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mardi, 10 avril 2012

La Tunisie réussit une deuxième fois sa transition en refusant la Charia

"Qui s'instruit sans agir, laboure sans semer." (Proverbe arabe)

 

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Au lendemain de la chute de Ben Ali, le parti Ennhada, majoritaire sur l’échiquier politique, n’a pas succombé à la pression des salafistes en Tunisie. Elue le 23 octobre dernier, l’assemblée constituante a décidé de se passer de la loi islamique, la Charia, au nom de l’indépendance de l’Etat par rapport aux pratiques religieuses déjà promulguée dans le premier article du texte constitutionnel de 1959. Ce 27 mars restera gravée dans la mémoire du pays ainsi que des états entretenant une relation bilatérale. Les débats n’ont cependant pas manqué d’être virulents, voire houleux, entre ultra-radicaux et modernistes!

Le chef historique d’Ennhada, Rached Ghannouchi, a motivé cette décision en rappelant que la Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, sa religion est l’islam, sa langue l’arabe et son régime la République. Il n’a pas hésité à préciser que l’identité arabo-musulmane est préservée selon les principes d’un Etat civil et démocratique. Toujours selon ses propres termes, « on ne va pas avoir recours à la loi pour imposer la religion » d’autant que « la charia resterait encore une notion floue pour l’opinion publique ».

Déjà le 29 janvier 2012, son gendre, M. Rafik Abdessalem, Ministre des Affaires étrangères se voulait rassurant dans les pages du Quotidien lors de la 20e session du Conseil exécutif de l’Union africaine déroulée à Addis Abeba : Pour ce qui est des salafistes, le phénomène est exagéré. Ce sont des groupes qui ne menacent en rien l’ordre public. Il se peut qu’ils aient une lecture rigoriste de la religion, mais il ne faut pas aucunement recourir à la solution sécuritaire, pour ne pas reproduire l’expérience de Ben Ali.

Mais la nouvelle n’a pas fait grand bruit, bizarrement ... Sous nos latitudes, un journaliste français a fait référence à cette nouvelle de taille ( cliquer ici ... Pourtant les fausses nouvelles déduits de non-événements. Alors que des pays passent d'alternances en alternatives toujours avortées, sans réussir véritablement aucune transition, ce peuple instruit inspire confiance de par ses choix judicieux, raisonnables comme dirait le philosophe John Rawls, ce qui encourage les investisseurs étrangers et les projets de coopération internationale ( cliquer ici ) - utiles en aval comme en amont à endiguer la migration désordonnée et désespérée - moblisés pour la reconstruction de cette nouvelle société.   

Si la partie n’est pas encore gagnée vu que le texte définitif n’est pas encore écrit, ce rejet de la Charia indique que la suprématie du religieux dans l’ordre social n’est pas une fatalité. Le peuple tunisien, éduqué et éclairé - c’est un fait bien connu – a démenti le cliché de l’exception démocratique arabe, en l’occurrence de celui qui stipule a priori que les Arabes ne sont pas faits pour la démocratie.

On sait que la révolution du jasmin est essentiellement intellectuelle, culturelle, numérique. Un célèbre bloggueur, Slim Amamou, héraut du militantisme tunisien ayant connu les prisons du dictateur déchu, devint Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports dans le premier gouvernement de transition ( cliquer ici ). 

Cette belle leçon de réelle démocratie, passée presque sous silence, nous montre encore une fois qu'il ne sert à jouer à se faire peur ni à se réjouir de mirages dont se fait l'écho une certaine presse.

La Tunisie a su renforcer son statut de partenaire!  

23:11 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tunisie, coopération, développement, transition, islamisme | |  Facebook

mardi, 22 février 2011

Le rendez-vous de la Lybie avec le printemps des peuples

 

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Le printemps des peuples arabo-africains compte désormais la Lybie parmi ses acteurs. Les Lybiens pris en otage depuis 42 ans se soulèvent devant leur dictateur pilleur. Mouammar Kadhafi, qui par une ellipse dont lui seul détient le secret, se présente comme un guide spirituel et non comme un chef d’Etat, est visé par sa population … à un coup d’état de nature terroriste. D’une main de fer, il a maintenu en enfer son peuple (ainsi que de nombreux étrangers). Sur un mode similaire, il poursuit ses actions sanguinaires en commandant de tirer sur la foule et en envoyant son fils devant les caméras (l’autre, Seïf Al-Islam, celui qui fait office de tampon dans les relations diplomatiques ou d’affaires, « ami » de la Suisse mais qui n’a rien fait pour la libération de nos otages suisses) pour rappeler que son pays ne connaît pas de partis – donc pas de démocratie – mais qu’il se compose de clans garants de l’ordre établi. Allah dont il se recommande doit être tout renversé de cette lecture du livre sacré !

 

En promettant « des rivières de sang », rappelant l’atroce guerre civile qui a déjà déchiré le pays, Kadhafi Père&Fils mettent en garde leur peuple contre « l’ingérence de l’étranger » qui tend à exagérer le nombre de victimes de la répression. Ah, la belle rhétorique ! Garantir à la fois de détruire les sédiments de la sédition en même temps qu’une nouvelle constitution, il faut oser.

 

Que peut faire la Suisse ? Bloquer les fonds du clan serait le minimum. Demander des dommages et intérêts pour les entreprises suisses sises dans ce pays tombées en déshérence suite à leur vente pour une bouchée de pain durant … la crise helvético-lybienne en référence à la honteuse prise des deux otages suisses - triste épisode dont il a été abondamment question sur ce blog - serait aussi un dû. Cesser de s’excuser pour des torts imaginaires quand on exerce son droit et cesser tout commerce avec le berger des sables constitueraient un joli soutien à la révolution lybienne, (en tout point contraire à la Jamahiriya). Et pourquoi pas aussi demander de retirer le texte publié en 2010 par une association lybienne, Minarets adorn the cities of the world où la Suisse y est vivement attaquée, traitée de raciste, traînée dans la boue, etc. Ah, le désir de puissance a décidément rendu aveugle l'homme des sables!  

 

À force de pratiquer la politique de l’autruche par diverses dénégations en tout genre à répétition, on en vient à dévoiler son vrai visage ! Et là, quand toute une population dont les droits fondamentaux sont systématiquement étouffés, c’est la preuve flagrante que le ver est dans le fruit.

 

La transition n'est pas loin ... La Guinée, jeune ex-dictature, en a été de fait le modèle et il est heureux de constaterarton5531-e769f.jpg qu'avec les différents pays en marche vers une démocratisation de leurs structures sociales, la Lybie suive l'appel à la liberté! De tout coeur avec les Lybiens pendant cette révolution qui n'a plus rien de la verte ...