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Les théâtres rouvrent. La vie à tout prix

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Enfin, les théâtres ré-ouvrent, entraînant un sentiment de libération comme par enchantement.

En cette rentrée post-confinement, l'Achimic commence fort ... La condition humaine n’en finit pas d’être auscultée et disséquée dans ses moindres recoins. Derrière les masques, le vrai visage se dévoile ; ce qui est considéré comme le libre-arbitre se révèle être l’expression de la toute-puissance de l’égo tout en faisant fi des maillons « faibles » de la chaîne logistique ; le désir remplace le besoin dans la valorisation des activités ; la peur de la mort sous-tend la plupart des motivations, même empruntées. L’autorité ne serait-elle au fond qu’une manière déguisée, voulue par la civilisation, d’assouvir les mouvements les plus barbares requalifiés pour la cause ? La finitude de l’homme engendre-t-elle des valeurs supérieures à la vie lui donnant tout son sens ?

L’immense auteur israélien Hanokh Levin (1943-1999) de la pièce burlesque  Tout le monde veut vivre nous invite à nous poser ces questions existentielles qui torturent les esprits depuis la nuit des temps au théâtre Alchimic.

L’intrigue de la pièce met en exergue le comte Pozna, roitelet sans envergure d’un royaume sans intérêt perdu dans les Carpates, tentant de négocier, sur son lit, un sursis avec l’Ange de la Mort, qui par lassitude, lui octroie encore trois jours de répit, à une condition : sélectionner quelqu’un pour trépasser à sa place. Tout y passe ; amis, membres de la famille, paysans, serviteurs refusent de se sacrifier pour leur maître. Mais tout le monde veut vivre coûte que coûte ! Sa colère sera alors démoniaque.

La problématique connaît une résonance particulière en cette époque frappée d’une pandémie qui en surpris plus d’un avec son cortège de mesures que ni l’illusion moïque  ni l’évidence naturelle n’ont pu contrer. La privation de libertés aura renforcé l’angoisse du néant.

La mort est un concept vrai mais nul ne sait ce qu’il désigne. La modernité impose à l’individu dans sa solitude la plus crue de répondre à ce mystère. Que puis-je espérer et que dois-je faire ? interrogeait le philosophe Kant au siècle des Lumières. Aujourd’hui, la sphère privée englobe un théâtre de toutes les transcendances, par-delà bien et mal ; l’homme est devenu son seul référent et le lien social est basé sur les affinités électives, ponctuées et éphémères. L’angoisse de la mort, réactivée par cet ennemi invisible désigné, le COVID, entraîne un glissement de ce qui relève du domaine personnel vers la place publique comme en témoignent les mesures sanitaires et sécuritaires concernant des sociétés entières, reposant ainsi la question éternelle du sens de la vie.

Le secteur digital ayant pris le dessus, séparant les gens plus qu’il ne les rassemble, entraînant une mise en abyme de la pyramide de Maslow, le pouvoir de l’égo a enflé de manière exponentielle au point d'être une référence en soi.

La pièce de Hanokh Levin met au défi les grands mythes d’immortalité qui animent notre histoire (Peter Pan, Dracula, le Graal, Sisyphe, Highlander, la fontaine de Jouvance, etc.) Les problématiques bio-éthiques se ressentent dans toutes leurs forces ... sans la santé, la vie vaut-elle encore la peine d'être vécue ou les caractéristiques humaines qui nous distingue de l'animal nous aident-elles à surmonter notre condition ? La réflexion de Comte-Sponville en ces temps troublés s'impose : la poursuite de la vie est devenue un but ultime quitte à sacrifier les autres valeurs qui la fondent.

À voir au théâtre Alchimic à la fin mai. Dates supplémentaires : les samedis 5 et 12 juin à 15h00 et les lundi 14 et mercredi 16 juin à 19h00.

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À voir au théâtre Alchimic à la fin mai.

Dates supplémentaires les samedis 5 et 12 juin à 15h00 et les lundi 14 et mercredi 16 juin à 19h00.

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