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samedi, 10 janvier 2009

Omar Khayyâm, poète musulman

O coeur, puisque en ce Monde, au fond tout est chimère,
Pourquoi tant de soucis devant ce long calvaire?
(Omar Khayyâm) 

slave.jpgQui n’a pas entendu parler du savant persan musulman Omar Khayyâm ? Révéré comme l'un des plus grands mathématiciens et philosophe du Moyen Age, il vécut au XI e siècle. Connu pour avoir traité des équations cubiques, cet esprit encyclopédique embrassa tous les savoirs ainsi que divers postes honorifiques. Directeur de l'observatoire d'Ispahan en 1074, il réforma - à la demande du sultan de l’époque - le calendrier persan (=la réforme Jelaléenne).

Il nous livra des quatrains reconnus universellement, qu'on peut s'octroyer en traduction dans nos librairies. Au delà du premier degré hédoniste, ces poèmes sont des véritables perles mystiques où  Khayyâm prôna l'ivresse de Dieu ainsi que les plaisirs de la dive Bouteille. Se disant infidèle mais croyant, déiste mais ne pratiquant pas les dogmes de sa religion, le poète garda toute sa vie une distance par rapport à l’islam orthodoxe.

Considéré comme un matérialiste « moderne », dasn le sens où il n'existe aucune extase au-delà de notre nature charnelle, il fit de la figure du vin, une sorte de manne céleste, un présage divin.

(XXVI) Sache ceci : que de ton âme tu seras séparé,

Tu passeras derrière le rideau des secrets de Dieu.

Sois heureux … tu ne sais d’où tu es venu ;

Bois du vin … tu ne sais où tu iras.

Aussi, si les interprétations à géométrie variable se collent à la culture arabe, on devrait aisément faire la différence entre les positions officielles (et les intérêts particuliers de ceux qui le défendent) et l’appel des gens dans la guerre sans fin qui déchire le Moyen-Orient. Omar Khayyâm dit par exemple :

(VI) Le Koran, que les hommes nomment le Mot suprême,

On le lit de temps à autre, mais qui le lit sans cesse ?

Ah, sur les lignes de la Coupe, un texte adorable est gravé

Que la bouche, à défaut des yeux, elle-même, sait lire.

A l’aune du grave incident survenu dans l'affaire du journaliste (musulman, de surcroît) interdit d’accès dans la mosquée parce que ses articles déplaisent à « l’intelligentia » en place, on peut se demander au cas où ces vers avaient été publiés aujourd’hui (le serait-ils, déjà ?), si l’auteur aurait subi le sort réservé aux « libres penseurs », à savoir cent coups de fouets ou/et la pendaison sur la place publique, sous les huées de la foule.

Notre grand intellectuel Tariq Ramamdan, musulman et genevois, l’invité de cette soirée en l'occurrence, qu’en pense-t-il ?…

 

13:15 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (39) | Tags : littérature arabe, islam, moyen-Âge | |  Facebook