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mardi, 08 avril 2014

La NOVLANGUE (mots de gauche, mots de droite)

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Mercredi 9 avril 2014 à 18 h 30 se tiendra une conférence-débat de Robert Steuckers autour de la novlangue à l'Institut National Genevois. Le terme revient à Georges Orwell, l'auteur de 1984 et de La ferme des animaux. De la novlangue au politiquement correct, le pas est vite franchi.

Qu'on remonte à Nietzsche, qui mettait en garde son époque d'une nouveau langage, sémantiquement douteux, composé de concepts valises frisant le vide, ou Heidegger, inquiet par l'hégémonie de l'empire du "on" impersonnel par essence, ou encore au philosophe australien Robert Hugues, observant la manière dont les Américains s'engouffraient dans cet abîme en codifiant la langue de l'opinion publique,  médiatique autant que politique, jusqu'à pratiquer l'inversion sans vergogne au point d'atteindre un idiome complètement aberrant, on remarque que le sujet est d'une actualité brûlante.

Des mots vidés de leur sens sont utilisés ci et là, à tort et à travers :

- parler de déontologie ou d'éthique dans certains milieux veut dire le plus souvent le contraire; soit le conflit d'intérêt, un renversement des valeurs, la fin pour le moyen;

- afficher l'audace d'une action cache mal une ambition très personnelle;

- se référer aux générations futures signifie simplement le mépris des gens à qui s'adressent des propositions visant à leur faire avaler la pilule en se dédouanant de toute responsabilité sous des airs de rigueur tout en masquant le désir de puissance du tenant du pouvoir;

- avoir beaucoup oeuvré signifie selon les contextes tantôt "on a rien fait" que "on a servi les besoins des patrons"

Il arrive même que certaines locutions changent en cours de route pour en produire de nouveaux codes de novlangue :

- on ne dit plus "égalité hommes-femmes" mais "égalité femmes-hommes" pour la simple raison que les femmes n'ont pas à occuper la seconde position comme l'impose d'ailleurs l'ordre alphabétique;

- on ne doit plus vouloir détruire l'identité sexuée mais déconstruire les stéréotypes de genre.

Le conférencier Robert Steuckers ne s'arrêtera à brosser le tableau des monstruosités. Il nous livrera sa solution pour se sortir du caractère "verbicide" de ces expressions langagières. Il est impératif de rétablir la vérité du langage basée sur les liens du sens, l'historicité des faits tangibles, en dehors desquels tout n'est que fictions et constructions fabriquées de toutes pièces, plus délirantes que les autres.

Soyez les bienvenus à cette soirée littéraire organisée par le Club de la Grammaire (entrée libre) !!!

 

 

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Commentaires

Bonsoir Micheline,

Vaste sujet en effet ! Il faudrait revoir la définition de chaque mots composant les verbiages d'intellectuels, religieux, écrivains et penseurs de pacotilles mais surtout les politiciens formés à la ruse des mots, mais dont les typologies personnelles (comportements) sont un livre ouvert dénonçant, à leur insu, leurs motivations réelles plus ou moins cachées.

Mais ça, seuls les initiés aux différentes typologies humaines en situation de contrainte devant les caméras, (ou non) le savent....

Bonne soirée Littéraire et bonne continuation.

Écrit par : Pierre NOËL | lundi, 07 avril 2014

@ Pierre Noël : grand merci pour cette précision fort à propos !!! Les Grecs appelaient le procédé "metis" et Platon aimait mettre en garde à ce que la politique ne tombe pas dans de la rhétorique pure, la rhétorique pour la rhétorique (comme on dirait de nos jours).

Dans l'ambiance quasi orwellienne de l'uniformisation et du vide intellectuel dans laquelle on est souvent condamné à naviguer, les voix discordantes mais découlant du bon sens, voire de la connaissance, sont dénoncées et de ce fait marginalisées. Ce type de neutralisation tue la parole (et parfois la personne). Tout totalitarisme est "linguicide" et ne sert les intérêts que des tenants du pouvoir quel qu'il soit. On n'a plus le droit de dire "les parents et les médecins" mais il faut parler des "acteurs impliqués dans la conception", ce pour faire plaisir au concepteur en mal d'idées qui doit justifier sa position; parler d'un hypothétique "nous inclusif et solidaire" là où il manque le plus relève du même acabit.

Méfions-nous donc des concepts passe-partout car - pour paraphraser Orwell - on ne possède rien, en dehors des quelques centimètres cubes de notre crâne."

Je vous souhaite une belle journée (proportionnellement inverse au temps qu'il fait dehors)! Bien à vous!

Écrit par : Micheline P. | mardi, 08 avril 2014

Beau projet et belle note. Juste une précision: le livre d'Orwell est intitulé 1984, ce qui correspondait au futur par rapport au moment de sa rédaction (1949).

Écrit par : Pierre Scherb | mercredi, 09 avril 2014

Merci Pierre Scherb! Les techniques de diversion ont été décrites par ce grand auteur. Ses deux romans revêtent un caractère prémonitoire. L'étrange est que ça continue... un deuxième élément est à relever : de la société de spectacle spectaculaire comme dirait Guy Debors, on est passé à une société de spectacle diffus avec le cyberespace où le risque de poursuivre les novlangues est très élevé. C'est ainsi qu'on voit apparaître des discours ou des prises de position complètement folles, faisant fi des critères de réalité. La rage de contrôler les flux pétroliers et la volonté de s'immiscer dans toutes les communications par certains officiels parmi les plus reptiliens qui promettent la liberté et le respect des droits de l'homme font partie de ce genre de procédé. Le problème est de constater qu'il s'agit aussi d'une manière de faire carrière sans que ça ne choque personne (ou presque) : on trouve l'argent pour des dingueries, qui font doublon, mais pas pour des choses utiles qui aideraient à trouver des solutions. Le double langage a de beaux jours devant lui, d0autant qu'il fait vivre et engraisse des couards.

Ce soir, se tiendra une Conférence de Robert Steukers sur le sujet de la NSA et l'affaire Snowden au Café de l'Hôtel-de-Ville, à 18 h 30. Vous êtes le bienvenu en cas d'intérêt pour ce beau sujet.

Écrit par : Micheline P. | jeudi, 10 avril 2014

Le mot "économie" signifiant que l'on réalisera des économies (sécurité sociale, par exemple, en France) sur le dos des personnes précarisées en leur accordant encore un peu moins de subventions sociales... en même temps que le ministre en charge, parlant au "nous", évoque temps durs

"durs" pour qui?! Dans nos familles, lorsqu'il est question d'économies les grands s'en prennent-ils aux petits ou les grands se privent-ils eux-mêmes (en principe)? Simple exemple en souhaitant que le Café de l'Hôtel-de-Ville, à 18 h 30 ce soir accueille participants nombreux.

Écrit par : Alix | jeudi, 10 avril 2014

@ Alix : excellent exemple! Les sciences économiques n'étant pas exactes - d'ailleurs, l'économie en Laponie diffèrera de celle de la Grèce ou de la Suisse allemande - il y a aussi une novlangue dans ce domaine, qui fait vivre que quelques oligarques de la branche. Parler d'économie pour mieux affamer les citoyens alors que des dépenses inconsidérées pour des postes honorifiques et des peseudo-projets inutiles, à la gloire du décideur plénipotentiaire, est en effet une gageure. La "nous" inclusif et solidaire est bien évidemment abusif, une tromperie scandaleuse.

En médecine, on constate également des praticiens qui sous le sceau de la responsabilisation individuelle du patient prescrivent parfois n'importe quoi tout en diagnostiquant de manière approximative le mal. La durée du traitement donne du grain à moudre uniquement au prescripteur, indifférent au patient et au mal qui le ronge.

La novlangue tue la pensée au point de faire prendre des vessies pour des lanternes, de faire passer pour un cas une personne qui s'exprime de manie judicieuse. L'effet occultant est édifiant.

Pour ce soir, l'accès est public (pour la modique somme de 10.--frs, sauf erreur de ma part). Vous êtes bien évidemment le bienvenu. D'ailleurs, je me réjouis de faire votre connaissance (au-delà de votre pseudo).

Écrit par : Micheline P. | jeudi, 10 avril 2014

La novlangue n'empêche même pas la naïveté. Par un concours de circonstances, on apprend que la soeur de Mohamed Merah, dont les autorités françaises avaient perdu la trace, serait bien partie en Syrie avec ses quatre enfants. La confirmation de cette nouvelle a été renforcée suite au démenti samedi des autorités tunisiennes de la présence de cette femme su son sol.

C'était le 20 mai qu'une école alerte les autorités de l'absence d'un enfant. La section antiterroriste du parquet de Paris a ouvert jeudi une enquête préliminaire. La géolocalisation de la famille Merah a été rendue possible par la lecture des listes de Turkish Airlines.

Le bla-bla codifié est toujours si loin du terrain!

Écrit par : Dingo | lundi, 26 mai 2014

Tous les secteurs produisent leur novlangue, entretenue et récupérée par le pouvoir. C'est le règne de la novlangue. Qu'y faire?

Écrit par : La Pythie | jeudi, 19 juin 2014

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