autre part ça ne fait que renforcer l'opinion des gens qui s'imaginent qu'en Suisse on ne parle pas français mais une sorte de dialecte inintelligible pour les français qui eux auraient le monopole du "bien parler," ce qui d'ailleurs est loin d'être le cas. Certes nous utilisons quelques expressions locales mais chaque région de l'hexagone a aussi les siennes et ce n'est pas pour ça qu'on aurait l'idée de dire que, par exemple, les Bourguignons, les Savoyards, ou les Toulousains ne parlent pas français!
De plus en Suisse l'on prononce encore correctement nombre de mots mal prononcés par les français eux-mêmes. Quelques exemples: en France l'on a tendance à prononcer le mot "lait" comme l'article défini "les" ce qui est parfaitement faux comme vous pourrez le constater dans n'importe quel dictionnaire digne de ce nom. De même, les français prononcent souvent -izme les mots se terminant en -isme, ce qui est également faux! Et je pourrais citer bien d'autre exemples. Ne le prenez pas mal mais simplement je n'aime pas du tout cette propension qu'on les suisses à s'autodénigrer! Encore une chose: Trouvez-vous vraiment que Laurent Ruquier est un excellent animateur! Par délicatesse, je vous laisserai une chance de changer d'opinion! Bien à vous! AM

Écrit par : Arthur Machen | jeudi, 05 avril 2012

Appartenant à la communauté des Walser je parle aussi bien le dialecte allemand en usage en Italie (Ornavasso) qu'au Haut Valais, au Lichtenstein et en Autriche et ceci en plus du français, de l'allemand, du suisse allemand, de l'anglais et un peu d'italien je constate avec un plaisir évident que chaque région linguistique utilise des locutions locales que les non-initiés ne peuvent comprendre.

Il faut savoir parfois communiquer sans être compris par un entourage non désiré.

Écrit par : Hypolithe | jeudi, 05 avril 2012

Si des Romands avaient envie d'admettre que le français tel qu'il est pratiqué en Suisse romande était le romand, ils en auraient le droit. Qui pourrait les en empêcher ?

Écrit par : Pierre Alain | jeudi, 05 avril 2012

Aux pisse-froids jaloux, le romand n'est pas une langue en soi mais ses particularités - comme le souligne l'auteur de ce blog - font partie d ela francophonie.

Une anedcote de taille : à l'occasion du sommet de la Francophonie, la TSR s'est intéressée aux particularités du français parlé par les romands.

Il y a treize ans paraissait un dictionnaire entièrement
http://kravmaga.forumactif.com/t1522-dictionnaire-pour-comprendre-certains-suisses-romands

Écrit par : Osiris | vendredi, 06 avril 2012

M. Arthur Machen,
Vos arguments ne tiennent pas la route. Micheline Pace n'a jamais prétendu que les Romands ne parlaient pas français. Elle s'est penchée sur le caractère et la forme de certaines expressions et locutions romandes. Ce qui est amusant aussi, vous critiquez les Français qui prononcent le mot "Lait", comme "Les" alors qu'à la Comédie française on vous apprend à prononcer l'article "les" comme le substantif "lait" de chez nous. En fait, il n'y a pas de vérité absolue en matière de langage. Ce sont les coutumes qui imposent finalement aussi bien les mots et les accents que leur sens évolutif. Les langues sont vivantes comme les locuteurs qui les emploient. Autrement plus, sans doute, que ceux qui se prétendent linguistes, mais demeurent campés sur leurs a priori prétentieux et dépassés.

Écrit par : Capt | samedi, 07 avril 2012

À l'instar des précieuses précisions de mes préopinants, Mme Capt et M. Pierre Alain, il ne s'agit nulle part pas de définir "le romand comme langue en soi", M. Arthur Machen dont la fonction ne vous autorise pas à émettre un rapport de force...

Un seul exemple pour illustrer ces phénomènes observables : "une course" en Suisse signifie aussi bien "une excursion" qu' ""une sortie".

L'intérêt des langues vivantes, c'est qu'elles évoluent; la défense du français - faut-il le rappeler? - parlé par plus de 220 millions de locuteurs dans le monde passe aussi par la promotion de certaines particularités, qu'elles concernent la prononciation ou le sens. Qui a tort, qui a raison?
La question est déplacée.

Écrit par : Micheline Pace | samedi, 07 avril 2012

Si j'ai cassé mon "natel" après m'être "encoublé" à votre "pousse-pousse" cela provint-il de toute cette "roille" qui m'avait trempé ou de cet "oeil de perdrix" glacé que j'aurais eu "meilleur temps" de ne pas boire avant de partager avec vous ces sept "raclettes" au "carnotzet".
Après un bon "café complet", je vais laisser une dernière "morse" dans ma "soutasse" et partir à l'"école de recrues", un peu moins "gringe". J'espère être "déçu en bien" et refuse de peindre le diable sur la muraille. L'armée suisse, est une armée de défense...Les romandismes nous sont si familiers que nous ne les reconnaissons pas comme tels. L'important est de les employer sans complexe.
Pierre ALAIN

Écrit par : Capt | lundi, 16 avril 2012

Capt, un grand merci pour cet admirable texte tout empreint de mots de chez nous et donc incompréhensible pour un grand nombre d’habitants de Romandie.

Écrit par : Hypolithe | mardi, 17 avril 2012

On peut se demander si de nouveaux romandismes se créeront dans l'avenir en nombre suffisant pour contrer l'indéniable influence du langage télévisuel francilien qui finit par agréger de manière drastique notre parler. Va-t-on continuer à blaguer en genevois populaire dans les revues en l'absence des Jo Johnny et autres fantaisistes d'une époque déjà presque révolue ?
Claude Prélo et moi pensons que nous devons tout mettre en oeuvre pour créer une radio, une télévision, des journaux vraiment suisses romands offrant les écrans et les pages de chez nous aux créateurs helvétiques. Pour ménager le futur, il faut conserver le passé. Préserver un présent forcément plus moderne que celui de nos parents, mais original, personnel, correspondant à notre nature profonde parfois bêtement masquée. Les racines de notre parler sont aussi celles qui nous relient au fondement notre nature. Ces radicelles toujours vivantes ont préservé un caractère propre à notre âme pour s'opposer au mondialisme qui tend à nous dépersonnaliser. De notre façon de nous exprimer dépendra en grande partie la liberté de nous affirmer. Et d'exister, en Suisse romande comme dans l'univers.

Écrit par : Pierre Alain | mardi, 17 avril 2012

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