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Tergiversations

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C'est dans l'air du temps! La guerre des laboratoires fait rage. La bataille des experts, aussi. Les comportements individuels varient par la force mais les vices ou les vertus s’accentuent selon leur inclination naturelle. Cette époque de confinement ne nous enseigne rien de nouveau que nous sachions déjà. Le Professeur Luc Montagnier, Prix Nobel de Médecine, apporte son grain de sel dans la cacophonie ambiante marquée par une posture du style « je ne sais rien mais je vous dirai tout et il faut quand même décider quelque chose même si rien ne le prouve ». Sa conclusion est qu’il y a une manipulation du virus depuis le début dans un laboratoire de haute sécurité de la ville de Wuhan en Chine ; au virus classique provenant principalement de la chauve-souris se seraient ajoutées, volontairement, des séquences du VIH, ce par la main de techniciens professionnels. L’absence de démonstration étayée ne doit toutefois pas nous faire oublier que la médecine procède par tâtonnements plus que d’hypothèses tranchées et qu’il ne sert à rien de railler des positions s’écartant de la doxa légitimée par un cadre normatif donné. De tout temps, les chercheurs non conventionnels ont été persécutés au point d’en perdre la vie pour des raisons idéologiques ; débattre sur des questions cruciales doit rimer avec recherche de solutions plutôt que démolir mécaniquement la thèse de la chloroquine ou celle d’une intrusion sur un virus dans un but thérapeutique non élucidé.

Toutes ces tergiversations sur le quoi et le comment de ce maudit microbe qui a changé la face du monde en un clin d’œil rappellent néanmoins un texte visionnaire révélateur d’Alexandre Adler publié en 2009, qui préfigure les drames géopolitiques actuels dans ses moindres détails ; à la page 203 du Nouveau rapport de la CIA – Comment sera le monde de demain ? (édition Pocket), on y lit exactement : « En 2020, de plus en plus de gens porteront des masques chirurgicaux et des gants de caoutchouc en public, par crainte d’une maladie ressemblant à la pneumonie  (…) Cette maladie s’avèrera particulièrement déconcertante, quand après avoir semé la panique au cours de l’hiver, elle semblera disparaître (…), plongeant les scientifiques dans la confusion quant à son origine et à son traitement. »

Le confinement n'empêchera pas de se ressourcer, de voyager (même virtuellement grâce aux bibliothèques digitalisées ou les documents promotionnels touristiques numérisés en vue des prochaines vacances), de rester connecté ou de se déconnecter, de s'évader (en visionnant le film de notre choix, en écoutant de la musique, en se plongeant dans un bon livre), de poursuivre l'effort sportif afin d'éviter que d'autres dangers sanitaires ne viennent se greffer à la pandémie. Bref, on prend son temps.

Entre temps perdu, temps retrouvé ou temps pris, on oscille. Au lieu de sombrer dans une morosité sans fond surtout à cause des privations de libertés élémentaires, on se réinvente. Pourquoi ne pas redécouvrir la sagesse des Anciens en s’octroyant le droit à l’otium ? Plus qu'une fuite en avant à l’aide de paradis artificiels en se jetant dans des divertissements par incapacité de rester cloîtré entre quatre murs que Blaise Pascal analysait comme la source des tous les maux sur terre, le temps du loisir studieux est bienvenu, à pratiquer sans modération et sans culpabilité au cas où il serait étonnamment amalgamé à la paresse. Cette démarche existentielle réactivée par Jean-Michel Pire constitue – mieux qu’une simple résilience pavlovienne - une variable de réajustement, une ascèse propice aux épanchements … ainsi qu’à à la réflexion, à la contemplation désintéressée d’œuvres grâce à un rapport non utilitaire au temps, le temps à l’œuvre.

 

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Commentaires

  • Quelle bouffée d'air, ce billet ! Les pendules sont mises à l'heure. Le ton, agréable et palpitant ! Quant à la conception de l'oisiveté comme art de vivre, ces lignes me font penser à un grand intellectuel du 20e s, auteur de "Pourquoi je ne suis pas chrétien" et immense mathématicien-logicien et philosophe du langage, Bertrand Russel, qui s'exprimait en 1935 par une éloge à l'oisiveté en ces termes :

    "Quand je suggère qu’il faudrait réduire à quatre le nombre d’heures de travail, je ne veux pas laisser entendre qu’il faille dissiper en pure frivolité tout le temps qui reste. Je veux dire qu’en travaillant quatre heure par jour, un homme devrait avoir droit aux choses qui sont essentielles pour vivre dans un minimum de confort, et qu’il devrait pouvoir disposer du reste de son temps comme bon lui semble. Dans un tel système social, il est indispensable que l’éducation soit poussée beaucoup plus loin qu’elle ne l’est actuellement pour la plupart des gens, et qu’elle vise, en partie, à développer des goûts qui puissent permettre à l’individu d’occuper ses loisirs intelligemment."

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