dimanche, 27 juillet 2014

Nouveau millésime de mots

 

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Les vacances aident à la flânerie mais sonnent aussi le moment de la sortie des nouveaux dictionnaires. Si les mots ne sont pas de ce monde, ils reflètent pourtant un changement de vision. L’usage seul, donc le temps qui passe, décide de nouvelles appellations. Cette année ne fait pas exception : de nouvelles réalités sont exprimées, reconnues, répertoriées, codifiées. Incontestablement, l'homme se distingue des autres créatures par son pouvoir de nommer ce qui l'entoure.

Les nouveaux mots suivent les technologies, l’économie, les sciences, le politique parfois (bien que c’est le plus souvent l’inverse qui advient, heureusement, et il faut espérer que certains contenus sémantiques de certains événements l’emportent sur leur instrumentalisation entraînant une re-qualification selon les intérêts immédiats).

Le « selfie » - autoportrait numérique publié sur les réseaux sociaux - fait désormais son apparition dans le dico. Obama aurait-il lancé une mode en se faisant prendre en photo avec une première ministre scandinave (laissant entrevoir le mécontentement de son épouse) en décembre 2013 lors de la cérémonie d’adieu à Mandela ? L’urgence a certainement scellé le destin du mot … Les derniers rebondissements dans les affaires d’espionnage – Edward Snowden était un hacker que les autorités américaines ont voulu engager pour ces compétences - donnent « Cyberattaque » alors que cybercriminalité est déjà bien implanté. L’introduction de l’e-cigarette dans les mœurs il y a près de trois ans consacre le terme de « vapoter ». Après le baba et le bobo, est enfin consacré, ce en toute bonne logique le « hipster » qui désignait les amateurs de jazz dans les années ’50 et qui aujourd’hui prend sa revanche en labellisant le jeune citadin (new-yorkais en particulier) dont le style vestimentaire est empreint de second degré et à contrecourant : casquette, grosses lunettes et … barbe hirsute. « Hystériser » (qui n’est pas sans rappeler psychoter du millésime écoulé) se voit consacré pour avoir été utilisé par Harlem Désir ou François Barouin dans l’affaire de Leonarda et de son irrésistible retour. « Triper » - prendre son pied, s’éclater – accompagne enfin kifer. Pour une histoire rocambolesque, celle-ci en est une qui porte bien son nom : « capillotracté » - amené d’une manière forcée et sans raison évidente - entre dans la danse ! L’heure de la vengeance a sonné pour les « éco-responsables » qui mettent en garde contre l’ « obsolescence programmée » de certains produits de consommation dont la durée de vie ou d'utilisation est limitée dès leur conception afin d’amener les utilisateurs à les remplacer plus fréquemment sous couvert de dynamisme économique (imprimantes, ampoules, i-phones, etc.). Un mouvement d’actualité cherchant à défendre les droits des hommes jusque là réservés dans la société principalement aux femmes, comme par exemple, la garde des enfants accouche du mot « masculinisme ». Les Femen entrent dans la danse. Les associations de « Ansar Al-Charia » et de « Boko Haram » recouvriront également une description dans cette nouvelle édition. 

Ce bref aperçu du nouveau cru de mots rappelle que les mots ont une vie propre comme dirait George Orwell, inventeur du terme "novlangue" et que s'interroger sur sur le sens des mots contribue à lutter contre le faux langage, contre la folie du monde. Encore faut-il appeler un chat, un chat. Les insultes et le politiquement correct en viennent à se mêler au point de faire dire à Mélanchon, en parlant du Président Hollande, qu'il n'est qu'un capitaine de pédalo.

 

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Micheline PACE

(référencé in Tribune de Genève du 28 juillet 2014, p.18)

lundi, 02 avril 2012

Le romand dans la Francophonie

 

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La langue française n’est pas une mais plurielle. Comme toute langue, elle est aussi un phénomène social global, tout à la fois identitaire, économique, politique et linguistique. Mais de quel français parle-t-on?

À l’instar des rapports de force ou d’échange sur pied d’égalité entre les différentes langues, les nombreuses variantes observées chez les locuteurs francophones d’ici ou là doivent être respectées, sauvegardées, valorisées en tant que telles car les diversités sont de fait complémentaires plutôt que contradictoires, participant de valeurs à portée universelle telles que la démocratie, la liberté d’expression, le droit des minorités, la diversité comme richesse.

Par conséquent, le français doit être défendu comme un tout et de manière générale, ce en tenant compte tout particulièrement des spécificités irréductibles de toutes ses différences. En exemple, les deux acceptions du terme « les gosses » - que l’on se trouve sous nos latitudes ou au Québec …

La Francophonie n’a jamais cessé d’évoluer. Associer la défense du français exercé dans les différentes cultures à la promotion du plurilinguisme fait partie assurément de ses missions cardinales. Bientôt, nous reviendrons sur la place du romand dans ce contexte!

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lundi, 15 août 2011

Anglicismes, etc.

 

« Les anglicismes ne constituent pas un fléau. Une telle considération ne découle que d’un postulat idéologique arrêté! » Vraiment ? Il faut avoir les oreilles bouchées pour ne pas être choqué de ce qu’on entend ci et là et de l’acharnement dont font preuve certains publicistes ou experts en tous genres pour être dans le vent.

Bon nombre d’anglicismes sont passés comme lettres à la poste, certes ! Le dico en assimile chaque année. Mais ce constat suffit-il à en utiliser à tire-larigot, et souvent à mauvais escient, au lieu de prendre en référence l’équivalent français lorsqu’il existe ?

 

Une petite blague dans l’air du temps vient illustrer la question (inspirée du Cahier du Club de la Grammaire N° 146):

Un beau matin, un gamin demande à son père :

-     Les abeilles, les fleurs, les choux, la petite graine … Tout cela est bien passé, soyons modernes ! Papa, dis-moi, comment je suis né ?

-     Très bien, mon fils, il fallait que l’on en parle un jour ! Voici donc ce qu’il faut que tu saches :

Papa et Maman se sont « copiés/collés » dans un Chat sur MNS. Papa a fixé un rancard via e-mail à Maman et ils se sont retrouvés dans les toilettes d’un cybercafé. Après, Maman a fait quelques Downloads du Memory stick de Papa. Lorsqu’il fut prêt pour le téléchargement, nous avons découvert que nous n’avions pas mis de Firewall. Comme il était trop tard pour faire Delete, neuf mois plus tard, le satané virus apparaissait … 

 

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 Micheline PACE

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jeudi, 16 juin 2011

Des nouveaux mots ... (I)

 

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De nouveaux mots entrent dans la danse comme chaque année ! Fidèle à sa tradition –référence au langage « d’jeun’s » - le Petit Robert met à l’honneur les mots les plus utilisés, qui acquièrent leurs lettres de noblesse en entrant dans le dico.

Pour en découvrir quelques-uns, voici un petit quiz …

http://www.milanpresse.com/quiz1jour1actu/201023/

 

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mercredi, 31 mars 2010

Le franglish, couple infernal ou fusion parfaite?

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Pendant des siècles, nombre de mots français ont envahi la langue de Shakespear dont les marques sont autant visibles que lisibles. De son côté, la langue française s’est constituée au 17e siècle sur le modèle de l’italien, langue qui avait une longueur d’avance de 4 siècles, pour assimiler au final près de 40% de vocables provenant de cette origine.

 

Il en va ainsi de l’évolution des langues naturelles. Jamais figées, ne découlant pas de normes rationnelles (comme si c’était possible, vu que tout code est une règle arrêtée « arbitrairement » à un moment donné où il devient impératif de trancher !), elles naviguent au-delà des frontières, empruntant ci et là tel concept ou tel terme désignant une chose n’existant pas forcément dans sa culture.

 

Si l’anglais s’est fortement inspiré du français, force est de constater que le balancier est reparti en sens inverse dans notre monde moderne. On peut ainsi trouver fun un meeting one to one. Un turnover permet à chacun de checker les tâches à effectuer tout en squeezant afin de ne pas être trop débordé par ses collègues. Dans ces conditions, il n’est pas impossible d’intuiter ce qui sera forwardé ou awardé. Enfin, que l’on en vienne à préférer les soirées afterwork au working breakfast habituel surtout si elles offrent 2 drinks pour le prix d’1 paraît naturel car on peut y raconter sa life de manière cool.

 

Différents registres (professionnel, économique, sportif, politique) ont pu pénétrer notre langage quotidien. Ce n’est pas hard à trouver … Ainsi day off ou friday look ne choquent plus l’entendement en contexte francophone. Dans cet esprit, qu’un pays soit blacklisté ne dérange personne non plus.

 

Serait-ce la rencontre Sarkozy-Obama à dicter cette envie ? De ces go-betweens, le Secrétariat d'Etat à la Francophonie aimerait bien se débarrasser autant faire se peut. Pour cela, il a lancé un appel à « trouver des traductions innovantes à 5 anglicismes » qu’étrangement la Commission générale de terminologie et de néologie considère ternes ... What a joke ! La blague ! Pas étonnant qu'on ne sache pas s'il faut parler cash ou non ...

 

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vendredi, 15 mai 2009

Le langage érotique en francophonie

eros2.jpgLes printanières amours appellent le sujet. Beaucoup de choses essentielles se passent sous la couette par les temps qui courent, qu'il vente ou qu'il pleuve.

 

Force est de constater que tous les pays francophones ne parlent pas le même langage. Bien plus : les termes et expressions érotiques varient, fort heureusement, d’un pays à l’autre, selon la couleur locale. Quelles que soient nos positions politiques quant l’évolution de la langue, rien ne nous empêche d’apprécier ces subtilités consacrées à la plus vieille activité humaine, l’érotique, évidemment. Les connaître peut vous éviter quelques vices de formes ou impairs diplomatiques en voyage.

 

Disons-le tout de go : la palme des locutions onanistes parmi les plus corsées revient sans aucun doute aux Québécois et aux Africains.

 

La plupart de ces expressions sont franchement caractérisées par un trait d’humour.

 

Qu’on ne s’y méprenne : se faire crémer le gâteau au Québec ne relève pas du registre culinaire mais dénote simplement le fait d’avoir des rapports sexuels. Si la Dame s’exclame que l’Armée rouge a débarqué, c’est qu’elle a ses règles.

 

D’autres s’avèrent être des faux amis dont il faut se méfier comme dans la vie.

Ainsi, ne doit-on pas être choqué d’entendre un enfant demander à la négociante de Montréal un suçon, qui n’est autre qu’une sucrerie, tandis qu’au Québec, le mot sucette désigne … le suçon. Mais lorsque vous rencontrez un Canadien, évitez de lui demander comment vont ses gosses (ses testicules) à moins que ce soit votre intention. De même, demander à un Congolais comment se porte son «ambassadeur» constituerait indéniablement une erreur diplomatique.

 

Une nichonville sénégalaise n’a rien à voir avec ce qu’on imagine sous nos latitudes ; c’est une habitation construite en gonflant un énorme ballon de caoutchouc et en coulant ensuite du ciment dessus. Toujours au Sénégal, le bazooka se réfère au sexe masculin quand il n’indique pas une arme. En outre, une pétasse au Burkina Faso n’est pas ce que nous appelons ici.

 

Or, certaines expressions peuvent se montrer moins limpides : faire le bord le bord de mer signifie au Gabon se prostituer. Elle a peur de prendre sa douche sans se mouiller les pieds se dit d’une femme à la poitrine généreuse, au Québec.

 

Une poupoune ou pitoune évoque chez les Québécois, au même titre qu’une moulée pour les Ivoiriens, une femme plantureuse.eros4.jpg

 

Rassurez-vous, la Suisse n‘est pas en rade : au cas où une réceptionniste d’hôtel vous demande, sourire aux lèvres : « Vous avez bien joui ? », il faut impérativement comprendre avez-vous bien dormi ?, que vous ayez passé la nuit seul ou accompagné.

 

Cet exemple helvétique nous amène à passer naturellement ou logiquement (comme vous voulez) à l’expression des sentiments ; à la fin d’une soirée, vous direz peut-être à la Dame :"Je suis dans le trèfle par-dessus la tête." À quoi, elle peut répondre si elle est en bonne disposition à votre égard : « Je t’aime à la folie comme une puce à l’agonie »

 

À trop vouloir déflorer le thème, on risque de donner l’air de le prendre par-dessus la jambe. Que nenni! Un dico entier livre près de 750 vocables du sexe dans la francophonie du philologue belge Georges Lebouc se trouve sur le marché, Dictionnaire érotique de la francophonie ». Bonne méditation!

20:26 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : langue, français, érotisme, locutions, néologismes, francophonie | |  Facebook

lundi, 11 mai 2009

Langues nationales et esprit hélvetique

« Le mot le plus sournois de la langue française est déclaration.
Comment peut-il servir à la fois pour la guerre, les impôts et l’amour ? »

(Patrick Sébastien)


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Notre pays est un laboratoire pour tous les psycho ou socio-linguistes du monde. Par ci, par là, on se demande comment des régions si différentes, tant par leurs traditions, leur histoire et les langues officielles qui y sont pratiquées.

L’usage veut qu’on considère comme une richesse tant culturelle que cultuelle ; d’un point de vue pédagogique, on y voit le gage d’une plus grande facilitation dans l’apprentissage d’une langue étrangère ; côté politique, on présume une possibilité d s’entendre et de vivre ensemble malgré ces énormes dissimilitudes.

Soit. Mais qu’en est-il du vécu de ses habitants ?

C’est un fait : la croyance qu’un seul véhicule linguistique permet de se faire comprendre est non seulement illusoire, voire mensongère, mais elle est aussi suicidaire pour toute communauté humaine. Imposer le globish comme on le fait dans moult entreprises est une ineptie quand la grande majorité des collaborateurs sont, par exemple, francophones.

Or, l’ironie de l’histoire nous montre que lorsqu’un Suisse allemand, un Romand, un Tessinois, à tout hasard, se rencontrent, ils ne savent pas toujours quelle langue parler ensemble : la loi du nombre entre les représentants de régions linguistiques l’emporterait-elle ou décidons-nous d’utiliser une langue tout autre, telle que l’anglais ?

Heureusement, la règle fédérale prescrit que chacun s’exprime dans sa langue, entendu que l’autre comprenne au moins une autre langue nationale que la sienne (art.4 et 70 de la Constitution fédérale du 1er janvier 2000).

langues nat..pngEntre états autonomes, paritaires en droits, liés par un pacte fédéral et fédérateur, la question ne découle pas d’un problème causé par une éventuelle concurrence où le rapport de force prévaut.

Si on a toutes les raisons du monde d’être fiers de notre pays à l’apparence paisible où il n’existe pas de conflits sociaux ou ethniques, on peut aussi l’être de ses décisions de privilégier l’apprentissage d’un idiome national avant une autre langue vernaculaire, telle qu l’anglais. Pour rappel, en juin 2007, 112 voix contre 56, grâce à un soutien franc de l’UDC, ont opté la disposition donnant la priorité à l’enseignement d’une deuxième langue officielle dans nos cantons. Dans une république confédérale de 26 états souverains, où chacun peut exprimer sa Weltanschauung, c’est un geste politique à saluer ! Qui peut encore dire que la Suisse n’existe pas ?

14:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : langue officielle, suisse, français, italien, allemand, politique | |  Facebook

mercredi, 22 avril 2009

Alain REY : la faim de mots

Figure emblématique de la rédaction et de la publication des dictionnaires Le Robert, Alain Rey nous a fait part de ses dernières réflexions sur l’histoire de la langue française hier à Genève, dans le cadre du 450e de l’Université de Genève : http://www.unige.ch/presse/archives/2009/rey-archive.html

 

dico1.jpgDevant le parterre genevois, il a soigneusement fait référence à l’apport de la Réforme dans la publication du premier dictionnaire « français » (latin-français) de Robert Estienne, mort dans notre cité en 1459.

 

Le lexicologue, philosophe du langage, aime à rappeler que la langue n’est pas qu’un instrument de communication, servant à désigner, à s’exprimer, bref, à dire. Mais elle permet aussi l’affirmation de valeurs et la création de mondes possibles. Sachant aussi faire croire, faire ressentir, faire obéir, faire taire, elle ne se résume donc pas à un ensemble de données quantifiables.

 

Chroniqueur du Mot de la fin, dont jouissaient quotidiennement des millions d’auditeurs, le sémiologue reste convaincu que la langue est un organe vivant, soumis aux lois de l’évolution et qu’il n’y a pas lieu de lui préférer un langage formel ou logique car le contenu manquerait de l’aspect affectif, ce qui reviendrait à tronquer le sens des choses.Cedille.gif

 

Quant à l’avenir du français, Alain Rey nous rassure qu’il n’y a pas à craindre. Ni le langage SMS ni les anglicismes ne lui feront ombrage, d’autant que tout le monde n’écrit pas des SMS et que l’anglais a emprunté globalement un nombre plus important de mots d’origine française que l’inverse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci au grand magnat (oh, redondance!) des mots d’avoir rendu si vivantes les pages du dico !

 

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mardi, 10 février 2009

Contrefaire le français? 5 rectifications de 1990

Lorsqu’on effleure le thème d’une réforme possible des règles grammaticales et orthographiques de notre langue, un grand auteur classique nous vient presque naturellement à l’esprit : Alcofrybas Nasier, anagramme de François Rabelais. L’humaniste se moque joyeusement des jargons prétentieux des « Sorbonnards », notamment lorsque l’usage abusif du latin conduit à latiniser sa propre langue … au point de parler sans être compris. Les galimatias -  procédés comiques particulièrement chéris par ce gourmand de la langue - dévoilent le ridicule de certains plaideurs tels que Baisecul et Humevesne. En outre, l'encyclopédiste avant la lettre nous apprend que malmener les conventions de la langue est chose aussi que violer n'importe quelle convention sociale.

 

Rappelons-nous ainsi  comment Pantagruel rencontra ung Lymousin qui contrefaisoit le Françoys :

 

«  A quoy Pantagruel dist : Pantagruel1.jpg

-  Quel diable de langaige est cecy ? Par Dieu, tu es quelque hérétique.      

- Seignor non, dist l'eschollier.

- Et bren, bren ! dist Pantagruel, qu'est ce que veult dire ce fol ? Je croy qu'il nous forge icy quelque langaige diabolique, et qu'il nous cherme comme enchanteur.

- Par Dieu, dist Pantagruel : je vous apprendray à parler. Mais devant, responds moy : dont es tu ? 

 

A quoy dist l'escholier :

- L'origine primeves de mes aves et ataves fut indigene des regions Lemovicques, où requiesce le corpore de l'agiotate sainct Martial. ­ 

- J'entens bien, dist Pantagruel ; tu es Lymosin, pour tout potaige. Et tu veulx icy contrefaire le Parisian. Or vien çza, que je te donne un tour de pigne ! 

 

Lors le print à la gorge, luy disant :

-Tu escorche le latin ; par sainct Jean, je te feray escorcher le renard, car je te escorcheray tout vif. »

 

 

 

Dans le débat qui fait rage aujourd’hui pour renouveller (ou dépoussiérer) les normes langagières, ce qu’il faudrait, c’est que la réforme soit de grande ampleur, sans qu’un retour soit possible. Avec Internet, ce serait enfin possible, contrairement à l'ère des copistes, s'avant et après la codification du 17e siècle.

 

Pour l’heure, livrons-nous ici à un bref récapitulatif de quelques rectifications orthographiques apportées au français en 1990. Jamais imposées, ces rectifications ont été officiellement adoptées dans toute la francophonie!

 

 

1-       Le trait d'union : un certain nombre de mots remplaceront le trait d'union par la soudure. Exemple : « porte-monnaie » devient « portemonnaie » (comme « portefeuille  ») ;

2-       Le pluriel des noms composés : les mots composés du type « pèse-lettre » suivront au pluriel la règle des mots simples (des « pèse-lettres  », le verbe n’étant jamais accordé comme un nom) ;

3-       L'accent circonflexe : il ne sera plus obligatoire sur les lettres « i » et « u  », sauf dans les terminaisons verbales et dans quelques mots. Exemples : « qu'il fût  », « mûr  ») ;

4-       Le participe passé des verbes pronominaux : il sera invariable dans le cas de « laisser » suivi d'un infinitif. Exemple : « elle s'est laissé mourir de faim»;

5-       Les anomalies :

a)       mots empruntés : pour l'accentuation et le pluriel, les mots empruntés suivront les règles des mots français (dans pas mal de cas, il s'agit non de nouvelles formes mais de trancher des cohabitations existantes). Exemple : un « imprésario », des « imprésarios », un « référendum », des « référendums » plutôt que « referenda »; un ou des « spaghetti » ;

b)       séries désaccordées : des graphies seront rendues conformes aux règles de l'écriture du français, comme par exemple, « douçâtre » remplace « douceâtre  », ou à la cohérence d'une série précise, « boursoufler » devient « boursouffler » comme « souffler  », « chariot » devient « charriot » comme « charrette »).

 

 

A vos Jeux !!!

 

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