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mardi, 27 janvier 2009

Fôt il simplifié l'ortograf ?

Notre chère orthographe fait couler souvent beaucoup d’encre. Elle suscite un débat sans trop d’invectives ni d’étalages tignous4.jpgcomplaisants de sa vie privée (comme il arrive souvent dans la blogosphère). Mais pourquoi cet engouement, périodique certes, mais néanmoins persistant ?

Des défenseurs de la langue française du 16e à ceux de nos jours, force est de constater que les raisons ont changé. Dès qu’il est question de réforme de l’orthographe, ce sont surtout les partisans de ce qu’il faut bien appeler l’immobilisme qui s’expriment. La motivation psychologique reste souvent mue par le ressentiment, du genre « j’en ai bien bavé pour apprendre toutes ces chinoiseries, je ne vois donc pas pourquoi les autres en devraient en faire autrement !» D’ailleurs, la différence entre les registres de l’oral et de l’écrit tend à renforcer cette posture.

Plus sérieusement : si la question soulève tant de passions dans les cercles fermés d’initiés mais aussi dans toute la société, c’est sûrement qu’on touche là à un symbole. Plus qu’une question d’identité, il s’agit bien de toucher aux normes constitutives de conventions sociales établies : réputée la plus ardue des langues européennes, l’orthographe française s’est vue au fil des siècles accumuler tout ce qui a fait sa richesse.

C’était sans « prévoir » les difficultés énormes d’en maîtriser toutes les normes. Il apparaît donc presque légitime de vouloir la simplifier aujourd’hui. L’origine de cette volonté de changement se trouve dans l’observation d’un fait de société se résume en ces termes par les linguistes modernes, André Chervel en tête, tenants de la thèse :

Ø      pour éviter que l’orthographe devienne une pratique d’élite et vu l’extrême difficulté pour les élèves d’en maîtriser les règles, il conviendrait de la simplifier.

Mettons ici de côté l'argument "social" qui voudrait que les règles d'orthographe ont pour but l'exculsion. D'un point de vue technique, les propositions ne manquent pas : suppression de certaines lettres étymologiques, des consonnes doubles inutiles à la prononciation, maintien des cinq voyelles en laissant tomber d' autres sons, etc. Une simplification ne rimerait pas avec un appauvrissement de la langue. Loin s'en faut ... L'allemand connaît 112 règles depuis 2007 à la place de 212. L'italien, autre langue indo-européenne, d'origine latine, "a opté" pour une certaine musicalité, avec une orthographe plutôt phonétique, ce dès sa codification; si le français abandonnait certaines absurdités tout en gardant ses structures historiques fondamentales, cela n'enlèverait rien à sa clarté. Par exemple, si accepter "se justifie" plus que difficile, c'est que les deux consonnes cc ont lieu d'être contrairement aux deux f; filosofie ou rétorique se conçoivent aisément tout comme pous ou eaus; enfin, innovation pourrait s'écrire sur le modèle d'iniquité, avec un seul n.

 

tignous3.jpgLe problème est bien plus politique que culturel. Reste à savoir si le politique suivra … Quelle autorité aura le courage de proclamer un « Oui, nous le pouvons ! » ? Autant dire avec Coluche : « les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs » alors que des solutions intelligentes, sensées, réelles existent !

 

Et puis, il y aura toujours plus puriste que les puristes comme il y a plus royaliste que le roi…

 

 

 

17:53 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (45) | Tags : langue, orthographe, réforme | |  Facebook