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mercredi, 06 février 2013

Assassinat politique contre le héraut tunisien anti-islamiste, Chokri Belaïd. Précédents, enjeux et conséquences.

Mon ancien mal, je le supportais bien, en voici un nouveau, ce qui n’arrange vraiment rien.
(Proverbe tunisien)
 

 

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Chokri Belaïd, l’un des leaders de l’opposition laïque en Tunisie a été assassiné de quatre balles en ce jour où le Président tunisien, Moncef Marzuki, était attendu pour prendre la parole à Bruxelles. Secrétaire général du Mouvement des patriotes démocrates et avocat de son état, il symbolisait la lutte contre les ennemis de la révolution de jasmin, et par ricochet, contre le pouvoir en place issu du parti islamiste l’Ennhada (terme qui signifie étymologiquement la Renaissance) qui avait gagné les élections. On se souvient d'un célèbre tunisien, chantre des libertés publiques, devenu ministre de la communication mais qui démissionna quelques mois après pour avoir souffert de "dysfonctionnements dans l'exercie de l'état", mettant le doigt sur les réflexes bien ancrés, semblables à l'ancien régime.

Une foule de plus en plus grandissante se rassemble devant le Ministère de l’Intérieur.

Ce triste jour met en exergue les terribles tensions existantes, la volonté d’asphyxier les activités de la société à l’œuvre qui a pour résultat un mal-développement récurrent alors que l’année dernière aurait pu voir un essor socio-économique significatif, véritablement libérateur.

La Suisse s’était mobilisée aux premières heures de la chute de la dicature du clan Ben Ali pour accompagner les étapes de la transition, pour la création d’emplois grâce à la mise en place de structures efficientes ; des opérateurs économiques porteurs de projets à forte valeur ajoutée, tunisiens comme étrangers, étaient prêts à (s’) investir dans ce pays ami, refroidis dès cet été à l’annonce du report de l’élection de la nouvelle constitution prévue le 23 octobre 2012 (en référence à la date de l’année précédente, jour pour jour, de l’élection de l’assemblée constituante) où il était stipulé, noir sur blanc, que la place de la femme revenait à être juste aux côtés de l'homme alors qu’elle fut pendant des décennies le fer de lance du développement économique du pays: autrement dit, elle serait reléguée au rang de chose, perdant ainsi les acquis depuis Bourguiba, premier Président d'après l'indépendance, élu en 1956, qui avait attribué les mêmes droits pour tous dans les domaines de  l’éducation, l’accès aux emplois, la jouissance des libertés civiques et politiques.

L’exception tunisienne souffre aujourd’hui d’un corset qui l’étrangle et pleure la perte de personnalités qui se sont battus contre la répression politique, la spoliation d’entreprises, garantes d’emplois et de la prospérité du pays.

La Secrétaire d'Etat à l'Economie, Madame Ineichen, a annulé sa visite officielle prévue de longue date pour le mois de septembre à cause d'une telle politique de blocages. Le travail diplomatique, toujours fidèle à ses engagements, continue de plus belle. Il faut ainsi souligner l'accouchement d'un texte fondateur signé par les deux parties, suiss et tunisienne : un protocole pour la protection des entreprises suisses, qui remplace celui en vigueur depuis 1964.

Les ressources économiques étant le nerf de la guerre, on assiste à un nombre important de nouvelles entreprises contraintes à fermer leurs portes alors qu’on aurait pu (s’) attendre à un vent contraire. Au début de cette année, la Banque de Développement d’Afrique (BAD), véritable poumon économique, sponsor principal d’actions pour le continent africain dont sont issus certains décideurs politiques, indéniable fierté pour le pays qui accueille son siège, en plus de l’apport substantiel non négligeable que sa présence y assurait, annonçait son départ de Tunis pour aller s’installer à Abidjan. Des investissements extérieurs salués en début de l'année passée dont les acteurs ont perdu toute trace semblent perdus dans la nature, sans traçabilité aucune. 

Avec l'assassinat politique de Chokri Belaïd, leader du mouvement laïc, pour qui une dés-islamisation des structures sociales s'imposait naturellement, on a tué la révolution. Le neutraliser n'était motivé que par une volonté de le faire taire. La Tunisie mettra longtemps à se reconstruire. La dignité de ses citoyens a mal. Regorgeant de talents connus autant que reconnus, le peuple tunisien mérite mieux, d'autant qu'il en appelle de ses voeux depuis deux ans à une autre vie, plus propice à la créativité, au respect dû, à l'intelligence libre.   

     

 

 

 

 

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Commentaires

Le Premier ministre tunisien, l'islamiste Hamadi Jebali, vient d'annoncer qu'il allait former un "gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique et technocarte", après l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd.

La dépouille de cette figure de proue de la défense des valeurs démocratiques est balladée dans une ambulance à travers la ville au lieu d'être dans les mains de légistes et d'enquêteurs. Etrange ... Son enterrement est prévu pour vendredi.

Ce nouveau gouvernement transitoire aura comme mission la gestion des affaires du pays jusqu'à la tenue de prochaines élections.

Écrit par : Tunisien | mercredi, 06 février 2013

Nul n'est dupe. À rajouter que "le journaliste Sofiane Ben Farhat a affirmé, aujourd’hui 6 Février 2013, qu’il avait reçu un message d’un commissaire de police, le 1er Février 2013, lui informant qu’une liste des hommes politiques et des activistes à assassiner est prête. Le commissaire l’a informé qu’il a décidé de ne plus sortir de sa maison de crainte qu’il soit puni pour son honnêteté. Voila le texte reçu par Sofiane Ben Farhat selon le site Kapitalis : «La situation est devenue très dangereuse, ils ont rassemblé les noms de tout. Hommes et femmes libres dans une liste et ils vont passer à «...» mais ils vont tout s'abord commencer par éliminer les obstacles: les policiers honnêtes, patriotiques et indépendants» ...

Hallucinant! Espérons que ce pays ne sombre pas dans une guerre civile de dix ans, avec son cortège d'assassinats politiques, comme on a pu le constater dans d'autres pays de la région.

Info ou intox : une voisine de Chokri Belaïd aurait réussi à filmer l'assassinat. À vérifier ... Les services de l'Etat permettront-ils de diligenter une enquête en bonne et due forme?

Écrit par : Aïcha | mercredi, 06 février 2013

La révolution de "jasmin" on y a jamais cru au moins pour les initiés. Il faut éradiquer les islamistes frères musulmans, qui ne sont que des criminels en attente de prendre les brides du pouvoir. Dire que ces gens ont une audience ici à Genève via la TDG et les blogs!

De la révolution ils devront passer par un autre soulèvement populaire avec une partie de l'armée et de la police, opposée à ces fumiers.

L'islam et ses religieux doivent être écartés du pouvoir définitivement. La séparation des pouvoirs est la seule solution, mais attention aux infiltrés inféodés.

Profitez de ce fait tragique pour imposer une démocratie Laïque cinq étoile et vite.

Écrit par : Pierre NOËL | mercredi, 06 février 2013

Voici un lien ou l'information me paraît bonne:

http://blog.sami-aldeeb.com/2013/02/07/exclusif-rached-ghannouchi-a-rapatrie-ses-terroristes-en-tunisie/

Écrit par : Pierre NOËL | jeudi, 07 février 2013

On ne saurait mieux le dire !!!! On peut mieux désigner les responsables de cette tragédie qui ont fomenté la soi-disant révolution pour obtenir le pouvoir, ce après avoir connu la prison pour question idéologique. Les bénéficiaires de la révolution ne sont - une fois de plus - pas ceux qui la font.

On sait avec la Révolution, qui soit dit en passant, a mis près de cent ans, a voir les fruits, que les sans-culottes sont restés culs nus (si on veut bien me passer l'expression) alors que le Tiers-Etat, selon l'une des figures de proue, le fameux abbé, aspitait à devenir quelqu'un, (bref, à exister, à subsister, à survivre dignement).

Personne n'y a cru vraiment, à cette révolution arabe, et en tout cas, pas béatement. Le tragique se répète indéfiniment, hélas.

Ce qui rajoute au tragique de l'histoire, c'est que l'on sait jamais s'il faut quand même faire ou pas ... ne rien faire est-elle la "solution"? Bien évidemment, la réponse est limpide mais alors, que faire???

J'adore votre expression "démocratie laïque cin étoiles, et vite" !!! Bon, sur ce coup, le Premier ministre l'a promis en voulant créer vite fait bien fait un nouveau "gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique et technocarte".

Le jeu du balancier peut ainsi continuer indéféniment ... ça n'est que la vie, malheureusement.

Écrit par : Micheline P. | jeudi, 07 février 2013

Un témoin oculaire !!! Le frère de Chokri Belaïd a déclaré que le gardien de l’immeuble dans lequel le défunt résidait a vu la scène, filmée de surcroît par une résidente de l’immeuble.

Le frère de Chokri Belaïd précise en outre que les assassins ont essayé d’éliminer le gardien en tirant à l’arme à feu, sans succès, heureusement.

Écrit par : Tunisien | jeudi, 07 février 2013

L'avocat Mounir Baatour, qui plus est le chef du parti libéral tunisien,vient d'être incarcéré pour "acte de sodomie", soit d'homosexualité. Alors, que la Constitution n'a pas été votée en octobre 2012, votation reportée à une date ultérieure encore inconnue, aucune loi homophobe n'existe, en tant que telle, en Tunisie, comme c'est le cas en Ouganda et au Cameroun (quoique dans ce dernier pays, une avocate genevoise a réussi à changer la "culture judiciaire" en gagnant un procès dans la défense d'une jeune couple homosexuel). La volonté politique ambiante d'ôter des libertés individuelles, conjointement à l'asphyxie de l'économie ces deux dernières années, est digne d'une terreur en bonne et due forme. Vraiment triste pour ce pays qui tendait à se libérer d'une dictature!

Écrit par : Aïcha | jeudi, 04 avril 2013

Selon le site électronique du Journal “Essour”, quatre agents de la police judiciaire au Gorjni auraient arrêté le premier suspect dans le meurtre de Chokri Belaid, dénommé Kamel Kathkathi il y a peu de temps en attendant son transfert chez le juge d’instruction.

Cinq suspects sont désignés. On ne sait toujours pas qui a commandité cet assassinat crapuleux.

Chokri Belaïd, virulent critique du parti islamiste Ennahda au pouvoir, chantre la laïcisation de la société tunisenne, a été assassiné par un groupuscule islamiste radical. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Ali Larayedh, aujourd'hui devenu Premier ministre le confirmait déjà.

L'assassinat de Chokri Belaïd, a bouleversé et approfondi une profonde crise politique, provoquant la chute du gouvernement d'Hamadi Jebali, quelques jours après.

Écrit par : F. Diallo | jeudi, 02 mai 2013

Qu'ils viennent de Lybie ou d'Algérie, ses assassins vont être démasqués si l'enquête ne piétine pas pour des raisons obscures. Bcp de Tunisiens sont enroles en Turquie et envoyés en Syrie. Le premier pays de la révolution se trouve en phase transitoire.

Quand au deuxème pays arabe ayant fait sa révolution, On apprend qu le fils préféré de Khadafi a été entendu par un tribunal lybien; le TPI doit fulminer contre le fait qu'il n'a pas réussi à demander son extradition.

Al-Islam a-t-il fini de dégainer? Quand on le voyait au Kepinsky avec son air supérieur, avec ses "I don't care, I've a diplomatic passport. I'm M.K.'son".

Écrit par : TUN | vendredi, 03 mai 2013

D'autres sont la liste. Un célèbre journaliste. La présidente de l’Association des Magistrats Tunisiens, Kalthoum Kennou, a reçu une lettre de menace de mort, à son bureau, et l'a fait savoir. Cette lettre manuscrite "ordonne" à la juge de « lever ses mains sur la magistrature » et l’informe que la décision de mettre fin à ses jours a été prise.

Kalthoum Kennou a ajouté qu'elle ne se laissera pas intimider et qu'elle continuera à exercer la justice de manière indépendante et sereine.

Cessons cette violence publique, qui ne fait encore qu'enfoncer plus profondément le pays dans un abîme dont il ne se remettra que très difficilement après deux ans de tranisiton bâclée, entraînant une économie au point zéro!

Écrit par : Aïcha | lundi, 06 mai 2013

Le Ministre de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, a annoncé le 5 juillet, à la fin de la réunion du Conseil National sur la sécurité routière que des bonnes nouvelles concernant l'affaire de Chokri Belaïd seront annoncées prochainement.

Craignent-ils quelque chose suite à la destitution de Morsi? Les evts du pays voisin ont déjà entraîné un nouveau souffle dans la population tunisienne qui se demande pourquoi un gouvernement illégitime continue à régner; ils avaient pourtant signé un protocole d'accord stipulant que les rapports cessaient le 23 octobre 2012. La Constitution continue à tarder pour mieux prolonger leur débat... La lumière ne veut se faire sur l'assassinat du maître de la laïcité malgré les bribes de pas grand'chose.

Quid?

Écrit par : salut | samedi, 06 juillet 2013

TRISTE JOUR pour la Tunisie!!! Encore un assassinat politique, qui fait référence à la tragédie du 6 février à l'encontre de Chokri Belaïd.

L'opposition au parti au pouvoir fait les frais une deuxième fois alors que ce gouvernement est illégitime depuis le 23 octobre 2012 :

Mohamed Brahmi a été tué par 11 balles aujourd'hui devant son domicile à Tunis. "Mohamed Brahmi est le coordinateur général du Mouvement populaire et membre de l'Assemblée nationale constituante (ANC).

C'est juste hallucinant!!! On a tué un homme (et pas seulement des laïques pour la laïcité et le développement)!!!

Écrit par : TUN | jeudi, 25 juillet 2013

Merci Micheline de continuer à suivre les actualités de mon pays. La Tunisie s'enfonce toujours plus. Les investisseurs étrangers ainsi que les touristes ont raison de ne pas venir ici. Les djahidistes de Kesserine ne se sont pas formés pour rien... la guerre civile est déclarée après plusieurs signes lancés ces dernières années. La seule note positive : la cacophonie qui mènera avant la fin de l'été à la dissolution de ce gouvernemnt , cette fois pour de bon, malgré ses efforts à se maintenir en place, la Femen Amina a été libérée.

J'aime bien vos analyses prédictives et le traitement de l'information que vous faites. C'est fins, bien illustré et bien renseigné. Sentez-vous libre de dire tout ce que vous savez; ça nous rend service. N'hésitez pas pour des raisons obscures!

Écrit par : Aïcha | vendredi, 02 août 2013

R.I.P. Chokri Belaïd. C'était un 6 février 2013 et le commanditaire de cet ignoble assassinat politique de bas étage a été désigné, enfin !

Écrit par : Tunisien | vendredi, 06 février 2015

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