samedi, 16 octobre 2010

Et la ponctuation? (II)

 

Comment doit-on ponctuer et comment peut-on ponctuer? Telle est l’éternelle question dans l’exercice scriptural. La mode de la phrase courte a provoqué un certain délaissement du point-virgule, à tort, malgré le fait que son existence remonte au Moyen-Âge.

 

interrobang.gifMais d’autres signes de ponctuation ont connu un fatum non moins tragique. Provenant de l’anglais, il en est un inventé durant les sixties qui exprimait des émotions, qui est aujourd’hui presque perdu de vue : l’interrobang, dont le sens marie exclamation(clam) et interrogation (rog) « ?! ». L’expression What the hell ?! en dit long … Evidemment, on ne l'a jamais croisé et on ne le croisera probablement pas non plus sur un clavier d’ordinateu mais pourquoi ne pas le rétablir ou le redécouvrir ?!

 pointdironie.jpg

Le point d’ironie me fait remarquer un internaute assidu très connu sur la place publique aurait subi un non moins triste  sort, son tour. Placé aussi à la fin d’une phrase, le signe exprimerait le deuxième degré. À part dans la prose d'Alcanter de Brahm au 19siècle, on le goûte dans le Canard enchaîné. Bien qu'il ait été "inconsciemment" remplacé aujourd’hui par des binettes et autres trombines, on est en droit de penser que la réhabilitation de ce glyphe expliquerait au mieux l’ambiguïté …

 

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mercredi, 22 septembre 2010

Quand le francé tire la langue …

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En cette rentrée  des classes, (date qui rythme toutes les rentrées de la vie civile et politique, par ailleurs), les vieux démons sur l’apprentissage, l’institution de la langue, l’appareil scolaire, les idéologies sociales se cristallisent à nouveau.

 

Titillée par une question d’un lecteur internaute, du nom énigmatique autant qu’éloquent  (pseudo) de Hot pictures of Artists exprimée à la suite d’un ancien billet sur la problématique de la simplification de l’orthographe, je pense judicieux de préciser que si la langue structure la pensée, elle ne présuppose aucunement qu’elle soit un ensemble de signes liées entre eux de manière logique. À cette interrogation « Changer la langue changerait-il notre maniaire d'être en changeant notre maniaire de penser? Je donne ma langue au chat... », on peut suivre sans complexe le précepte d’un grand auteur français

 

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Les tenants de la simplification de l’orthographe, avec André Chervel en tête, s’accordent à dire que notre système orthographique indigne du XXIe siècle, désormais trop baroque, voire ringarde. 

Le chef de file cité propose, par exemple de :

 

-         simplifier la formation des pluriels

-         supprimer les doubles consonnes inutiles pour la prononciation (comme immobile ou arriver)

-         supprimer les y – ainsi que toutes les lettres grecques - et le remplacer général par le i

-         supprimer les h après les t ou les r (ce qui donnerait bibliothèque, ortograf)

 

Il reste néanmoins qu’une telle réforme fait fi de l’évolution étymologique, ce qui ouvre la porte à la création illimitée de néologismes. Une chose est sûre : cette volonté de simplifier, de rationaliser procède certainement de l’idéologie ambiante de tout vouloir unifier, rassembler, fusionner (entreprises, lois, collectivités publiques, croyances).

 

Cette réflexion sans prétention n’exprime aucune position arrêtée; elle se veut juste libre et ouverte comme l’air, à l’instar de ce que peut paraître l’émission de phonèmes. Mais l’indécidabilité reste de mise … L'argument imposant une plus grande facilitation de l'apprentissage de la langue est irrelevant (oups, un anglicisme!)  

 

Notre langue ne se réduit pas non plus à un instrument – de communication, en l’occurrence – entre nos mains ; sa maîtrise, ne reflétant qu’un seul aspect de la maîtrise de soi, constitue à en connaître les règles, certes, mais aussi à être capable d’en apprécier le charme, la bizarrerie apparente de certains vocables, le caractère immotivé des liens entre signifiés et signifiants … Il est question de notre identité, celle de la langue.

 

lundi, 14 septembre 2009

Féminiser les noms de profession, les titres et les fonctions?

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 "Il faut, quand on agit, se conformer aux règles, et quand on juge, avoir égard aux exceptions." (Joubert)

Avec la rentrée (scolaire et parlementaire), la question de la langue refait surface. Qui souhaite remettre sur le tapis la possibilité de la simplification de l’orthographe … d’autres se demandent s’il faut féminiser le nom des professions, selon les règles grammaticales en vigueur.

Faut-il dire une chargée de cours, une députée, une préposée, une officière, une apprentie, une avocate, une auteure, une matelote, Doctoresse, Colonelle au même titre qu’il existe bien des ouvrières, électriciennes, maçonnes, abesses, cuisinières, chômeuses?

Si la réponse était si simple, la question ne ferait pas couler autant d’encre !

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mercredi, 22 avril 2009

Alain REY : la faim de mots

Figure emblématique de la rédaction et de la publication des dictionnaires Le Robert, Alain Rey nous a fait part de ses dernières réflexions sur l’histoire de la langue française hier à Genève, dans le cadre du 450e de l’Université de Genève : http://www.unige.ch/presse/archives/2009/rey-archive.html

 

dico1.jpgDevant le parterre genevois, il a soigneusement fait référence à l’apport de la Réforme dans la publication du premier dictionnaire « français » (latin-français) de Robert Estienne, mort dans notre cité en 1459.

 

Le lexicologue, philosophe du langage, aime à rappeler que la langue n’est pas qu’un instrument de communication, servant à désigner, à s’exprimer, bref, à dire. Mais elle permet aussi l’affirmation de valeurs et la création de mondes possibles. Sachant aussi faire croire, faire ressentir, faire obéir, faire taire, elle ne se résume donc pas à un ensemble de données quantifiables.

 

Chroniqueur du Mot de la fin, dont jouissaient quotidiennement des millions d’auditeurs, le sémiologue reste convaincu que la langue est un organe vivant, soumis aux lois de l’évolution et qu’il n’y a pas lieu de lui préférer un langage formel ou logique car le contenu manquerait de l’aspect affectif, ce qui reviendrait à tronquer le sens des choses.Cedille.gif

 

Quant à l’avenir du français, Alain Rey nous rassure qu’il n’y a pas à craindre. Ni le langage SMS ni les anglicismes ne lui feront ombrage, d’autant que tout le monde n’écrit pas des SMS et que l’anglais a emprunté globalement un nombre plus important de mots d’origine française que l’inverse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci au grand magnat (oh, redondance!) des mots d’avoir rendu si vivantes les pages du dico !

 

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mardi, 10 février 2009

Contrefaire le français? 5 rectifications de 1990

Lorsqu’on effleure le thème d’une réforme possible des règles grammaticales et orthographiques de notre langue, un grand auteur classique nous vient presque naturellement à l’esprit : Alcofrybas Nasier, anagramme de François Rabelais. L’humaniste se moque joyeusement des jargons prétentieux des « Sorbonnards », notamment lorsque l’usage abusif du latin conduit à latiniser sa propre langue … au point de parler sans être compris. Les galimatias -  procédés comiques particulièrement chéris par ce gourmand de la langue - dévoilent le ridicule de certains plaideurs tels que Baisecul et Humevesne. En outre, l'encyclopédiste avant la lettre nous apprend que malmener les conventions de la langue est chose aussi que violer n'importe quelle convention sociale.

 

Rappelons-nous ainsi  comment Pantagruel rencontra ung Lymousin qui contrefaisoit le Françoys :

 

«  A quoy Pantagruel dist : Pantagruel1.jpg

-  Quel diable de langaige est cecy ? Par Dieu, tu es quelque hérétique.      

- Seignor non, dist l'eschollier.

- Et bren, bren ! dist Pantagruel, qu'est ce que veult dire ce fol ? Je croy qu'il nous forge icy quelque langaige diabolique, et qu'il nous cherme comme enchanteur.

- Par Dieu, dist Pantagruel : je vous apprendray à parler. Mais devant, responds moy : dont es tu ? 

 

A quoy dist l'escholier :

- L'origine primeves de mes aves et ataves fut indigene des regions Lemovicques, où requiesce le corpore de l'agiotate sainct Martial. ­ 

- J'entens bien, dist Pantagruel ; tu es Lymosin, pour tout potaige. Et tu veulx icy contrefaire le Parisian. Or vien çza, que je te donne un tour de pigne ! 

 

Lors le print à la gorge, luy disant :

-Tu escorche le latin ; par sainct Jean, je te feray escorcher le renard, car je te escorcheray tout vif. »

 

 

 

Dans le débat qui fait rage aujourd’hui pour renouveller (ou dépoussiérer) les normes langagières, ce qu’il faudrait, c’est que la réforme soit de grande ampleur, sans qu’un retour soit possible. Avec Internet, ce serait enfin possible, contrairement à l'ère des copistes, s'avant et après la codification du 17e siècle.

 

Pour l’heure, livrons-nous ici à un bref récapitulatif de quelques rectifications orthographiques apportées au français en 1990. Jamais imposées, ces rectifications ont été officiellement adoptées dans toute la francophonie!

 

 

1-       Le trait d'union : un certain nombre de mots remplaceront le trait d'union par la soudure. Exemple : « porte-monnaie » devient « portemonnaie » (comme « portefeuille  ») ;

2-       Le pluriel des noms composés : les mots composés du type « pèse-lettre » suivront au pluriel la règle des mots simples (des « pèse-lettres  », le verbe n’étant jamais accordé comme un nom) ;

3-       L'accent circonflexe : il ne sera plus obligatoire sur les lettres « i » et « u  », sauf dans les terminaisons verbales et dans quelques mots. Exemples : « qu'il fût  », « mûr  ») ;

4-       Le participe passé des verbes pronominaux : il sera invariable dans le cas de « laisser » suivi d'un infinitif. Exemple : « elle s'est laissé mourir de faim»;

5-       Les anomalies :

a)       mots empruntés : pour l'accentuation et le pluriel, les mots empruntés suivront les règles des mots français (dans pas mal de cas, il s'agit non de nouvelles formes mais de trancher des cohabitations existantes). Exemple : un « imprésario », des « imprésarios », un « référendum », des « référendums » plutôt que « referenda »; un ou des « spaghetti » ;

b)       séries désaccordées : des graphies seront rendues conformes aux règles de l'écriture du français, comme par exemple, « douçâtre » remplace « douceâtre  », ou à la cohérence d'une série précise, « boursoufler » devient « boursouffler » comme « souffler  », « chariot » devient « charriot » comme « charrette »).

 

 

A vos Jeux !!!

 

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