vendredi, 09 janvier 2015

Qui peut tuer des gentils ?

 

 

Charlie Hebdo. Un mot qui sonne comme un refrain familier. Des visages qui nous accompagnent depuis toujours. Des éternels adolescents enragés par une recherche de vérité à toute épreuve, qui n’avait d’autre but que de faire réfléchir, de révéler des connaissances insoupçonnées, loin des culs bénis et du bal des Tartuffe avec leurs dogmes et leurs mots d’ordre. Les dernières personnes auxquelles on pense tuer ont été victimes d’un attentat inimaginable qui ne porte pas de nom. La fiction a rejoint la réalité, l’inimaginable s’est réalisé.

La culture de l’impertinence, héritée des Lumières, a été blessée à mort. Voltaire doit se retourner dans sa tombe s’il assistait é ce spectacle innommable au 21 e siècle. Le romancier et ancien Ministre de la Culture, Malraux, qui prédisait ce siècle comme spirituel ou le néant, doit y perdre son latin. À qui profite le crime, s’interrogerait tout auteur de polar, dans sa recherche de mobile déterminant l’action.

Les premières minutes de l’attentat nous ont fait croire une seconde à une farce, une blague à la Charlie Hebdo, à l’instar du dernier dessin de Charb, le directeur de la rédaction, dans la veine « Tiens, pas d’attentas encore en France ?!? »

Cabu, avec ses lunettes d’élève insolent et attachant, a pénétré nos foyers ; la lueur de ses yeux, on ne l’oubliera jamais, nous accompagnera toujours dans l’investigation des mouvements destinés à asseoir un pouvoir funeste.

Wolinsky, né en Tunisie, un père assassiné alors qu’il n’avait que deux ans, nous aura fait rire aux éclats pendant des décennies avec ses caricatures sur la sexualité tant masculine que féminine, nous révélant la folie douce qui meut le monde.

La liberté d’expression a été neutralisée de façon abjecte et sans raison. L’article 8  de la Charte des droits de l’homme pose la question philosophique de la manière d’exercer ce talent, un des plus nobles que l’être humain possède comme son existence. Des hommes d’une élégance et d’une intelligence hors pair dont le seul combat était de donner sens au logos dans un monde robotisé à l’extrême que la langue de bois a réussi à annihiler de sa substantifique moelle ont été visés volontairement par trois débiles mentaux, ne se représentant qu’eux-mêmes, au nom d’un dieu dont les contours ne sont pas définis.

Les frères Kouchai ont bénéficié du laxisme ambiant, se jouant du pseudo vie juridique dans les affaires de terrorisme pour tout homme de loi souhaitant faire durer un cas pour gagner plus alors que tout est là pour savoir et pour décider. Seule la volonté manque comme c’est souvent le cas dans notre société formatée mais sans contenu. Condamné une première fois en 2008 pour avoir participé à une filière d’envoi de combattants en Irak. L’enquête a déjà mentionné ce point. Cependant, le principal cerveau de ce commando était aussi bien connu : le franco-tunisien Boubaker Al-Hakim. Qui est cet homme ? Le célèbre organisateur des sassisnats politiques de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, en 2013, en pleine période de transition qui a suivi de la révolution de jasmin. Né à Paris le 1er août 1983 de parents tunisiens, Boubakaer Al-Hakim, est un terroriste notoire que l'ancien régime de Ben Ali avait rejeté en demandant l'extradition par le biais d'Interpol le 6 mai 2001. Après l'exécution des procédures usuelles, il a été mis en examen "pour son association à un groupe de malfaiteurs" en 2005 et c'est grâce au gouvernement syrien que ce terroriste a été livré à la France cette même année, au moment où il combattait les djihadistes. Condamné en 2008 à 8 ans de prison ferme, il a eu la chance d'être relâché pendant le printemps arabe. Rentré en Tunisie, il a pu fomenté les assassinats de Chokri Belaïd le 6 février 2013 et de Mohamed Brahmi le 25 juillet 2013.

Loin d'avoir agi en loups solitaires - formule prêtée désormais à l'affaire Merah en 2012 et qui veille hypocritement à éviter tout amalgame - ils ont bel et bien fonctionné selon un mode opératoire huilé de bons petits soldats obéissant aux ordres de cet autre fou sanguinaire, l'un des plus dangereux cerveaux de Daech en Irak et en Syrie.

Tués dans l'assaut mené par les forces de l'ordre, ils n'auront pas eu le dernier mot. Les prendre vivants eut été impossible. Les informations qu'ils recelaient n'auraient pas été divulgués par eux et leur donner une tribune par le biais un procès retentissant où toutes les caméras du monde seraient braquées n'aurait probablement rien apporté de plus que ce que l'enquête approfondi est en train de tisser. Le seul regret est qu'ils ont obtenu en un certain sens ce qu'ils souhaitaient : mourir (en martyr, donc en héros, ah, ah, ah). Si la politique de l'autruche aura gagné une nouvelle fois, rien ne pourra cet élan de chercher le vrai, le bien, le juste. Les lanceurs d'alerte ne sont pas toujours bien traités mais l'intelligence reste un rempart contre la folie et la barbarie.

Aujourd'hui, le recueillement est de mise  pour toutes les victimes illustres ou non de cette immonde attentat ainsi qu'aux forces de l'ordre pour leur bravoure et le immense savoir-faire de tous les instants! Tuer l'intelligence constitue l'un des actes plus barbares que l'humanité peut offrir. R.I.P.

 

 

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