UA-105021232-1

mardi, 22 mars 2011

La transition selon Rabiatou Serah Diallo

 

De passage à Genève en ce mois de mars, Rabiatou Serah Diallo se donne toujours aussi généreusement au jeu des débats publics, conférences, rencontres dans des cadres tant formels qu’informels. La femme qui a fait chuter la dictature de la Guinée, à qui le tyran sanginaire Lansana Conté affirmait avoir tué des gens bien plus importants qu'elle, précise que la transition n'est pas terminée. Présidant le Conseil national de transition (CNT) de sa patrie, elle rappelle que l'aboutissement aux premières élections démocratiques en 2010, n'est qu'une première étape. Premier pays de l'indépendance, la Guinée demeure aussi le premier pays à avoir réussi sa transition avec de véritables élections démocratiques

 

Rabi(web).gifSelon elle, la transition n’est pas encore finie dans son pays : certes, chacun peut s’y retrouver et on peut se réjouir de ne plus vivre dans un état d’exception mais dans un état de droit. L’ordre constitutionnel est enfin établi et les élections présidentielles ont pu avoir lieu, ce qui n’était pas joué d’avance au vu des reports successifs et des événements tragiques ayant meurtri la Guinée. « D’autres pays du continent, comme la Côte d’Ivoire ou la Lybie par exemple, ne connaissent pas le même destin », déplore-t-elle. 

 

Après les présidentielles, la voix du peuple doit s’exprimer pour les législatives courant cette année. Conformément aux accords de Ouagadougou, le CNT doit poursuivre son travail jusqu’à la constitution de l’assemblée nationale. « On propose et Dieu dispose », aime à dire la Jeanne d'Arc de la Guinée en pareille situation. En accord avec le gouvernement actuel, le CNT poursuit sa mission également dans la volonté de créer une structure officielle de vérité et de conciliation afin que les crimes perpétrés durant toutes les crises qu’a traversées la Guinée jusqu’à la naissance d’une société démocratique institutionnalisée ne restent pas impunis. Elle qui a perdu tant d’amis ayant milité à ses côtés, tels que Fofana, grande figure des droits des travailleurs, et qui a rencontré tant de femmes violées, déploie tous ses efforts pour faire reconnaître le viol comme arme de guerre ! Philosophe stoïque, elle garde foi en ses valeurs car « si le mensonge prend l’ascenseur et la vérité l’escalier, il arrive souvent au final qu’il le prenne en sens inverse. »

 

Alors que le pays offre tant de richesses naturelles, les besoins vitaux (eau, électricité, soins de santé de base) ne sont pas satisfaits et la monnaie guinéenne ne vaut pas grand’chose à ses yeux. En qualité de membre du conseil d'administration du B.I.T, Rabiatou Serah Diallo est très préoccupée par ce point crucial. C'est pourquoi il faut garder à l'esprit que la démocratisation des institutions – conditio sine qua non du développement socio-économique d’un pays – amenée par la transition en constitue la première pierre de touche. Car « tandis que dans les tyrannies l'amitié et la justice ne jouent qu'un faible rôle, dans les démocraties au contraire leur importance est extrême: car il y a beaucoup de choses communes là où les citoyens sont égaux», clamait déjà Aristote.

 

 

Cette photo a été prise en novembre 2010 au B.I.T.

vendredi, 17 septembre 2010

Report du second tour en Guinée

Le 7 septembre 2010, une conférence sur l’état des lieux de la transition en Guinée a eu lieu à Genève.

 

Sous la houlette du médiateur de la crise institutionnelle guinéenne, Monsieur Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso, lors de cet accord entre les 2 candidats en lice pour le 2e tour le 3 septembre à Ouagadougou, Cellou Diallo de l’Union des Forces Républicaines de Guinée et Alpha Condé du Rassemblement du Peuple de Guinée, la RADDHO, entre autres organisations internationales soucieuses de la paix, reste très préoccupée par la montée de la tension entre les militants des deux candidats, soldée d’ores et déjà par la perte d’une vie humaine et une cinquantaine de blessés graves durant la nuit du 10 au 11 septembre de cette même année à Conakry.

 

Si la RADDHO a salué publiquement la signature de l’accord portant sur le code de conduite à adopter pour les élections présidentielles, force est de constater qu'il subsiste de réels risques de confrontations entre ethnies, partisans de l’un ou l’autre candidat, qui pourraient se terminer même en une guerre civile. Tout d'abord, elle condamne fermement ces manifestations violentes, incompatibles à la règle du jeu édictée lors du protocole d’accord indispensable pour la cohésion du pays.

 

Le fait d’avoir dû reporter la date du second tour prévue pour le dimanche 19 courant constitue un fait alarmant, notamment suite aux tensions d'une violence extrême survenues le week-end passé. Il est à espérer que chacun des organismes officiels mis en place pour ces premières élections démocratiques, dont le CNT, arrivent à assumer leurs responsabilités face à cet état de fait afin que tous ces efforts entrepris durant cette année ne finisse pas en un bain de sang. Le dépôt du matériel électoral a été incendié hier soir ... La Guinée est à l'heure actuelle dans une impasse qu'il serait de mauvais augure de miniser. La question subsiste : à qui profite ce report?