vendredi, 12 février 2016

Quand l'ognon n'est pas le seul à faire pleurer ... Réforme de l'ortografe : et puis, quoi encore?

 

Ognon, nénufar, s’entrainer, maitresse, cout, paraitre, weekend, millepattes, portemonnaie, des après-midis … L’onde de choc provoquée à l’annonce de la réforme de l’orthographe ne tarira pas. Quelque 24000 mots sont visés par le changement. Considérées jusqu’ici comme des recommandations, les propositions faites en 1990 s’habilleront d’un nouveau statut, avec une force contraignante. Les nouvelles règles s’appliqueront, et ce dès la rentrée prochaine.

reforme-orthographe-francaise-accent-circonflexe-5.jpgDans le délire de simplification, jointe au « principe » de rationalisation et d’efficacité, le ph prendra la forme de f, en faisant fi de l’histoire étymologique et de la culture grecque ressuscitée à la Renaissance après une longue léthargie, juste avant la codification de la langue française, au XVIIe, les accents circonflexes disparaîtront au profit de la simple lettre chapeautée ainsi sauf en cas de modification de sens (mur et mûr ou jeune et jeûne, qu’il fût et il fut, par exemple), les traits d’unions en voie de disparition par le poids de l’usage ne seront plus obligatoires : sans sombrer dans une nostalgie stupide (souvent prise en prétexte pour évincer les sigles), souvenons-nous tout de même que le circonflexe remplaça en français le s avant consonne là où il apparaissait dans d'autres langues romanes : forêt pour forest, pâte au lieu de pasta.

Est-ce qu’elle concerne toute la francophonie ? À cette question ubuesque, nul ne répond clairement. On assiste à une bataille rangée entre les conservateurs et les révolutionnaires de l’orthographe digne de celle des Anciens et des Modernes autour d’Hernani.

Faire coexister deux états de langue constitue un problème de taille … Appréhender le sens d’un discours passe évidemment par l’étude de la grammaire. À une époque où des employeurs sanctionnent des candidats maîtrisant mal la langue et parfois lorsqu’ils la manient si bien qu’ils sont considérés comme pédants, où se trouvera le curseur ?

Heureusement, il y en a qui en rient déjà au lendemain de cette annonce ...

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Commentaires

Vous auriez pu citer aussi "un homme mur ou une femme mure" ...

Pour les habitants d'un certain canton, cette réforme - malheureuse - de l'orthographe pourrait simplifier : les vaudois parlent de "pero" et les genevois de "poireaux" ...

Je vais me faire détester ... peu importe :-))))

Écrit par : Marie | vendredi, 12 février 2016

Merci, Marie, pour votre post. Vous avez bien raison de mentionner la difficulté du positionnement de la Suisse romande ... on ne peut qu'être que déçu en bien !!!

Pour l'heure, même la direction des écoles n'a pas rendu sa décision pour l'édition des manuels scolaires prévus pour la rentrée prochaine.

Aujourd'hui même, l'Académie française exprime son étonnement face à cette soi-disant réforme à laquelle elle n'a pas été conviée. Elle la réfute.

Apprendre la langue française comme des illettrés n'est pas du goût de tout le monde visiblement.

Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe, dénonce aussi l’esprit de cette réforme bien qu'il ne soit pas totalement hostile à un toilettage de certaines chinoiseries.

Voici l'interview à laquelle il s'est adonné de répondre :

"Vous souvenez-vous du contexte, dans les années 90, quand cette « réforme » de l’orthographe a été pensée ?

« Bien sûr ! J’ai vécu ça de très très près à l’époque. C’était une période agitée. En pleine guerre d’Irak, on s’intéressait presque autant à ce qu’on appelait La Guerre du Nénufar . »

Êtes-vous surpris que cette réforme soit remise au goût du jour, après 26 ans d’oubli ?

« À l’époque, il y a eu tellement de protestations qu’on avait décidé de soumettre la réforme à l’épreuve du temps. Mais en réalité, la société n’a rien fait avec ça. On ne rencontre la nouvelle orthographe nulle part, ni dans les journaux, ni dans la vie courante… Je suis donc un peu surpris de voir se rallumer ça, telle une rechute, 26 ans après. »

Vous y êtes plutôt opposé.

« Je ne suis pas complètement objectif en tant que compétiteur ! Depuis 30 ans, les difficultés de la langue font le sel de ma vie. Si on me l’enlève, ça va me paraître fade. Mais j’ai aussi été enseignant. Et ce qui me gêne surtout, c’est l’esprit de la réforme. Pour lutter contre la débâcle orthographique actuelle, on préfère supprimer les difficultés, plutôt que de revoir l’enseignement. On pousse la poussière sous le tapis ! C’est un peu comme si on disait : 2 + 2 font 4, c’est trop difficile, alors on va dire que ça fait 3. C’est un mauvais signal envoyé aux élèves. Je suis aussi pour une pédagogie attrayante, on peut se marrer même en orthographe, mais il faut arrêter de faire croire qu’on peut maîtriser sans apprendre. Il faut réapprendre l’effort. Et cela dépasse, de beaucoup, l’orthographe. »

D’un autre côté, la langue n’est-elle pas vivante ? Et faite pour évoluer ?

« Oui, la langue évolue qu’on le veuille ou non. L’orthographe, ce n’est pas une église non plus. Je ne suis pas hostile à l’idée d’un toilettage. Mais là, le problème, c’est que c’est massif. C’est plus de 2 000 mots. Jamais une réforme comme ça n’est passée. On va avoir une grande période de transition, pénible à vivre, avec plusieurs orthographes possibles. L’orthographe, c’est la graphie correcte. Si on autorise quatre manières différentes, il n’y a plus d’orthographe. »

Certaines choses trouvent-elles grâce à vos yeux ?

« Oui, pouvoir écrire ballotage, cela évitera toutes les erreurs au lendemain des élections. Revoir les conjugaisons des verbes en « eter » et « eler », dans l’ensemble, ce n’est pas idiot. »

Êtes-vous étonné, rassuré, des vifs débats autour de ces questions ?

« Il y a un rapport assez charnel entre le Français et sa langue. C’est une réaction de rejet qui paraît humaine. Les gens acceptent les erreurs de la langue comme un mal nécessaire. Le mot n’a pas qu’une fonction pratique. Certaines personnes disent : en écrivant voûte, je la voyais grâce à l’accent. »

Est-ce que vous pensez que la réforme va être appliquée et va marcher ?

« Je sais que, pour certains réformateurs, c’est un ballon d’essai, avant de s’attaquer aux accords de participe passé, par exemple. Certains croient qu’une orthographe phonétique supprimerait les problèmes d’orthographe. Moi je pense que ça ne marcherait pas. Les élèves ajouteraient des lettres, des « s » là où il ne faut pas. Le problème, c’est un manque d’attention. »"

Écrit par : Micheline P. | samedi, 13 février 2016

Un scandale de plus qui illustre l'inculture en train d'engouffrer notre civilisation (j'en rajoute peut-être un peu, mais j'exprime un sentiment profond):
Une entreprise de l'importance de "ppc cablecom" nous assène depuis plusieurs mois des monstruosités telles que "effacer tous cette saison" dans ses instructions pour enregistrer des émissions ou les effacer.
On se moquait autrefois des traductions venues d'Outre-Sarine et faites à la hâte par certains de nos compatriotes, en particulier des modes d'emploi.
Qu'elles apparaissent aujourd'hui quotidiennement sur nos téléviseurs, originaires non pas de Suisse alémanique probablement, mais de quelque centre anglo-saxon, montre que pour ceux qui font du business nous ne sommes plus des personnes qui méritent respect, mais seulement des consommateurs qui rapportent de l'argent.

Écrit par : Mère-Grand | samedi, 13 février 2016

J'approuve Bruno Dewaele. Ce sont les difficultés de la langue française qui en font la beauté.

Écrit par : Kissa | samedi, 13 février 2016

@ Mère-Grand : Plaisir de vous lire ! Oui, il s'agit bien d'un vulgarité crasse qui prend le dessus dans ce genre de rectifications aussi absurdes que honteuses :
Mépris des locuteurs qui respectent les conventions grammaticales et sociales, mépris de l'autre en l'invitant à parler "p'tit nègre", valorisation de la loi du moindre effort, ignorance entretenue de l'histoire des mots et des décisions politiques à chaque stade de leur codification, indifférence à l'opinion de l'Académie française (qui n'a même pas été consultée sur la question, selon Mme d'Encausse), voire déni du sens dans certains cas, etc. On traite les gens comme des c... !

@kissa : ravie de vous retrouver ... le commentaire ci-dessus adressé à Mère-Grand vaut aussi pour votre judicieuse remarque. Vouloir à tout prix contourner les difficultés de la langue en décidant d'une simplification tout aussi arbitraire que moche, c'est faire fi de ce qui fait son charme, sa raison d'être par rapport à d'autres langues, de l'élégance qui se perd chaque jour dans les moeurs comme dirait Pivot.

Bonne Saint-Valentin à tous !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : Micheline P. | dimanche, 14 février 2016

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