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dimanche, 03 novembre 2013

Le père des S.A.S. passe l'arme à gauche

 

Hommage. Gérard de Villiers se disait faire partie de la génération qui s’en irait au cimetière à pied. Considéré par tout le monde et par le New York Times comme l’homme le mieux renseigné de la planète, il a rendu les armes, laissant Malko, orphelin. On n’aurait pu s’attendre pour un probable dernier numéro à ce que le héros éternel, d’origine autrichienne, qu’il fût terrassé, ce qui aurait marqué la fin de l’aventure romanesque des 200 romans d’espionnage qui ont tenu en haleine tout lecteur à la recherche de vérité.

264817854.jpgAristo courageux, très fortuné, l’auteur des S.A.S. aura su démontrer combien et comment la réalité dépasse la fiction. Jugé par la critique comme simple auteur de romans de gare, il démentira par sa plume engagée, qui fut sa véritable arme, ces préjugés. Le diable se cache dans les détails … Il fut un magnifique reporter, et l’investigation, son seul dessein. Provocateur ? Certes, il l’a été, à l’image de son personnage fétiche. Mais ce procédé relevait plus d’une vision du monde, scruté avec ferveur jusque dans les parts d’ombre insoupçonnées par tout observateur à prime abord, que d’un trait psychologique. Ses intrigues policières ou d’espionnage, mêlant sexe, argent, intérêt supérieur, violence et voyage maintenaient le suspens jusqu’au bout, en tissant les liens inattendus mais ténus entre les différents épisodes historiques et leurs acteurs, un canon de beauté assurant la trame.

Les « romanquêtes » du père de Son Altesse Sérénissime nous révélaient des pans de la réalité inconnus du grand public ; très bien informés, ils servaient certains chercheurs, diplomates, militaires et émissaires de toutes sortes, dans leur travail respectif. Parallèlement, ils savaient aussi devancer l’actualité : des évènements ont été prédits par l’auteur grâce à une mise en boîte des données factuelles pas toujours conceptualisées pour des raisons obscures ou par simple indifférence ...

On lui pardonnera les petites gentillesses faites à notre pays, qualifié notamment d’ennuyeux comme un furoncle, par la bouche de l’espion plénipotentiaire Malko, dans La filière suisse (Le marcé noir de la Bombe iranienne). Son avant-dernier ouvrage, Les fantômes de Lockerbie (De Beyrouth à Tunis, les fantômes de Lockerbie tuent encore) se termine sur une exclamation sortie d’un représentant d’une banque prestigieuse suisse - dont un des patrons s’était tiré une balle dans la vraie vie, arguant que le métier changeait - abritant les opérations clandestines destinées à perpétrer le fameux attentat.

À coup sûr, il aura inventé un nouveau genre littéraire. Le sérieux des investigations n’enlevait en rien les ironies des hommes et des situations. Merci à ce grand écrivain, qui a su donner tout son sens à ce qu’est une vérité romanesque !!! R.I.P.

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Commentaires

Ce type était vraiment porteur d'un gros paradoxe. Son érotisme de bazar était vraiment nul à ch*** et ses analyses incroyablement justes. Peut-être parce qu'exemptes du politiquement correct des analystes actuels. Du genre gênés de dire que les Touaregs sont des gros cons fascistes, esclavagistes et racistes, même si ils sont très beaux et plaisent beaucoup aux femmes européennes, suisses en particulier. Pas une socio-truc zurichoise ou une psycho-machin genevoise qui admettrait de mourir sans avoir baisé avec un bel Homme Bleu du désert...
(ça, c'est mon côté SAS...)
Les lecteurs de journaux comprendraient mieux la situation au Mali, si on la leur expliquait ainsi...

Écrit par : Géo | lundi, 04 novembre 2013

Géo, je ne me prononce pas sur les préférences sexuelles de Monsieur Gérard de Villiers (ni des Touaregs ou des Thuwars) car je n'en sais rien et je m'en fiche, à vrai dire.

On déplorera qu'il n'y aura pas de 201 e numéro de SAS.

L'homme le mieux renseigné du monde est à saluer, tant il n'écrivait jamais pour ne rien dire, comme on en a l'habitude dans certains écrits ennuyeux, fermés, clivés, qui suintent le quant-à-soi et vide sidéral. Son analyse du cerveau reptilien qui gouverne beaucoup de comportements décrits par le narrateur omniscient restera gravée dans nos esprits. Mais il aura certainement gardé quelques secrets, qu'on peut paradoxalement connaître... Dans cette perception du monde si fragmentée, les romans de Gérard de Villiers sont d'un grand secours pour bien comprendre des pans de l'histoire qui se déroule sous nos yeux.

Sans oublier sa faculté de "prédire" l'avenir dans certains cas : on la trouve par exemple, dans "Le Complot du Caire", paru en 1980, qui mettait en scène l'assassinat d'Anouar el-Sadate par des fanatiques islamistes; le président égyptien était victime d'un attentat moins d'un an plus tard.

Plus récemment, "Les fous de Benghazi" décrit comme jamais la Lybie post-Khadafi, la sédition, la volonté de prise de pouvoir chez certains descendants des anciens dirigeants du pays avant le coup d'Etat, ses relations avec ses pays voisins, etc.

Vous avez amplement raison : les lecteurs de journaux comprendraient mieux la situation au Mali, si on la leur expliquait comme le savait si bien l'auteur des S.A.S.

Écrit par : Micheline P. | lundi, 04 novembre 2013

Une des prédictions les plus impressionnantes (enfin, je ne suis pas un spécialiste de de Villiers) à mes yeux, c'est la véritable nature de Oussama ben Laden, dont il parlait longtemps avant le 9/11...

Écrit par : Géo | lundi, 04 novembre 2013

S.A.S n'est pas de la grande littérature, comme l'est San Antonio, avec ses descriptions et la richesse de vocabulaire dans tous les registres, mais son auteur est le mieux informé du monde.

Ben Laden est l'une de ses innombrables trouvailles ... Géo le souligne très justement.

Et il n'a jamais un train de retard. Bien au contraire!

La question : qu'adviendra-t-il de Malko? Y aura-t-il un suite des S.A.S?

Écrit par : Francolie | mercredi, 13 novembre 2013

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