lundi, 24 décembre 2012

Le Pacte des Idoles : une approche girardienne du "politiquement correct", par Raphaël BAERISWYL,

Les plaisanteries doivent être énoncées avec gravité, et les propos sérieux avec gaieté.

(Fronton, grand rhéteur, 95-166 ap. J.- C.)

 

"Le Pacte des Idoles : une approche girardienne du ‘politiquement correct’" arrive comme un souffle tant attendu qui vient vivifier une ambiance asphyxiée. Son auteur, Raphaël BAERISWYL, avocat de son état, dont la précision du verbe aiguise la curiosité sans relâche, livre une réflexion profonde sur la théorie de René Girard – en référence aux psychologiques du désir mimétique, du ressentiment dans l’histoire, du sacré et de la violence - sous le point de vue du « politiquement correct ».

Si les fils répètent les crimes de leurs pères précisément parce qu’ils se croient moralement supérieurs à eux comme l’affirme le Nouveau Testament, c’est parce que  

- chaque société/époque a une idole, mais n’en est pas consciente ou s’en cache (l’idole régnante),

- dès que la société a versé trop de sang pour cette idole régnante et que son culte devient trop visible, l’idole régnante se noie dans le sang versé pour elle et devient une idole déchue,

- dès que son idole est déchue, la société prend conscience des crimes commis en son nom, et elle trouve alors le courage (c’est un bien grand mot…) de s’élever contre le règne qui a déjà pris fin,

- loin de permettre l’avènement d’un monde meilleur, ce combat contre l’idole déchue focalise toute l’attention morale de la société sur le passé, et permet ainsi à une nouvelle idole régnante de monter sur le trône et de recevoir à son tour des sacrifices dans l’indifférence générale – c’est ce que j’appelle le Pacte des Idoles (l’idole déchue accepte de focaliser sur elle tous les reproches liés à la violence d’une société, à la manière d’un père mourant qui accepterait de passer pour l’auteur des crimes de son fils),

- le "politiquement correct" est le dépositaire du Pacte des Idoles – ses combats visent systématiquement à dénoncer le culte de l’idole déchue (qui a déjà pris fin), dans le but de donner bonne conscience à la société, qui se croit devenue meilleure puisqu’elle est si intransigeante face à l’idole du passé ("nous n’aurions pas tué les prophètes, si nous avions vécu à l’époque de nos pères"),

- une entité, dans l’histoire récente de l’Europe, s’est distinguée comme la seule suffisamment courageuse pour attaquer les idoles régnantes – il s’agit de l’Eglise catholique, dont la position est diamétralement opposée à celle du "politiquement correct" (qui ne s’attaque, lui, qu’à l’idole déchue – contrairement à l’Eglise catholique qui attaque l’idole régnante),

- puisque l’Eglise catholique s’attaque à l’idole régnante, sa relation avec la société s’inscrit logiquement dans le schéma suivant : (i) la société se fâche contre l’Eglise catholique et la ridiculise car elle ne peut tolérer que celle-ci désigne l’idole régnante, (ii) dès la chute de celle-ci, le "politiquement correct" se met à combattre l’idole déchue, alors que l’Eglise catholique a déjà tourné son attention vers la nouvelle idole régnante, et (iii) la société se fâche à nouveau contre l’Eglise catholique, et, en sus de la ridiculisation déjà mentionnée, lui reproche encore de ne pas avoir assez combattu l’idole déchue.

À lire impérativement ici  !

 

 

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Commentaires

Micheline je vous souhaite une bonne et heureuse année 2013.
Je ne vous ai pas oubliée et bien que vous ayez supprimé votre photo sur ce blog je pense souvent à vous mon icône.

Écrit par : Hypolithe | mardi, 25 décembre 2012

Cher Hypolithe,
Merci pour ces bons voeux!
À mon tour, de vous le souhaiter le meilleur à tous points de vue
pour la nouvelle année, (la fin du monde prévue étant derrière nous).
C'est toujours un plaisir non dissimulé et renouvelé de vous lire
sur toute la toile!
Joyeuses fêtes!
Bien à vous!

Écrit par : Micheline P. | mercredi, 26 décembre 2012

Merci pour votre coup de projecteur sur cette nouvelle théorie, au moment où elle prend son envol.

Ayant étudié Karl Popper avant de découvrir René Girard, j’ai toujours été convaincu de l’"indépendance du monde 3", c’est-à-dire de l’indépendance du monde des idées et des problèmes théoriques. Une fois formulée et énoncée, une théorie échappe à son auteur et s’émancipe de celui-ci pour prendre sa place dans le monde des idées, qui n’est pas celui des hommes. Cette nouvelle théorie, dès lors, n’est déjà plus la mienne. C’est sans prétention que je me permets donc de recommander sa lecture.

Cette théorie est, objectivement, révolutionnaire. Elle jette une lumière nouvelle – et terrible (je le crains) – sur le fonctionnement des sociétés humaines et permet de mieux comprendre ce qu’est le "politiquement correct" et à quoi il sert au sein de la modernité occidentale. Temps de lecture : entre une et deux heures.

A disposition pour en parler.

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | vendredi, 28 décembre 2012

"Cette théorie est, objectivement, révolutionnaire."

Vous avez l'air aussi modeste et réaliste que votre prophète, René G., l'homme qui a tout compris, tout expliqué et à qui Dieu demande conseil à l'occasion...

Écrit par : Dirait-on pas la grande palmeraie de Tizi-Ouzou ? | lundi, 31 décembre 2012

J'ai cherché qui était Fronton ... D'abord précepteur de Marc-Aurèle, il est devenu son conseiller en stratégie de communication et son discoureur. Amoureux de l'empereure, il lui écrivit des lettres incandescentes.

J'aime bien cette citation tirée de ses maximes de l''" Eloge de la négligence" : "l'amitié que les mérites ont engendrée m'est pas aussi vigoureuse et ne croît pas de la même manière que l'amou imprévu et soudain."

Écrit par : mundus | dimanche, 06 janvier 2013

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