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mercredi, 26 mai 2010

Mécanismes du chômage endémique

 

chômage3.jpgQuoique la bataille des chiffres (par exemple, ici) concernant le taux du chômage à Genève, le plus haut de Suisse, fasse rage, la réalité qu'elle recouvre est d'autant plus dramatique. Des mesures incitatives, vite devenues coercitives, se sont succédé pour finir par brouiller les "lois" du marché dont la finalité a été de créer une société à plusieurs vitesses, où des personnes employées à un même travail ne perçoivent pas le même revenu, ce en toute légalité ... Parallèlement, des employeurs ont droit de licencier pour engager des personnes proposées à bas prix par ce biais. Le statut social du chômeur prime sur la valeur du travail; le recruteur potentiel, familier des analyses statistiques interviewent les candidats en leur demandant ce qu'ils gagnent pour ensuite leur faire une pseudo-proposition d'égale valeur monétaire.

 

La disparité des salaires, déjà scandaleuse au vu de l’absence de justifications objectives, tendrait à s’accentuer en même temps que les conditions de travail se détériorent.  L'organisation de l'esclavage sous l'Emprie romain n'est pas loin ... 

 

Dans une société si peu solidaire, indifférente aux vraies valeurs, dont  l'insignifiance des slogans qui président aux décisions les plus graves ne choquent plus, la question des injustices sociales effectives - engendrées par des dispositions et non par le hasard - est posée avec une certaine acuïté avec les Emplois de Solidarité, en vigueur depuis le 1er février 2008.

 

Présentés comme de véritables postes à durée indéterminée (CDI), les EdS sont créés par des organisations sans but lucratif mais actives économiquement dans le sens qu’ils répondent à des besoins, ce dans les domaines des services à lachômdu.jpg personne, le sport et la culture, le développement durable. Comment ils fonctionnent en réalité ? C’est aux questions que se posent les citoyens genevois que M.  Patrick Schmied, directeur général de l’OCE, et M. Eric Etienne, responsable du service des EdS ont accepté de répondre avec clarté et généreusement. Qu'ils soient remerciés pour ces précisions techniques!

 

 

(I) (1) À qui s’adressent les fameux EdS, créés dans le cadre de la loi cantonale en matière de chômage?

 

Patrick Schmied, Directeur général de l’Office cantonal de l’emploi : ce sont des mesures de placement concernant des demandeurs d’emploi ayant épuisé tous leurs droits aux indemnités de chômage et dont les chances d’insertion sur le marché ordinaire du travail sont réduites. La reconnaissance législative du marché « complémentaire » de l’emploi permet, d’une part, à un tissu associatif genevois très actif de bénéficier de compétences qu’ils ne peuvent pas payer normalement, d’autre part, à des chômeurs de longue durée de se réinsérer durablement. L’OCE se charge des salaires des EdS pour une grande partie. Les niches considérées généralement comme peu rentables se trouvent dans les domaines de l’aide à la personne. Par exemple, la petite enfance ou les personnes âgées regorgent de besoins que les seuls services publics ne peuvent recouvrir ; le manque cruel des places de crèche a fait que nous avons développé deux projets pour la garde d’enfants, avec une pré-formation à la clé. Les EMS font aussi appel à cette mesure pour subvenir à leurs besoins en personnel.

 

(2) Les EdS nourrissent donc une vocation sociale autant qu’économique ?

 

P. S. : Oui, clairement. Ils permettent à la fois de soutenir les activités des organisations d’utilité publique, sans but lucratif (associations, fondations, coopératives, ONG) et d’insérer professionnellement les personnes les plus défavorisées dans un marché de l’emploi grâce à un poste réel à durée indéterminée.

 

À cause de cette double vocation, ils sont peu réglementés, sauf qu’un jeune, primo-demandeur, n’y a pas droit quand bien même il se retrouverait chômeur en fin de droit.

Au préalable, les EdS sont destinés aux personnes de plus de cinquante ans, dont on sait l’impossibilité de retrouver un vrai emploi dans le premier marché de l’emploi ainsi qu’aux personnes susceptibles d’une perte de lien social car ils leur permettent de maintenir un réseau indispensable à une insertion sociale réussie. C’est le but final des EdS. Aussi, il n’y a rien de dégradant dans ces occupations puisque le travail fourni est payé.

 

(3) Comment se fait le financement des EdS ?

 

P. S. : Le chômage structurel, l’Etat de Genève a voulu le combattre en cessant les emplois temporaires cantonaux (ETC) et en créant les emplois de solidarité (EdS), dont le projet a été approuvé par vote populaire. Le budget alloué reste inchangé : les 100 millions affectés pour les ETC sont désormais utilisés tels quels pour les EdS. L’Etat prend en charge une large majorité des salaires versés mais les entreprises bénéficiaires participent également selon leurs ressources au poste ainsi créé. Précisons que les 2/3 des personnes recrutées dans un EdS gagnent plus que lors de leurs indemnités chômage. Tout le monde est donc gagnant.

 

 

 

(II) (1) Comment fonctionnent ces EdS ?

 

Eric Etienne, responsable du service des Emplois de Solidarité : Une fois que le demandeur d’emploi a épuisé ses indemnités de chômage, c’est son conseiller en placement qui contacte le service des EdS pour voir si une opportunité peut lui être offerte. L’appréciation de la situation nous revient : nous étudions les possibilités de ce tiers secteur et le profil des candidats. À l’heure actuellement, 400 personnes en fin de droits ont pu bénéficier de cette mesure pour 600 « postes acquis » dans près de 50 organisations à but non lucratif.

 

(2) Qui sont ces employeurs intéressés par la création d’un EdS qui vous contactent ?

 

E.E. : Ce sont essentiellement des entreprises à caractère social et solidaire qui engagent les ayants droits, telles que Caritas, Partage, le Centre social Protestant, Réalise, Orangerie, etc. Une particularité de taille est à souligner : contrairement aux ETC, le fait d’être ou non subventionné par les services publics ne constitue pas un critère pour pouvoir créer ces postes ! Parallèlement, certaines structures qui fonctionnaient grâce au roulement des ETC ne se proposent pas automatiquement pour la création d’EdS. Ipso facto, 56% des organismes intéressés emploient de 1 à 3 collaborateur (s). Il faut souligner que l’avantage des EdS, c’est qu’ils ne sont pas soumis à une durée déterminée et qu’ils répondent durablement à la problématique du chômage structurel dont notre société souffre de manière endémique.

 

(3) Considérez-vous que les EdS sont finalement une réussite pour endiguer le fléau du chômage de longue durée, ce après l’échec des mesures successives mises en place (ETC, ARE, etc.) ?

 

E. E. : Ils offrent en effet les meilleures perspectives d’insertion socio-économique. Il y a foule de niches non rentables a priori qui ne demandent qu’à être explorées et exploitées! Les besoins, variés, correspondent aussi à la variété des profils disponibles. Des personnes sans formation peuvent trouver ainsi un véritable emploi : pus de 60% des bénéficiaires d’EdS ne disposent en effet d’aucun certificat fédéral de capacité ou de titre équivalent ! De plus, les 2/3 des personnes placées gagnent sensiblement plus que leur dernier revenu touché au chômage. Enfin, les 55 ans et plus peuvent retravailler jusqu’à leur retraite ; c’est tout de même plus valorisant que de devoir rester à l’assistance publique. Ajoutons à ces données que si le revenu perçu dans le cadre des EdS est insuffisant, notre service a la charge de calculer et octroie une allocation complémentaire au dudit revenu.

  

 

Vos avis et témoignages directs ou indirects sont les bienvenus !

 

 

 

14:21 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : chômage, genève, eds | |  Facebook