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Le (con) texte et le (post) confinement

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Le confinement a ouvert le champ au besoin pressant d’évasion. Beaucoup ont rêvé de jour comme de nuit de déserts à perte de vue ou de plages au bord d’une mer turquoise sans horizon. Des annonces pour un prochain voyage éventuel pullulent même quand on ne connaît pas encore les dates où la libre circulation sera effective. L’intériorité aura recouvré ses lettres de noblesse dans une société où le bruit et le bavardage font rage. On dévore des bouquins, on lit ou relit des récits marquants, on écoute des orateurs tels que Fabrice Luchini ou Pennac nous conter des fables.

Les crises se succèdent mais les livres demeurent. On redécouvre l’origine du mot quarantaine  (de l’auteur italien Boccace -, carantela - qui n’a rien à voir avec le chiffre 40 comme on le présumait initialement). S’il est ressenti comme une torture pour certains à cause de l’enfermement imposé, c’est une aubaine pour d’autres qui en ont fait volontairement un style de vie bien avant le marasme. Naturellement, nous viennent en mémoire des bribes de textes de La Peste, de 1984, du Decameron. Mais aussi une lettre de Kafka à son ami Felice décrivant sa vie rêvée au cœur d’une vaste cave isolée éclairée d’une seule lampe où des repas lui seraient livrés, sans un mot, à distance. Dans la même veine, Emily Brontë, louait le choix d’une vie retirée dans un village perdu du Yorkshire, loin des jeux de pouvoir ou de divertissement de la ville. On redécouvre les pages de Stendhal, dit « le Milanais », récitant son isolement forcé mais émerveillé par les beautés artistiques et naturelles de la péninsule italienne. Et la célèbre lettre de Madame de Sévigné datée du 30 avril 1687 à sa fille, circulant désormais sur les réseaux sociaux, nous rappelle le mouvement cyclique de l’histoire réglé par la loi de Sysiphe (« Je vous envoie deux drôles de masques ; c’est la grand’mode. Tout le monde en porte à Versailles. C’est un joli air de propreté, qui empêche de se contaminer (…) Surtout, ma chère enfant, ne venez point à Paris ! Plus personne ne sort de peur de voir ce fléau s’abattre sur nous. (…) Le roi et Mazarin nous confinent dans nos appartements. »

Avec le rêve, il reste l’espoir d’un basculement d’un monde qui marchait sur la tête à celui où l’on remet collectivement les idées à l’endroit.

Pendant qu’on covide, notre existence s’encofine … de nouveaux néologismes ou mots-valise fleurissent pour désigner les nouvelles moeurs nées du confinement, qui paraîtraient fous à une autre époque. Ces nouveaux mots pour partager nos maux nous révèlent cette nouvelle dimension d’une réalité sociale qu’on croyait connaître. Pour ne pas mourir idiot ou passer pour un idiot utile, on fait tout pour éviter de paraître un covidiot aux yeux des collèges télétravailleurs et des amis avec lesquels on partage nos coronapéros. On zoome quand ça nous chante, sans raison, avec un zèle de solidaritude, surtout en cas de covidéprime. Dans ce cadre-là, les gestes barrières sont attendus à chaque « rencontre » et l’on regrettera peut-être bientôt le skypéro (ou whatsapéro) quand la semaine ne comptait qu’un seul et même jour, le lundimanche. À quoi ressemblera le 11 mai, jour J du dé-confinement pour chacun de nous ?

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Commentaires

  • Plus prosaïquement notre pays est magnifique, et je l'ai parcouru pendant cette pandémie avec mon vieux camping car, pour voir comment les gens vivaient cette situation! Impossible de ne pas faire la différence entre la Suisse et la France pendant ce confinement! Le peuple de France vit une "situation totalitaire"! C'est inacceptable! Là les allemands commencent à se révolter puisqu'on veut les reconfiner!

  • Votre appel à visiter notre pays me plaît beaucoup. Je rêve de revoir l'Oberland bernois, Lucerne, le Tessin, le lac de Thoune, le Valais, le Creux-du-Van, l'Argovie et naturellement découvrir plein d'autres endroits pittoresques. Encore faut-il que les prix d'hébergement et des trains soient un peu plus abordables ... Vous avez bien fait de vous balader en camping car à travers le pays durant cette étrange période. Quelle joie de vous lire ! Bien à vous !

  • OUI vous avez raison sur les prix prohibitifs des hôtels en Suisse, mais mon vieux camping car me permet de visiter tout le pays pour presque rien! OUI notre pays est magnifique, vous avez un peu partout des campings pas très chers! Un exemple magnifique au bord du lac de Neuchâtel un camping sous les pins au bord d'une plage de rêve et pas cher à Yvonand le camping de la Menthue, vraiment génial pour les enfants! Vous pouvez aussi faire à vélo tout le Sud du Lac dans la grande Carissaie, un vrai paradis!

  • Merci, Dominique, pour ces bons conseils ! Des perspectives alléchantes !

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