mercredi, 19 août 2015

Numéro Zéro, dernier roman d'Umberto Eco

 

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À lire absolument ! Dans son dernier roman Numéro Zéro, le sémillant sémiologue Umberto Eco se fait l’écho d’une certaine presse cherchant plus à influencer qu’à informer. Imaginant l’histoire d’un richissime homme d’affaires impliqué dans les plus hautes sphères du pouvoir qui crée un journal Demain (traduction littérale) dans le but de salir, calomnier, distiller des doutes – non hyperboliques – pour mieux influer l’opinion publique, il érige une satire en bonne et due forme des pratiques aussi folles que néfastes de ce genre de médias tout en décriant les liens douteux entre ce milieu avec celui du pouvoir. Toute ressemblance avec des faits et des personnages réels est purement fortuite …  

La désinformation se décline sous divers procédés, à ses yeux. Vient à l’esprit en premier lieu « la théorie du complot » qu’il qualifie de maladie très répandue dont le seul effet consiste à annihiler le bon sens et aliéner les individus de leur conscience les plongeant dans un vide sans fond. La saga d’un Mussolini vivant, exilé en Amérique du Sud, protégé par le Vatican et les USA, toujours prêt à reprendre le pouvoir illustre le phénomène avec une aisance déconcertante, simplement avec des arguments par l’absurde. Le lecteur pris entre deux eaux ne sait plus où naviguer en se demandant sérieusement où se situent le vrai et le faux. Cette mise en scène de certaines hypothèses historiques dont les critères de vérification ne sont pas toujours remplis constitue une mise en garde contre la pollution  de nos imaginaires alimentant l’incapacité de pensée (jusqu’à la fainéantise ?) ...

Corrélativement, les fantômes des années de plomb nourris des événements de 1992 hantent la petite cellule de cinglés jusqu’à connaître un assassinat d’un des leurs pour motifs non élucidés et dont l’auteur reste inconnu.

Par ce nouveau récit où la fiction rejoint la réalité, le romancier remet les pendules à l’heure en invitant les porteurs d’une parole, surtout si elle se veut publique, à une recherche sémantique rigoureuse à condition de dépasser les points de Goodwin.

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Commentaires

Le problème de certaines théories du complot est que ce n'est pas le bons sens qui est annihilé, mais les lois de la physique et de la chimie.

Écrit par : Charles | jeudi, 20 août 2015

Merci Charles pour votre éclaircissement sur les théoriciens du complot à-tout-va! On continuera à distinguer les vrais des faux téoriciens ... Le ton d'Umberto Eco donne dans l'humour, les clins d'oeil aux références culturelles foisonnantes et parfois cachées, les réflexes dénoncés comme tics ou sorties du sujet. Le téléscopage entre fiction et réalité, faits et parodie, le sensé et l'insensé renforce cette distinction entre une information qui cherche juste à faire sensation au mépris de la recherche des preuves et celle qui dérange, tuée dans l'oeuf, en entraînant une confusion féroce et durable entre le vrai et le faux, qui conditionne le lecteur.

La lecture du roman est comme à l'accoutumée agréable, pleine de suspens, intéressante à tous points de vue (sociologiques, politiques, épistémologiques, juridiques, esthétiques).

Écrit par : Micheline P. | vendredi, 21 août 2015

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