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lundi, 24 juin 2013

Choupinet, bombasse, droit-de-l’hommiste, plan-cul entrent dans la danse

 

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On se souvient de l’entrée du mot courriel dans le Petit Robert il y a maintenant déjà 10 ans. (Mel est rejeté car il n’est qu’une abréviation.) Comme chaque année, une nouvelle terminologie vient se greffer à l’existante. Certains nouveaux mots sont accueillis avec stupeur, d’autres avec bonheur. D’origine contrôlée ou pas, ils peuvent jouir d’un certificat de naissance récent ou découlent d’un usage généralisé de longue date, qu’on est presqu’étonnés qu’ils soient ainsi adoubés. De quoi psychoter à coup sûr ou à faire se retourner dans sa tombe, Molière!

Bombasse: voici une reconnaissance qu'on peut juger déplacée, pour un mot plutôt vulgaire désignant une femme ou, théorie du genre oblige, un homme sexy…

Choupinet: terme qui signifie «joli, mignon» sonne bien, avec une tendresse indéniable dans sa sonorité.

Fadette: voilà un mot charmant! Même si ce qu'il définit: «relevé des échanges téléphoniques» n'a rien pour faire rêver!

 

Palmé: défini comme «qui a reçu la palme au Festival de Cannes» … joli, formé avec un bien d’humour, qui frise le ridicule, on imagine les diversions possibles dans d’autres registres.

 

Kéké : désigne le frimeur (comme si le mot existant ne suffisait pas !)

 

Kriek : si on hésite entre la référence germanique ou anglophone à l’église ou à la cerise, on apprend que le mot, d’origine belge, désigne la … bière à la cerise.

- D’origine inconnue, le terme plan-cul dont on imagine aisément le sens passe la rampe …

- Le verlan a aussi accouché d’un mot codé :

Chelou : louche

- De Suisse, on retrouve comme le veut la « tradition », un mot relatif au génie de l’organisation qui fait notre réputation internationale. On se souvient des mots tels que dicastère ou district (ex. : district de Boudry, Canton de Neuchâtel) entrés dans le dico l’an passé :

Agender : l’acte de fixer une date, un rendez-vous, un évènement

 

 

- Notons que c'est du côté des mots venus du Québec que les nouveautés les plus savoureuses nous arrivent:

Bas-culotte: un mot amusant pour désigner les «collants»( comme pour faire la concurrance aux bas qui ne recouvrent que les jambes?).

Chialage: provenant de chialer, ce mot défini comme «action de se plaindre sans cesse» possède quelque chose d'attendrissant et d'évocateur.

 

Denturologie: un terme séduisant qu'on comprend aisément, qui évoque la «discipline qui traite la fabrication, la pose et l'entretien des prothèses dentaires amovibles».


Traînerie: pour une chose qui «traîne, qui n'est pas rangée», nous renvoie drôlement à ânerie.


Traîneux: là aussi, ce mot va comme un gant à sa définition: «personne désœuvrée, qui tarde à agir, qui est désordonnée».

 

Patenteux : simplement bricoleur

 


- Parmi les nouveaux élus les plus nuls, on peut mentionner:

 

Droit-de-l'hommiste: qualificatif définissant tout agent qui défend, bénévolement ou pour sa carrière, les droits de l'Homme.

 

Hénaurme: signifie «énorme»! Véritable bizarrerie, très laide de surcroît, on ne comprend pas pourquoi retenir un tel mot sous prétexte de réformite aigüe de l'orthographe?

 

Low cost: un anglicisme dont on peut raisonnablement se passer … pourquoi ne pas retenir uniquement «à bas coût»?

 

Triple A ou AAA: pourquoi diable cette appellation a-t-elle reçu l’extrême onction du dictionnaire? À quand Triple B, Triple C, Triple D?


 

- Enfin, il y a les nouveaux vocables presque neutres, émotionnellement parlant, qui ne dérangent pas et présentent un semblant d’utilité mais non dénués de charme:

 

Clasher: «donner lieu à un conflit.»

 

Comorbidité: «présence simultanée de plusieurs pathologies chez un même patient.»

 

Dédiaboliser: si le terme est souvent utilisé dans le langage courant, signifiant «faire disparaître l'image diabolique.», il est le bienvenu. Il en est presque mignon.

 

Goncourable: se dit d'un livre «susceptible de remporter le prix Goncourt

 

Microblog: «blog qui permet de communiquer en temps réel.»

 

Psychoter: «angoisser.»

 

Traçable: «dont on peut identifier l'origine et reconstituer le parcours.»

 

Transgénérationnel: «qui concerne plusieurs générations.»

 

Viralité: «caractère viral de tout ce qui se propage par voie électronique.»

 

À chacun de savourer sans modération ce florilège (d'origine latin, désignant les fleurs et leur cueillette légère) de mots sélectionnés avec soin !!!

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Commentaires

Ma chère Micheline,

Merci pour cette leçon édifiante.

Maintenant, vu ta maîtrise de la novlangue, je te prie de bien vouloir nous rédiger un texte sensé cru et un mur solide avec des mots – briques – tirés de la dernière édition du Petit Robert.

Chiche ?

merci d'avance !

biz

jaw

Écrit par : jaw | lundi, 24 juin 2013

Très cher Jacques-André,

Quel bonheur de te retrouver à cette occasion, toi, le maître des mots!!!

J'espère que tu auras au moins eu le plaisir de délirer un peu, en low cost.

Pour le texte, voici une proposition :

"Arrête de faire ton « kéké » ! C’est « chelous » ! Si tu veux plaire, il faut être un peu plus « choupinet » et te fringuer autrement. T’as vu ta dégaine, mais c’est quoi, ce « bas-culotte » orange ? C’est le « brol » total, on dirait un « low-coast » ! Et puis, arrête ce « chialage », tout le monde est au courant sur le « microblog » que tu passes la moitié de la journée à « bourassier ». Là, c’est le « retoquage », le « clash » assuré ! Bon, c’est bien de savoir plein de trucs, mais parler à longueur de journée du « Boson » ou du « triple A », c’est de la « bien-pensance ». Allez, viens, on va « s’enfiler une fricadelle » chez moi, celles de ma mère sont « hénaurmes » !"

En cas où tu exigeais une traduction en "bon français", je m'exécute de suite!!!

Biizzzzzz

Écrit par : Micheline P. | lundi, 24 juin 2013

Ma chère Linemiche,

J'ai kiffé grave ton microblog.

Et j'ai maté ta choupinette de ponte sans psychoter.

La CIA en tirera des fadettes chelou s'ils n'ont pas trop de taf et asez de thune pour zyeuter notre swap intergénérationnel.

Au plaisir de se taper ensemble une fricadelle en éclusant une kriek. Tu pourras me donner des leçons privées pour bourrasier en évitant le clash.

En attendant, peux tu me jacter ton texte en alexandrins ?

Ca fera du bien à la compagnie.

On affûtera les meules ensemble mais je m'attarderai pas sur les passantes qui ont des oranges sur l'étagère, ça c'est sûr !

Le moment venu, j'irai changer l'eau des olives.

Excuse mon style mastoc. Je le tape de la main gauche.

a+ !!!
et zieute ce smiley:-)

jaw

Écrit par : jaw | mardi, 25 juin 2013

Très cher! Je te laisse le soin de jacter le texte en alexandrins. Pour l'affûtage des meules, on verra comment s'arranger ... On peut cependant relever la magistrale contribution du journaliste sénégalais Gorgi Wade Ndoye :

"Non, rien de choupinet de voir ce kéké ivre de kriek qui se croit palmé alors qu’il n’est qu’un chelou, dont le seul mérite est de présenter la fadette de cette bombasse dont le bas culotte l’a fait tellement si bien rêvé, comme une étoile inaccessible ! S’il était un patenteux, ce traîneux aurait pu pourtant aller loin mais il a l’art d’agender d’hénaurmes salades low cost se croyant malgré tout bien côté avec un Triple A."

À part ça, au-delà des fadettes, traçables, et des chialages de convenance, qui ressemblent plus à des larmes de crocodiles, je me fais volontiers traîneuse, dans l'attente de partager une kriek avec toi!!!

Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'on souffre de comorbidités!

À ++++
biizzz

Écrit par : Micheline P. | mardi, 25 juin 2013

Il est à relever que le mot d'origine suisse "agender" a supplanté "calendariser" utilisé par le président des Verts français qui, lui n' a jamais franchi le cap du dico!!!!! Bravo aux Suisses! Vos vocables et vos expressions, on ne redemande.

Écrit par : bling-bling | jeudi, 27 juin 2013

C'est quoi tout ce chialage? Les Suisses ont imposé leur "agender" alors que les Sénégalais n'ont pas eu la chance d'imprimer la langue française de leur "dormitoir".

Une année, sont valorisés les mots issus du langage oral et familier, et une autre année, des néologismes savants. Il serait intéressant de savoir combien de fois a été utilisé le mot "flexisécurité" entré l'an dernier dans le dico?

Écrit par : Francolie | jeudi, 25 juillet 2013

Ca fera du bien à la compagnie

Écrit par : Revue-Canada | vendredi, 27 décembre 2013

Bon, pour l'instant je garde "choupinet" parce que je l'utilise depuis des décennies (Dites-donc, ils en ont mis du temps :-))) et agender qui me paraît assez pratique.

Pour le reste j'enlèverais bien bombasse tant qu'il n'a pas un équivalent masculin et tous les autres ne me paraissent pas agréables à l'oreille, je m'en passerai donc.

Merci pour ce topo hautement instructif sur l'avenir de notre communication.

J'aime bien l'idée de nouveaux mots dans la langue pour autant qu'ils "sonnent", qu'ils interpellent l'émotion et qu'ils soient utiles.

Écrit par : Jmemêledetout | vendredi, 27 décembre 2013

@ Revue Canada : les nouveaux mots de 2014 sont rigolos. Si vous m'envoyez votre lien, je le mettrai en exergue à votre convenance.

@ Jmemêledetout : certaines mots sont si moches qu'on se demande pourquoi ils ont été choisis.

Merci pour cette appréciation. Comme anecdote, je me souviens avoir utilisé "Choupinet" il y a des ans et provoqué un éclat de rire tonitruant. Et voilà, qu'on le trouve parmi les mots autorisés ... Pour Bombase, c'est peut-être une connerie mais on se souvient que Maupassant a intitulé une nouvelle "Bombard" (son équivalent masculin?) ... à part ça, le choix des nouveaux mots étonne toujours. il est vrai. Notre langue est si riche ...

Bien à vous!

Écrit par : Micheline P | vendredi, 27 décembre 2013

@Micheline

J'appelais souvent ma fille "choupinette" quand elle était jeune, il y a plus de 40 ans de cela, je l'ai gardé ensuite pour d'autres, comme un petit nom d'affection, vous voyez, ça date :-)

Je ne connaissais pas le mot de "Bombard". A explorer. Il nous faut un pendant à cette ineptie dévalorisante.

J'aime bien les nouveaux mots, j'en ai inventé souvent, par plaisir, il y en a beaucoup aussi dans les chansons, ou les formules poétiques, mais il faut qu'ils soient suggestifs, qu'ils coulent de source et immédiatement compréhensibles.

Notre langue est riche, c'est vrai, mais pas toujours esthétique et fluide. Il lui manque souvent, cette part de poésie, de flou, qui permet une autre compréhension. Finalement face à la langue polynésienne par exemple, elle n'est pas si riche que cela. Dans cette langue il y a plus de 150 mots pour définir la mort. Dans la nôtre, il n'y en a que quelques-uns.

Prenez un mot comme "saudade" vu sous l'angle brésilien (prononcé saudadji), nous n'aurions aucune traduction pour définir cet état émotionnel qui à lui seul contient plusieurs émotions à la fois, la tristesse, la mélancolie associée à la douceur, le souvenir et l'espoir... On ne le comprend qu'à l'écoute de l'émotion de celui ou celle qui le prononce.

Non, notre langue n'est pas si riche que cela, elle est intellectuelle, fragmentée, compliquée, et elle manque très souvent de musicalité, de fluidité.

Mais quand j'entends "je kiffe", même si je comprends ce que cela veut dire, aujourd'hui, je trouve cela affreux.

Alors si nous voulons inventer de nouveaux mots, tant qu'à faire, qu'ils soient beaux !

Le "Goncourable" peut aller se coucher tant qu'il n'aura pas compris cela.

Écrit par : Jmemêledetout | vendredi, 27 décembre 2013

@Jmemêldetout : Si nous voulons inventer de nouveaux mots, autant qu'ils soient beaux, dites-vous avec brio! Ceux du Petit Robert ne dérogent pas plus à la règle de la laideur que ceux du Larousse (à part quelques pointes d'humour), tels que cougar ou texter.

Voyez un peu le mot "printemps", qui a pris un nouveau sens. Il y a été rajoutée la dimension historique pour désigner bien plus que la saison que nous vivons actuellement mais la "période pendant laquelle se manifestent, de manière plus ou moins pacifique, des aspirations d'un peuple ou d'une nation à plus de liberté, de démocratie et de justice sociale."

Petite note de consolation : les noms propres de Bernard Pivot aux côtés de Sophie Marceau font leur entrée fracassante.

Écrit par : Choupinette | dimanche, 02 mars 2014

@Choupinette

Printemps, ça me va sous cet angle-là. C'est imagé, laisse de la place au rêve, à une renaissance, à la petite graine qui deviendra un arbre ;)

Écrit par : Jmemêledetout | lundi, 03 mars 2014

« Au début, je croyais qu'un métrosexuel, c'était un type qui avait un sexe suffisamment gros pour le montrer dans le RER derrière un imperméable de l'inspecteur Gadget. Pas du tout. Un métrosexuel est un type qui va au salon d'esthétique en plein samedi après-midi parce que ni sa femme ni ses filles n'ont envie de l'emmener voir un match de foot féminin. [...] "Adopter un comportement métrosexuel après des années de résistance passive, c'est succomber à la mode minablement. Avec un métro de retard en plus. [...] C'est lui le métrosexuel, le type qui a trahi l'espèce pour la santé éternelle et qui nous conduit au cimetière des éléphants. Il hante les rues, content de lui, ignorant les générations qui l'ont précédé, oublieux de l'histoire et des guerres de tranchées. Son orgueil, c'est lui-même, subjugué par sa merveilleuse humanité et le gel de rasage qui respecte sa personnalité. Et bien sûr, il a renoncé à souffrir, à vieillir et à tuer pour se nourrir. C'est mon prochain. "

Ce roman décapant de David Abiker publié en 2005 - "Le Musée de l'Homme" - a inventé ce terme entré dans la langue. L'auteur est drôle, intéressant, profond, joue avec les non-dits et les interdits sans avoir peur de se faire quelques "ennemis", dont la cheffe de file des Chiennes de garde, Alonso. Retenons l'humour et la volonté de bousculer quelques idées reçues.

Écrit par : Francolie | jeudi, 27 mars 2014

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