lundi, 02 avril 2012

Le romand dans la Francophonie

 

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La langue française n’est pas une mais plurielle. Comme toute langue, elle est aussi un phénomène social global, tout à la fois identitaire, économique, politique et linguistique. Mais de quel français parle-t-on?

À l’instar des rapports de force ou d’échange sur pied d’égalité entre les différentes langues, les nombreuses variantes observées chez les locuteurs francophones d’ici ou là doivent être respectées, sauvegardées, valorisées en tant que telles car les diversités sont de fait complémentaires plutôt que contradictoires, participant de valeurs à portée universelle telles que la démocratie, la liberté d’expression, le droit des minorités, la diversité comme richesse.

Par conséquent, le français doit être défendu comme un tout et de manière générale, ce en tenant compte tout particulièrement des spécificités irréductibles de toutes ses différences. En exemple, les deux acceptions du terme « les gosses » - que l’on se trouve sous nos latitudes ou au Québec …

La Francophonie n’a jamais cessé d’évoluer. Associer la défense du français exercé dans les différentes cultures à la promotion du plurilinguisme fait partie assurément de ses missions cardinales. Bientôt, nous reviendrons sur la place du romand dans ce contexte!

10:58 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : langue, français, francophonie, suisse romande, académie romande | |  Facebook

vendredi, 11 février 2011

Pourquoi un observateur pour la promotion du français?

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Le français est souvent malmené à Genève. C'est un fait dont beaucoup se plaignent pour mille raisons plus nobles les unes que les autres. Cependant, une solution semble avoir été trouvée. Un observateur pour la promotion et la défense du français en milieu international, reconnu et sélectionné par ses pairs, est prêt à relever ce défi : "Il s'agit de faire respecter le principe de la diversité, valeur fondamentale des Nations-Unies" selon le Sénégalais Gorgui Ndoye.

 

Question : La suprématie de l’anglais sur toutes les autres langues internationales officielles à l’ONU n’est plus à prouver au point que tout cadre supérieur peut en réalité imposer à ses interlocuteurs de parler en anglais Comment le site Internet www.francophonu.org que vous animez, influencera-t-il le cours des choses ?

 

 

 

Gorgui Ndoye : Le site Francophonu est l’expression réelle plus que virtuelle pour dire, désormais, le français a droit de cité dans les instances internationales ! … Avec un « observateur » à Genève, le message est clair : rien n’impose à la cité de Calvin de s’exprimer en anglais !

Le gros du travail sera de récolter des anecdotes, des témoignages, des récits, des textes pas du tout ou mal traduits, pour organiser ensuite des débats publics, provoquer des réactions dans un esprit de normalisation. En guise d’exemple, un responsable onusien accueille une stagiaire francophone désirant s’exprimer dans sa langue maternelle et celui-là l’apostrophe ainsi : « Ah, vous faites partie de ce combat-là ?! » Mon rôle est de faire comprendre que la globalisation n’entraîne pas un affrontement. La diversité linguistique et culturelle reste un droit, un principe et une valeur. Nous avons également des collègues défenseurs de la langue française en Belgique et à Addis Abeba, je serai le point focal vers lequel convergeront les différentes remarques et observations de mes collègues dans toutes les institutions internationales et de toutes celles et ceux qui, nantis du fait que le multilinguisme est une valeur et un droit de l’Homme plus qu’une richesse formidable s’engagent à défendre ce principe.

 

 

(L'intégralité de l'interview sera publiée sur le prochain numéro Cahier du Club de la Grammaire) 

11:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : gorgi ndoye, francophonie, onu, observateur, site "francophonu" | |  Facebook

jeudi, 28 octobre 2010

Interview d’Abderamane Djasnabaille, Ministre au Tchad sur le Cinquantenaire de l'Indépendance

"Dormir sur la natte de l’autre n’offre pas une nuit paisible" (proverbe tchadien)

 

 

De passage à Genève, Abderamane Djasnabaille, Ministre des droits de l'homme du Tchad, un pays douloureusement ébranlé par des guerres effroyables, nous livre son opinion au sujet de la réalité (ou l'illusion) de l'indépendance des pays africains francophones dont nous fêtons le 50e anniversaire. Alors qu'à la sortie de deuxième guerre mondiale, la décolonisation ne faisait pas partie des priorités européennes, nous commémorons officiellement cette année-ci le Cinquantenaire de l'Indépendance des 14 pays francophones. On se demande comment le Tchad a vécu ce tournant historique daté du 11 août 1960, marquant à jamais leur souveraineté en matière de gestion politique, économique et sociale. 

 

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Abderamane Djasnabaille pense que l'accès à l’indépendance présente indéniablement une avancée ! Pour la forme, les Africains concernés ont pu assumé leur liberté même si en réalité elle n’a jamais été effective. Avoir des droits, c’est bien, mais sans le pouvoir de les exercer, cela ne sert à rien. Nous avons dû faire face continuellement à des décisions qui provenaient d’ailleurs sans que nous soyons concertés à aucun moment des processus décisionnels. Ceux qui n’étaient pas d’accord étaient mis au pas comme ce fut le cas pour le président François Tombalbaye. Les dictateurs étaient en grande partie le fait du pouvoir centralisé de la métropole française.

 

Depuis cet événement, le peuple africain peut décider par lui-même, et surtout, il a pu apprendre à décider ; en nous frottant au système politique, éducatif et militaire occidental, nous avons pu évoluer dans ce sens alors que sous un régime colonial, c’était le rapport de force qui prédominait. Mais il reste encore un long chemin pour jouir de notre souveraineté. Nous nous battons toujours pour cette indépendance proclamée. Sur ce point, il eût fallu trouver une date commune à tous les Etats africains concernés; une vision panafricaine de la gouvernance constituerait un avantage certain et désormais un but incontournable !

 

Quant au fond, la question laisse perplexe ... L’Afrique est riche en ressources naturelles mais également humaines. Mais nos richesses sont systématiquement drainées vers l’étranger. Il nous est demandé de cultiver les ressources tirées de notre sol mais nous ne recevons pas en retour les bénéfices de notre travail. Les prix sont fixés par Paris aussi bien pour les ventes que pour les achats.

 

Par exemple, l’activité cotonnière, première source des devises dans le pays fait vivre plus de 2 millions de paysans mais ne connaît pas les retombées économiques attendues car les sociétés nationales occidentales exploitantes ne redistribuent équitablement pas le fruit de la production. Autre exemple : il a été dit que le Tchad ne renfermait aucune ressource en pétrole … si ce n’est à partir de 2030 alors qu’en fait, ce n’est pas le cas; les experts du service de recherche d’une multinationale française bien connue avaient simplement voulu cacher cette réalité. Ce mensonge avéré a eu pour conséquence les guerres civiles qui ont déchiré le pays durant si longtemps.

 

Notre développement économique se trouve sans cesse entravé à cause du manque de leviers nécessaires à une action réfléchie et responsable.

 

Depuis lors, une société tchadienne de pétrole a été créée et nous avons rompu avec la Banque Mondiale. Le remboursement des investissements a été réglé en 3 ans et la somme de 150 milliards a été déposée pour le compte des générations futures avec la construction de 400 écoles et 400 dispensaires sur toute la surface du pays. Avec l’aide de la Banque Mondiale aux infrastructures pétrolières, le Tchad ne percevait que les royalties, des miettes en somme, et se trouvait devant l’obligation de devoir brûler du gaz à leur demande. Nous avons ainsi mis fin à un rapport de domination.

 

Pour se débarrasser définitivement du modèle colonial, il faut développer l’éducation car l’ignorance empêche le libre-arbitre. À l’exception du Sénégal, grâce à Senghor, le reste de l’Afrique est demeurée à la traîne à cause de ce manque cruel, rendant impossible les conditions de réflexion, à la base de la capacité de livrer des conseils techniques et au final de prendre les bonnes décisions pour une autogestion de toutes les affaires. Pour aperçu, un changement de taille touche désormais le sort des fillettes : il s’agit de les scolariser et d’interdire les mariages forcés de mineures, l’âge légal étant fixé dorénavant à 20 ans. Il faut tout de même préciser que cette évolution des mœurs sociales et juridiques ne peut s’accomplir sans partir des structures mentales des Africains ; elle ne peut découler d’un décret stipulé « d’en haut » !

 

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 vue sur le Lac Tchad

 

 Post-scriptum : à lire 2 interviews  :

 

http://www.unspecial.org/UNS701/UnSpecial_Decembre_2010_WEB.pdf

 

http://www.lesafriques.com/actualite/abderamane-djasnabai...

 

vendredi, 15 mai 2009

Le langage érotique en francophonie

eros2.jpgLes printanières amours appellent le sujet. Beaucoup de choses essentielles se passent sous la couette par les temps qui courent, qu'il vente ou qu'il pleuve.

 

Force est de constater que tous les pays francophones ne parlent pas le même langage. Bien plus : les termes et expressions érotiques varient, fort heureusement, d’un pays à l’autre, selon la couleur locale. Quelles que soient nos positions politiques quant l’évolution de la langue, rien ne nous empêche d’apprécier ces subtilités consacrées à la plus vieille activité humaine, l’érotique, évidemment. Les connaître peut vous éviter quelques vices de formes ou impairs diplomatiques en voyage.

 

Disons-le tout de go : la palme des locutions onanistes parmi les plus corsées revient sans aucun doute aux Québécois et aux Africains.

 

La plupart de ces expressions sont franchement caractérisées par un trait d’humour.

 

Qu’on ne s’y méprenne : se faire crémer le gâteau au Québec ne relève pas du registre culinaire mais dénote simplement le fait d’avoir des rapports sexuels. Si la Dame s’exclame que l’Armée rouge a débarqué, c’est qu’elle a ses règles.

 

D’autres s’avèrent être des faux amis dont il faut se méfier comme dans la vie.

Ainsi, ne doit-on pas être choqué d’entendre un enfant demander à la négociante de Montréal un suçon, qui n’est autre qu’une sucrerie, tandis qu’au Québec, le mot sucette désigne … le suçon. Mais lorsque vous rencontrez un Canadien, évitez de lui demander comment vont ses gosses (ses testicules) à moins que ce soit votre intention. De même, demander à un Congolais comment se porte son «ambassadeur» constituerait indéniablement une erreur diplomatique.

 

Une nichonville sénégalaise n’a rien à voir avec ce qu’on imagine sous nos latitudes ; c’est une habitation construite en gonflant un énorme ballon de caoutchouc et en coulant ensuite du ciment dessus. Toujours au Sénégal, le bazooka se réfère au sexe masculin quand il n’indique pas une arme. En outre, une pétasse au Burkina Faso n’est pas ce que nous appelons ici.

 

Or, certaines expressions peuvent se montrer moins limpides : faire le bord le bord de mer signifie au Gabon se prostituer. Elle a peur de prendre sa douche sans se mouiller les pieds se dit d’une femme à la poitrine généreuse, au Québec.

 

Une poupoune ou pitoune évoque chez les Québécois, au même titre qu’une moulée pour les Ivoiriens, une femme plantureuse.eros4.jpg

 

Rassurez-vous, la Suisse n‘est pas en rade : au cas où une réceptionniste d’hôtel vous demande, sourire aux lèvres : « Vous avez bien joui ? », il faut impérativement comprendre avez-vous bien dormi ?, que vous ayez passé la nuit seul ou accompagné.

 

Cet exemple helvétique nous amène à passer naturellement ou logiquement (comme vous voulez) à l’expression des sentiments ; à la fin d’une soirée, vous direz peut-être à la Dame :"Je suis dans le trèfle par-dessus la tête." À quoi, elle peut répondre si elle est en bonne disposition à votre égard : « Je t’aime à la folie comme une puce à l’agonie »

 

À trop vouloir déflorer le thème, on risque de donner l’air de le prendre par-dessus la jambe. Que nenni! Un dico entier livre près de 750 vocables du sexe dans la francophonie du philologue belge Georges Lebouc se trouve sur le marché, Dictionnaire érotique de la francophonie ». Bonne méditation!

20:26 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : langue, français, érotisme, locutions, néologismes, francophonie | |  Facebook