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Une tapisserie à Aubusson dévoile un paysage suisse

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Le temps des vacances avance à grands pas et la destination est à creuser sérieusement pour le bien-être, le patrimoine culturel, et l’art culinaire. La quintessence de ces lieux pittoresques retranscrite par l’écrivain Pierre Michon, auteur de Vies minuscules se vit à chaque minute.

Aubusson (4).pngAubusson, nichée dans cette contrée fantasmagorique, rime avec ces qualités. 10 ans que la Cité internationale de la tapisserie jouit de la prestigieuse reconnaissance de l’UNESCO pour son patrimoine culturel immatériel de l’Humanité amplement méritée ! Un joyau de savoir-faire incontournable dont l’essor économique n’a cessé de suivre une courbe ascendante depuis presque 5 siècles comme l’atteste la 5e tombée de métier  de la tenture Tolkien (sur 13) en présence, des édiles régionales et - en tout bien tout honneur - de l’ambassadeur du Royaume-Uni en France, Lord Llewellyn, qui s’est évertué à couper les premiers fils. Car le point de départ de la tenture Tolkien rassemble les aquarelles et dessins originaux du célèbre auteur de langue anglophone, préservés à la Bodleian Library d’Oxford. À cela s’ajoute un fait unique : le dessein de tisser des œuvres graphiques de J.R.R. Tolkien bénéficie d’une iconographie elle-même produite par les récits littéraires accouchant de tentures narratives.

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La réputation de la Creuse en « terre du Milieu » s’en trouve renforcée par le haut taux de fréquentation de cet établissement inédit de renommée mondiale et des programmes de formation ou d’apprentissage des jeunes générations. Historiquement, la manufacture des Gobelins à Paris servait plutôt la royauté alors qu’Aubusson était surtout liée aux commandes privées inspirées grandement de la tradition des Flandres.

Le déroulement de la tapisserie de 10 mètres carrés, Rivendell, constitue un moment d’émotion et de fierté pour la famille Tolkien, représentée pour l’occasion essentiellement par la belle-fille de l’écrivain, visiblement touchée par les résultats de l’aventure. Quand on imagine les 2000 heures de travail pour la première ligne tissée en en janvier 2018, on comprend facilement combien est minutieux et laborieux chaque motif des ces belles tapisseries qu’on observe à différents endroits.

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Aubusson (10).pngL’entièreté de l’œuvre illustrera les aquarelles peintes par John Ronald Reuel Tolkiem même dans le Seigneur des Anneaux où il décrit Rivendell en s’inspirant de la vallée de Lauterbrunnen, dans l’Oberland bernois, qu’il avait découvert, émerveillé, durant un séjour en 1911. Une jolie anecdote vient corroborer la magie des visions picturales de l’auteur qui remonte à un souvenir d’enfance : haut comme trois pommes, il craignait l’anéantissement de son père durant la nuit à l’instar de chronos avalant les siens alors celui-ci travaillait beaucoup surtout aux heures où la plupart dorment, il se vit verser une larme devant le spectacle de son père en train de peindre et au lieu de le gronder, l' auteur intégra la larme de son fils dans son dessin.

La vallée des elfes représentée sur 10 m2 à la Cité de la tapisserie d’Aubusson réjouit son directeur, Emmanuel Gérard, pour qui une tenture grand public manquait ; quant au sujet illustré, les livres de JRR Tolkien sont connus par 25 et 3 millions de personnes et le film réalisé par le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson a été visionné par près de 300 millions amoureux du 7e art, ce qui tend à asseoir l’intérêt de ce beau territoire facile d’accès d’où que l’on provienne.

Aubusson (11).pngL’opération rendue possible par un cofinancement public/privé s’élevant à 1 million d’euros est attendue pour 2022 ; elle comprendra 13 tapisseries de même gabarit et … un tapis. Et à chaque tombée de métier, c’est un miracle qui laisse place à la fête !

Le parcours muséographique de la Cité internationale de la tapisserie ne s’arrête pas là. Pas de tissage sans carton … pour lequel a été fondé un musée-atelier par Madame Chantal Chirac, antiquaire et restauratrice. Sa vocation est la divulgation des étapes du métier de lissier en partant de l’objet qui sert de modèle, à l’instar du patron pour la couture. Agencé sous les fils de chaîne des métiers de lissier, le carton apparaît sous forme d’une peinture à l’huile sur toile ou une gouache sur papier dont la valeur culturelle appartient de plain pied au patrimoine. Une collection d’œuvres détonantes contribuant à ce que la tapisserie est admise comme art décoratif majeur attend le visiteur tout le long de l’année dans une ambiance feutrée.

Aubusson (5).pngÀ deux enjambées de là, une restauration aux Maisons du pont, au fil de l’eau, terminera l’exploration. Un hébergement insolite à l’Hôtel Le France construit avec les pierres réunies suite à la démolition du château d’Aubusson sur ordonnance royale rebâti en une maquette à contempler dans une salle somptueuse peuplera vos nuitées.

Chemin faisant, un détour s'impose à la baroque abbaye de Moutier d'Ahun, où le mirifique long métrage Tous les matins du monde d'Alain Corneau mettant en scène les monstres sacrés - Gérard Depardieu et feu son fils, Jean-Pierre Marielle - a été tourné ravira les pupilles.

Mais avant de quitter le territoire creusois, il est impératif de se perdre encore dans son tapis verdoyant et luxuriant. Le médecin et éthicien Axel Kahn y invite en ces termes : "Le marcheur a toute latitude pour jouir de ces perspectives, de leur harmonie et de leur paix, rien ne vient le distraire dans ses observations ou ses méditations, l’espace est, sorti des rares villes peu peuplées, essentiellement désert et silencieux, Aubusson (12).pngdu moins en ce qui concerne les bruits liés à l’activité humaine car les oiseaux peuvent, eux, s’en donner à coeur joie." Le badaud s'achemine en quelques heures tout naturellement vers un gîte du Domaine de la Jarrige dont le souvenir imprégnant le suivra longtemps. Datant du 17e s., le Domaine de la Jarrige renferme notamment un ensemble de bucoliques dépendances transformées en 4 chambres d’hôtes – Eclat du Rêve, Tilleul, Secret de Jardin, Suite de l’Aire de Rien (éponyme du SPA adjacent) – accosté d’une belle piscine chauffée de juillet en octobre entourée d’un jardin somptueux, ce à 4 heures de Paris, de Lyon, de Bordeaux ou de Toulouse ; la salle à manger commune animée d’une cheminée et son four à pain accueille le randonneur dans une atmosphère conviviale. Idéal pour se ressourcer, se reposer, lire, flâner, aimer, rêvasser !

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Nota Bene. Prochainement, une exposition estivale à Aubusson sous l’égide de la Cité internationale de la tapisserie et la Fondation Toms Pauli de Lausanne dans l’annexe, l’ ancien musée : Le Mur et l’Espace – 28 juin-6 octobre 2019 – retrace l’histoire du « séisme » engendré par les Biennales de Lausanne dans la création textile et en tapisserie dans les années 1962-69 durant lequel les règles d’usages ainsi que les concepts fondamentaux furent remis en cause de fond en comble par les Biennales de la tapisserie de Lausanne au point de métamorphoser le sismographe en pur séisme.

Renseignements pratiques : www.tourisme-creuse.com

Micheline Pace

 

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